Les documents épistolaires de la salle des profs. Chapitre V) Monsieur Maringon, le chef des profs d’EPS.

•Mardi 24 janvier 2012 • Laisser un commentaire

C’est important une bonne ambiance dans un collège. Une bonne ambiance s’appuie sur des collègues chaleureux et quelques meneurs pour raconter des blagues et faire des conneries. Chez nous, nous avons plusieurs chefs. Le berrichon masqué fait bien sûr partie de la frange activiste qui promène ses tortues au collège et sabote le casier des collègues. Monsieur Maringon, le chef des profs d’EPS et de l’amicale est une autre figure importante du collège. Il ne manque jamais d’idées pour organiser des soirées chaleureuses où la joie s’épanouit (souvent au dépend de la morale)… (Tous les noms sont bien sûr fictifs pour des raisons de discrétion bien légitimes.)


Manoir du Gai Pinson                 À Allogny le 1er décembre 2011
Route Forestière du Long Lac
18 110 ALLOGNY
Tel. : 02 48 47 13 49

Monsieur Jean-Luc Maringon
Amicale du Collège Bernard Montiel
21 Rue de l’Estrapade
41 300 SALBRIS

Objet : Organisation d’une soirée d’intégration au domaine du Gai Pinson.

Cher Jean-Luc,

J’ai bien reçu ta lettre au sujet de la soirée d’intégration de l’amicale. Je voudrais préciser quelques points avec toi avant de lancer les commandes et d’embaucher les extras.

Donc on est partis sur une soirée à thème : « J’ai l’âme slave et je suis Berrichon. » Tu parlais d’une vingtaine de professeurs auxquels il faut ajouter une quinzaine d’invités et d’animateurs.
En tant que maître de cérémonies, tu joueras naturellement le rôle d’Ivan le Terrible et les autres professeurs d’EPS seront habillés en boyards. Je me suis dit qu’il y aurait un truc à faire avec des chevaux. Vous pourriez faire une entrée à cheval dans le manoir au début de l’apéritif, toi, habillé avec un slip en vison et diadème et Marc Dupin habillé en Conan le Barbare à tes côtés. On pourrait faire venir quelques chevaux du centre équestre pour un budget tout à fait raisonnable.

Pour la suite de la soirée, tu m’indiquais que tes collègues de sciences participeront à la mise en scène. Le professeur de SVT unijambiste pourrait jouer le rôle de Raspoutine et faire son entrée en traversant la salle sur une tyrolienne, vêtu d’une combinaison en cuir façon Batman. Les deux profs de physique pourraient apporter les toasts, maquillés comme les frères Bogdanov, entourés d’une dizaine d’ukrainiennes qui se tapent sur les fesses comme des amazones.

Pour l’alcool, on pourrait faire ça à la moujik : je vois une fontaine à vodka géante qui arriverait sur un traîneau tiré par des rennes. Les rennes seront plus durs à trouver mais j’ai un copain routier qui peut en ramener de Finlande.

Il ne reste plus qu’à fixer le nombre de filles et la quantité de vodka. Je pourrais aussi faire venir quelques éphèbes colombiens pour tes collègues féminines et le prof unijambiste.

Téléphone-moi dans la semaine pour lancer les préparatifs.

À bientôt.

Jean-Michel

Réflexions sur le déclin de l’Occident. Les dimanches de la philosophie. Séance 51.

•Dimanche 15 janvier 2012 • Laisser un commentaire

Il y a quelques jours, je lisais un dossier de Courrier International sur le déclin de l’Occident. En lisant tous ces articles, je me suis rendu compte qu’il n’était question que de PIB, de production industrielle et de transactions financières. La montée de l’Asie nous dit-on, s’accompagnerait nécessairement de notre propre déclin. Grand dieu, nous ne sommes plus les maîtres du monde !!

Cette manière de penser n’est elle pas celle des militaires, des industriels et des maîtres ? Qui ont fini par nous convaincre que la vie était une course dont nous devions sortir vainqueurs pour la gloire de la nation. Je me souviens de ces mots de Dagerman :

« Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable. »

Peu m’importe que l’Occident soit le centre du commerce mondial et que le PIB de l’Allemagne soit supérieur à celui de l’Indonésie. Le déclin ou non de l’Occident ne se mesurera pas devant une montagne de charbon ou d’acier mais devant la société que nous sommes en train de bâtir. Le déclin sera culturel et intellectuel avec d’être financier et technologique.

Pour l’instant, je n’ai pas le sentiment que notre civilisation est fondamentalement en déclin par rapport au reste du monde. Les Européens sont globalement éduqués et curieux. Les musées et les bibliothèques sont pleins, les gens voyagent et partent à la découverte du monde. Bien sûr, de l’autre côté, l’extrême droite progresse avec le repli sur soit et la peur des autres. Nos sociétés se sclérosent et les inégalités sociales s’accroissent de façon scandaleuse. Ian Morris parle de la chute inévitable de toute civilisation, qui doit faire face à un goulet d’étranglement entre leurs besoins et la raréfaction des ressources. Il a oublié la révolution, la guerre civile, le déclin démographique et la catalepsie intellectuelle. La seule manière d’éviter la chute serait de changer profondément notre éducation. De réformer notre société et nos valeurs avec un partage du travail, des richesses et une révolution philosophique dans laquelle l’argent ne serait plus au centre de tout. Je pense que cette question concerne tout autant l’Occident que l’Asie et les pays émergents.

Des oscillations de l’intelligence. Les dimanches de la philosophie. Séance 50.

•Dimanche 8 janvier 2012 • 11 Commentaires

Il y a quelques jours, je me remémorais ces morts d’Albert Camus extraits du vent à Djémila : « On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes rencontrés, on les polit, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi – dont on puisse parler. » J’ai réalisé alors que je n’avais eu qu’une seule idée dans ma vie. Cette intuition de mes quinze ans que le mérite n’existait pas. Ce pilier de la société qui conditionne la respectabilité d’un individu et sa rétribution financière n’est qu’une vaste loterie. Peu importe la volonté et l’entêtement que nous mettons à atteindre un but. La réalisation ou non d’un avenir brillant se situe en dehors du mérite.

Pendant que je réfléchissais à ces notions d’intelligence, d’innée, d’acquis, de déterminisme, il se pourrait que j’aie eu la deuxième idée de ma vie : La notion d’intelligence elle-même ne serait-elle pas relative dans la durée, selon une courbe sinusoïdale ?

Il y a plusieurs manières de définir l’intelligence : Une définition étroite : L’aptitude à résoudre des problèmes mathématiques, à mémoriser des informations ou encore la capacité à prendre des décisions complexes en intégrant tous les aspects d’un problème. J’adopterais une définition plus large, qui inclut la manière dont on se comporte avec les autres et dont on peut tendre vers le bonheur.

Quelle que soit la définition que l’on prend, il me semble que l’intelligence est très variable en fonction de l’instant, de notre humeur, du temps et de notre fatigue. Je peux avoir un moment de grâce où ma conversation sera spirituelle et réfléchie. Deux jours plus tard, je peux me comporter comme un imbécile ou un footballeur. Dans le passé, j’ai déjà blessé des amis et des proches par négligence, pour lancer un bon mot ou parce que je voulais avoir le dernier mot. Avec un peu de recul et de lucidité, j’ai réalisé que je m’étais engagé dans une série d’actions aux antipodes de l’intelligence. (C’est un euphémisme pour dire que j’ai été très con. J’ai écouté une émission sur la langue de bois des politiques ce matin, cela a fini par m’inspirer).

J’ai observé la même chose avec mes amis et mes collègues. Mes élèves peuvent sortir des remarques extraordinairement pertinentes. Je suis souvent impressionné par leurs intuitions et la minute suivante ils se chamaillent pour une histoire de gomme ou parce que le voisin empiète un peu sur leur moitié de la table.

Comment mesurer l’intelligence alors ? Doit-on mesurer l’intelligence sur ces périodes hautes ? Suis-je quelqu’un de bien parce qu’il m’arrive d’être généreux et spirituel ? Ou alors, doit-on juger quelqu’un au seuil de ses bassesses ? Peut-on juger Jean-Louis Murat en fonction de ses interventions télévisées ? Je dirais qu’on fait tous une sorte de moyenne. Nous avons tous des bons et des mauvais côtés et je définirais un ami par ce qui l’emporte à mes yeux : « Il est bon en maths, mais c’est un vrai con. » « Il est râleur mais on peut compter sur lui. » J’en déduis qu’il faut du temps pour connaître une personne et se faire une idée de son intelligence, comme il faut plusieurs cycles pour mesurer une courbe sinusoïdale. Puissent ceux qui m’ont connu dans mes phases les plus bêtes me pardonner.


P.S.: J’ai réalisé que je fêtais cette semaine le 50e épisode des dimanches de la philosophie. J’en profite pour saluer mes fidèles lectrices d’autrefois, Émilie et Anna, sans oublier mon troll, Metreya, à qui je souhaite mes meilleurs vœux.

Les vœux du Grand Khan 2012 (fin)

•Mercredi 4 janvier 2012 • 1 Commentaire

Les vœux du Grand Khan 2012 (suite)

•Mardi 3 janvier 2012 • 3 Commentaires

Les vœux du Grand Khan 2012

•Lundi 2 janvier 2012 • 8 Commentaires

Wishes of the Great Khan for 2012 (Part 3)

•Lundi 2 janvier 2012 • Laisser un commentaire

Wishes of the Great Khan for 2012 (Part 2)

•Dimanche 1 janvier 2012 • Laisser un commentaire

Wishes of the Great Khan for 2012 (Part 1)

•Dimanche 1 janvier 2012 • 2 Commentaires

Les documents épistolaires de la salle des profs. Chapitre IV) Madame Dauron, la collègue de français

•Jeudi 15 décembre 2011 • Laisser un commentaire

Je ne le répèterais jamais assez… Si mon collège est classé ZEP, ce n’est pas à cause des élèves mais bien à cause des profs… Hier je suis tombé sur une lettre de ma jeune et “innocente” collègue de Français, Madame Dauron. Depuis le début de l’année, je la voyais comme une jeune femme discrète et honnête, une sorte de mélange entre Jane Austen et Xavière Tibéri. Que lis-je dans ce courrier : Notre jeune collègue est impliquée dans des trafics sordides dans le nord de la France et elle a embarqué sa petite cousine naïve et innocente dans les combines…

Grand Hôtel Plastic Bertrand        Bruxelles le 8 décembre 2011
Place Baudouin 1005 BRUXELLES
BELGIQUE
Tel. : (+32) 02 19 23 19 89
Fax. : (+32) 02 19 23 19 88

À Carla Dauron
18 rue de Calabre
18 000 BOURGES

Objet : Compte-rendu du rapport d’activités.

Chère amie,

Voici un petit compte-rendu de nos activités sur nos territoires belges et français. Malgré le début de la crise en été, le bilan de nos activités est toujours très positif. Notre chiffre d’affaire au sud de la Meuse a même augmenté de 27%. Tout va pour le mieux. Les revenus des machines à sous, des cimenteries et des salons de massages connaissent une augmentation à deux chiffres. Nous observons juste une légère baisse d’activité sur le commerce des cartes téléphoniques, des armes de poing et du trafic d’organes. Sur ces deux secteurs, nos cadres restent cependant optimistes. La montée du chômage devrait augmenter le nombre de braquages et le déremboursement des opérations chirurgicales stimulées l’activité de la branche médicale.

Je tiens par ailleurs à te remercier pour nous avoir recommandé ta petite cousine Gwenaëlle. Depuis qu’elle a rejoint notre organisation, elle regorge d’idées fantastiques : Elle a eu l’idée de mettre en place un trafic de moules-frites de contrebande entre les Pays-Bas et le nord de la Belgique. Elle a embauché des colporteurs sénégalais pour vendre des portraits de Lara Fabian en nouilles collées et elle a relancé nos activités dans le Nord-pas-de-Calais. Tu as probablement eu vent de cette histoire malheureuse avec le Carlton. L’exposition médiatique de certains amis a finalement porté préjudice à la discrétion de nos affaires. Pour éviter ce type de problèmes, Gwenaëlle a eu l’idée de signer un accord avec les gérants d’hôtels Formule 1. Elle a proposé de leur fournir des filles de Haute-Savoie destinées à une clientèle moins fortunée. Nos marges seront un peu plus faibles mais ce sont des revenus stables. Cette jeune fille ira loin…

Respectueusement.

Ton ami, Dodo la Saumure

Les documents épistolaires de la salle des profs. Chapitre III) Tac (le deuxième prof de physique)

•Samedi 3 décembre 2011 • Laisser un commentaire

Bonne nouvelle ! Jeudi dernier, j’ai trouvé une nouvelle lettre abandonnée dans la salle des professeurs. (Mes collègues sont décidément bien distraits.) Cette fois, c’est un autre collègue de physique qui laisse trainer son courrier personnel adressé à Bernard-Henri Lévy… Ont-il échangé une correspondance passionnante et pleine d’esprit, tels Voltaire et Diderot ? Ou alors ont-ils débattu sur sur des sujets plus prosaïques comme la correspondance secrète de Maïté avec Jean-Pierre Coffe ?

Stéphane Legrand                     À Bourges le 30 novembre 2011
7 rue de l’Oratoire
18 000 BOURGES

Monsieur Bernard-Henri Lévy
54 rue Justin Bieber
75 015 PARIS

Monsieur,

Je m’appelle Stéphane Legrand et je vais bientôt être père. Mon enfant, qui devrait s’appeler Johnny, va grandir dans un monde en crise. Partout, il ne verra que méchanceté, égoïsme et cupidité. Je crains de ne pouvoir lui répondre quand il va me demander : « Papa, pourquoi est-ce qu’il y a la guerre au Portugal ? Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi les Anglais mangent-ils de la gelée toute verte ? » Et des milliers d’autres questions dont je n’ai pas les réponses. Je suis moi-même désemparé face à la cruauté du monde.

C’est pourquoi je me permets de vous écrire, cher Bernard-Henri, pour quérir votre enseignement éclairé. Dans ma région, le charmant et verdoyant Berry, vous êtes considéré comme un des plus grands sages de l’histoire avec Louis Bourdaloue et Hervé Villard. Pareil au petit cactus du désert d’Atacama, je boirai vos paroles, comme la rosée du matin après le long été. Aujourd’hui, je vis dans les brumes arides de l’ignorance, entouré de collègues incultes (en dehors de mon collègue d’histoire à qui je n’ose pas poser de questions tant il m’impressionne). Sans votre secours, je ne pourrais trouver la paix et la sérénité pour élever un enfant.

Je vous en prie, Bernard-Henri Lévy, vous êtes mon seul espoir.

Stéphane Legrand.

Les documents épistolaires de la salle des profs. Chapitre II) Tic (le prof de physique)

•Jeudi 1 décembre 2011 • Laisser un commentaire

Mes chers amis, il y a quelques jours, je vous transmettais avec joie les courriers embarrassants du Berrichon Masqué, qui ont fait la joie de la salle des professeurs. Derrière ses dehors de grosse brute vulgaires, on devinait un homme sensible et à fleur de peau, préoccupé par le regard des autres. Mon collègue de physique, surnommé Tic, ne vous inspireras probablement pas la même sympathie quand vous verrez de quoi ce rustre est capable…

Société SLK Habitat                 À Bourges le 21 novembre 2011
18 route de la Chapelle
18 000 BOURGES
Tel. : 02 48 21 17 89
Fax. : 02 48 21 17 88

À Monsieur Sirot
119 rue Lazenay
18 000 BOURGES

Objet : Devis pour la construction d’une piscine.

Monsieur,

Nous avons bien reçu votre proposition concernant l’installation d’une piscine sur votre propriété, dite « le mas des Vautours », au 119 rue Lazenay à Bourges. Je crains que votre offre de 300 euros ne puisse pas couvrir les frais de main d’œuvre et de matériel de notre entreprise, en dépit de vos idées pour réduire les coûts.

Votre proposition d’embaucher de la main d’œuvre sri-lankaise, plus précisément « des ouvriers clandestins tamouls » est une très bonne idée en soit mais elle pourrait placer notre société en indélicatesse par rapport à la  loi française. D’après les conventions collectives, il est en effet strictement interdit de rémunérer nos salariés « avec des paquets de chips et de l’eau du robinet. »

Par ailleurs la dernière fois que des ouvriers sont allés travailler chez vous, ils ont été assez traumatisés par l’expérience… Tout le monde se souvient des douches collectives et de l’ambiance festive qui régnait dans votre salle de bain. Nous ne pouvons que saluer l’accueil chaleureux qui a été réservé à nos ouvriers mais certaines coutumes, banales au sud du Péloponnèse ne sont pas toujours acceptées dans le Berry.

Nous espérons avoir encore la chance de travailler à votre service mais nous ne pourrons le faire dans les conditions proposées. Nous serions toutefois ravis de vous rencontrer pour rediscuter les termes du contrat.

Respectueusement.

Mahinda Rajapaksa

Cédric Vivier.

Les documents épistolaires de la salle des profs. Chapitre I) Le Berrichon Masqué.

•Mardi 29 novembre 2011 • 1 Commentaire

Voilà bien longtemps que je n’ai pas donné de nouvelles de mes collègues… Ce qui est un tort car certains d’entre eux mériteraient d’accéder à une forme de notoriété, à l’instar de Pol Pot ou du colonel Kadhafi. Pour réparer cette injustice, j’ai décidé de publier quelques extraits de la correspondance secrète et inédite qu’ils entretiennent avec les puissants de ce monde : les philosophes poilus, les entreprises de BTP ou les cliniques de sexologie… Voici le premier chapitre de ces aventures incroyables : Le Berrichon Masqué (dont j’ai masqué ici la vraie identité) et la clinique de sexologie.

Clinique de Sexologie                      Paris, le 27 octobre 2011
La Tour dorée
Rue Philibert Aspairt
75 015 PARIS
Tel. : 01 45 85 69 47
Fax : 01 45 85 85 17

Michel Martin
17 rue Gustave Mildiou
18 000 Bourges

 

Objet : Demande d’une intervention de chirurgie plastique.

Cher Monsieur,

Nous avons bien reçu votre demande de consultation concernant une possible élongation de l’appareil urogénital.

Nos spécialistes ont étudié vos demandes avec le plus grand soin. J’ai, hélas, le regret de vous annoncer que notre clinique ne sera pas en mesure de réaliser vos demandes.

En l’état actuel de la science, un étirement de l’appareil reproducteur supérieur à 10 cm n’est simplement pas envisageable.

Nous avons bien compris votre motivation, je cite, « de ne plus être la risée de vos collègues du premier étage. » Nous avons la plus grande sympathie pour votre souffrance et nous regrettons de ne pas pouvoir vous apporter un plus grand secours.

Nous pouvons cependant vous recommander pour des essais cliniques au Canada, dont la finalité serait de greffer des organes de caribou sur un sujet humain. D’après votre lettre, vous désirez retrouver la dignité en étant « monté comme un âne. » La greffe d’une verge de caribou serait sans doute une forme de promotion.

Veuillez agréer, Monsieur Martin, l’assurance de mes sentiments les plus respectueux.

Mélanie Leclerc

 Secrétaire.

Il faut sauver les banques avec l’aide de tous !!!

•Mardi 23 août 2011 • 2 Commentaires

Après mon article pour la défense de la peine de mort en Chine, j’ai décidé de mettre ma plume au service d’une nouvelle grande cause humanitaire : le sauvetage des banquiers.

Nul n’ignore plus aujourd’hui le coup terrible qui s’est abattu sur nos bourses. L’homme occidental est à genoux, terrassé, le visage contrit par la souffrance à la vue des cours qui baissent. Le palais Brognard est un lieu de misère, ténébreux, survolé par des vautours faméliques et des actionnaires vêtus de haillons qui tendent la sébile en direction du bourgeois. Il faudrait être insensible ou abruti comme un berger éthiopien pour ne pas verser une larme devant ce tableau émouvant.

Je regardais ce spectacle devant ma télé en serrant dans mes bras ma peluche de Snoopy, tremblotant et la larme à l’oeil… Je n’avais pas été aussi ému depuis la vision des petits enfants japonais après le tsunami de mars dernier… Quand tout à coup, je vis apparaître le visage bouffi d’Hillary Clinton, venue nous annoncer que la corne de l’Afrique était dans une situation catastrophique, “que les enfants mourraient de faim” et blablabla et blablabla et “qu’il fallait envoyer 17 millions de dollars supplémentaires pour la Somalie”. 17 millions !!!! À l’heure ou nos banquiers meurent de faim devant nos églises ?!! À l’heure où la Société Générale a perdu plusieurs milliards d’euros de capitalisation boursière !!! Ne ferions nous pas mieux d’utiliser cet argent pour venir en aide à nos banquiers qui n’ont plus le sou ??!! J’irais même plus loin, je pense que c’est à l’Afrique de venir en aide aux banques !! Vous me direz, c’est plus ou moins ce qu’ils font depuis 50 ans grâce à leurs ressources naturelles… Justement, c’est aujourd’hui que les banques ont le plus besoin de l’aide de l’Afrique. Alors les petits Somaliens, on arrête de se plaindre et on essaye d’économiser du riz pour envoyer aux banquiers… ça me tue cet égoïsme !!

Les noces – Albert Camus – Le vent à Djémila.

•Samedi 11 juin 2011 • 1 Commentaire

Il est des lieux où meurt l’esprit pour que naisse une vérité qui est sa négation même.

Lorsque je suis allé à Djémila, il y avait du vent et du soleil, mais c’est une autre histoire. Ce qu’il faut dire d’abord, c’est qu’il y régnait un grand silence lourd et sans fêlure – quelque chose comme l’équilibre d’une balance. Des cris d’oiseaux, le son feutré de la flûte à trois trous, un piétinement de chèvres, des rumeurs venues du ciel, autant de bruits qui faisaient le silence et la désolation de ces lieux. De loin en loin, un claquement sec, un cri aigu, marquaient l’envol d’un oiseau tapi entre des pierres. Chaque chemin suivi, sentiers parmi les restes des maisons, grandes rues dallées sous les colonnes luisantes, forum immense entre l’arc de triomphe et le temple sur une éminence, tout conduit aux ravins qui bornent de toutes parts Djémila, jeu de cartes ouvert sur un ciel sans limites. Et l’on se trouve là, concentré, mis en face des pierres et du silence, à mesure que le jour avance et que les montagnes grandissent en devenant violettes. Mais le vent souffle sur le plateau de Djémila. Dans cette grande confusion du vent et du soleil qui mêle aux ruines la lumière, quelque chose se forge qui donne à l’homme la mesure de son identité avec la solitude et le silence de la ville morte.

Il faut beaucoup de temps pour aller à Djémila. Ce n’est pas une ville où l’on s’arrête et que l’on dépasse. Elle ne mène nulle part et n’ouvre sur aucun pays. C’est un lieu d’où l’on revient. La ville morte est au terme d’une longue route en lacet qui semble la promettre à chacun de ses tournants et paraît d’autant plus longue. Lorsque surgit enfin sur un plateau aux couleurs éteintes, enfoncé entre de hautes montagnes, son squelette jaunâtre comme une forêt d’ossements, Djémila figure alors le symbole de cette leçon d’amour et de patience qui peut seule nous conduire au cœur battant du monde. Là, parmi quelques arbres, de l’herbe sèche, elle se défend de toutes ses montagnes et de toutes ses pierres, contre l’admiration vulgaire, le pittoresque ou les jeux de l’espoir.

Dans cette splendeur aride, nous avions erré toute la journée. Peu à peu, le vent à peine senti au début de l’après-midi, semblait grandir avec les heures et remplir tout le paysage. Il soufflait depuis une trouée entre les montagnes, loin vers l’est, accourait du fond de l’horizon et venait bondir en cascades parmi les pierres et le soleil. Sans arrêt, il sifflait avec force à travers les ruines, tournait dans un cirque de pierres et de terre, baignait les amas de blocs grêlés, entourait chaque colonne de son souffle et venait se répandre en cris incessants sur le forum qui s’ouvrait dans le ciel. Je me sentais claquer au vent comme une mâture. Creusé par le milieu, les yeux brûlés, les lèvres craquantes, ma peau se desséchait jusqu’à ne plus être mienne. Par elle, auparavant, je déchiffrais l’écriture du monde. Il y traçait les signes de sa tendresse ou de sa colère, la réchauffant de son souffle d’été ou la mordant de ses dents de givre. Mais si longuement frotté du vent, secoué depuis plus d’une heure, étourdi de résistance, je perdais conscience du dessin que traçait mon corps. Comme le galet verni par les marées, j’étais poli par le vent, usé jusqu’à l’âme. J’étais un peu de cette force selon laquelle je flottais, puis beaucoup, puis elle enfin, confondant les battements de mon sang et les grands coups sonores de ce cœur partout présent de la nature. Le vent me façonnait à l’image de l’ardente nudité qui m’entourait. Et sa fugitive étreinte me donnait, pierre parmi les pierres, la solitude d’une colonne ou d’un olivier dans le ciel d’été. Ce bain violent de soleil et de vent épuisait toutes mes forces de vie. A peine en moi ce battement d’ailes qui affleure, cette vie qui se plaint, cette faible révolte de l’esprit. Bientôt, répandu aux quatre coins du monde, oublieux, oublié de moi-même, je suis ce vent et dans le vent, ces colonnes et cet arc, ces dalles qui sentent chaud et ces montagnes pâles autour de la ville déserte. Et jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde.

Oui, je suis présent. Et ce qui me frappe à ce moment, c’est que je ne peux aller plus loin. Comme un homme emprisonné à perpétuité — et tout lui est présent. Mais aussi comme un homme qui sait que demain sera semblable et tous les autres jours. Car pour un homme, prendre conscience de son présent, c’est ne plus rien attendre. S’il est des paysages qui sont des états d’âme, ce sont les plus vulgaires. Et je suivais tout le long de ce pays quelque chose qui n’était pas à moi, mais de lui, comme un goût de la mort qui nous était commun. Entre les colonnes aux ombres maintenant obliques, les inquiétudes fondaient dans l’air comme des oiseaux blessés. Et à leur place, cette lucidité aride. L’inquiétude naît du cœur des vivants. Mais le calme recouvrira ce cœur vivant : voici toute ma clairvoyance. A mesure que la journée avançait, que les bruits et les lumières étouffaient sous les cendres qui descendaient du ciel, abandonné de moi-même, je me sentais sans défense contre les forces lentes qui en moi disaient non.

Peu de gens comprennent qu’il y a un refus qui n’a rien de commun avec le renoncement. Que signifient ici les mots d’avenir, de mieux être, de situation? Que signifie le progrès du coeur: Si je refuse obstinément tous les « plus tard » du monde, c’est qu’il s’agit aussi bien de ne pas renoncer à ma richesse présente. Il ne me plaît pas de croire que la mort ouvre sur une autre vie. Elle est pour moi une porte fermée. Je ne dis pas que c’est un pas qu’il faut franchir : mais que c’est une aventure horrible et sale. Tout ce qu’on me propose s’efforce de décharger l’homme du poids de sa propre vie. Et devant le vol lourd des grands oiseaux dans le ciel de Djémila, c’est justement un certain poids de vie que je réclame et que j’obtiens. Etre entier dans cette passion passive et le reste ne m’appartient plus. J’ai trop de jeunesse en moi pour pouvoir parler de la mort. Mais il me semble que si je le devais, c’est ici que je trouverais le mot exact qui dirait, entre l’horreur et le silence, la certitude consciente d’une mort sans espoir.

On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes rencontrés, on les polit, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi – dont on puisse parler. Naturellement, c’est un peu décourageant. Mais l’homme y gagne une certaine familiarité avec le beau visage du monde. Jusque-là, il le voyait face à face. Il lui faut alors faire un pas de côté pour regarder son profil. Un homme jeune regarde le monde face à face. Il n’a pas eu le temps de polir l’idée de mort ou de néant dont pourtant il a mâché l’horreur. Ce doit être cela la jeunesse, ce dur tête-à-tête avec la mort, cette peur physique de l’animal qui aime le soleil. Contrairement à ce qui se dit, à cet égard du moins, la jeunesse n’a pas d’illusions. Elle n’a eu ni le temps ni la piété de s’en construire. Et je ne sais pourquoi, devant ce paysage raviné, devant ce cri de pierre lugubre et solennel, Djémila, inhumaine dans la chute du soleil, devant cette mort de l’espoir et des couleurs, j’étais sûr qu’arrivés à la fin d’une vie, les hommes dignes de ce nom doivent retrouver ce tête-à-tête, renier les quelques idées qui furent les leurs et recouvrer l’innocence et la vérité qui luit dans le regard des hommes antiques en face de leur destin. Ils regagnent leur jeunesse, mais c’est en étreignant la mort. Rien de plus méprisable à cet égard que la maladie. C’est un remède contre la mort. Elle y prépare. Elle crée un apprentissage dont le premier stade est l’attendrissement sur soi-même. Elle appuie l’homme dans son grand effort qui est de se dérober à la certitude de mourir tout entier. Mais Djémila… et je sens bien alors que le vrai, le seul progrès de la civilisation, celui auquel de temps en temps un homme s’attache, c’est de créer des morts conscientes.

Ce qui m’étonne toujours, alors que nous sommes si prompts à raffiner sur d’autres sujets, c’est la pauvreté de nos idées sur la mort. C’est bien ou c’est mal. J’en ai peur ou je l’appelle (qu’ils disent). Mais cela prouve aussi que tout ce qui est simple nous dépasse. Qu’est-ce que le bleu et que penser du bleu? C’est la même difficulté pour la mort. De la mort et des couleurs, nous ne savons pas discuter. Et pourtant, c’est bien l’important cet homme devant moi, lourd comme la terre, qui préfigure mon avenir. Mais puis-je y penser vraiment? Je me dis : je dois mourir, mais ceci ne veut rien dire, puisque je n’arrive pas à le croire et que je ne puis avoir que l’expérience de la mort des autres. J’ai vu des gens mourir. Surtout, j’ai vu des chiens mourir. C’est de les toucher qui me bouleversait. Je pense alors : fleurs, sourires, désirs de femme, et je comprends que toute mon horreur de mourir tient dans ma jalousie de vivre. Je suis jaloux de ceux qui vivront et pour qui fleurs et désirs de femme auront tout leur sens de chair et de sang. Je suis envieux, parce que j’aime trop la vie pour ne pas être égoïste. Que m’importe l’éternité. On peut être là, couché un jour, s’entendre dire : « Vous êtes fort et je vous dois d’être sincère : je peux vous dire que vous allez mourir »; être là, avec toute sa vie entre les mains, toute sa peur aux entrailles et un regard idiot. Que signifie le reste : des flots de sang viennent battre à mes tempes et il me semble que j’écraserais tout autour de moi.

Mais les hommes meurent malgré eux, malgré leurs décors. On leur dit : ” Quand tu seras guéri…”, et ils meurent. Je ne veux pas de cela. Car s’il y a des jours où la nature ment, il y a des jours où elle dit vrai. Djémila dit vrai ce soir, et avec quelle tristesse et insistante beauté! Pour moi, devant ce monde, je ne veux pas mentir ni qu’on me mente. Je veux porter ma lucidité jusqu’au bout et regarder ma fin avec toute la profusion de ma jalousie et de mon horreur. C’est dans la mesure où je me sépare du monde que j’ai peur de la mort, dans la mesure où je m’attache au sort des hommes qui vivent, au lieu de contempler le ciel qui dure. Créer des morts conscientes, c’est diminuer la distance qui nous sépare du monde, et entrer sans joie dans l’accomplissement, conscient des images exaltantes d’un monde à jamais perdu. Et le chant triste des collines de Djémila m’enfonce plus avant dans l’âme l’amertume de cet enseignement.
Vers le soir, nous gravissions les pentes qui mènent au village et, revenus sur nos pas, nous écoutions des explications : « Ici se trouve la ville païenne; ce quartier qui se pousse hors des terres, c’est celui des chrétiens. Plus tard… » Oui, c’est vrai. Des hommes et des sociétés se sont succédé là; des conquérants ont marqué ce pays avec leur civilisation de sous-officiers. Ils se faisaient une idée basse et ridicule de la grandeur et mesuraient celle de leur Empire à la surface qu’il couvrait. Le miracle, c’est que les ruines de leur civilisation soient la négation même de leur idéal. Car cette ville squelette, vue de si haut dans le soir finissant et dans les vols blancs des pigeons autour de l’arc de triomphe, n’inscrivait pas sur le ciel les signes de la conquête et de l’ambition. Le monde finit toujours par vaincre l’histoire. Ce grand cri de pierre que Djémila jette entre les montagnes, le ciel et le silence, j’en sais bien la poésie : lucidité, indifférence, les vrais signes du désespoir ou de la beauté. Le cœur se serre devant cette grandeur que nous quittons déjà. Djémila reste derrière nous avec l’eau triste de son ciel, un chant d’oiseau qui vient de l’autre côté du plateau, de soudains et brefs ruissellements de chèvres sur les flancs des collines et, dans le crépuscule détendu et sonore, le visage vivant d’un dieu à cornes au fronton d’un autel.

Albert Camus

Critique de film: Les démons à ma porte (鬼子来了). Film chinois de Jiang Wen, 2000.

•Mardi 15 mars 2011 • Laisser un commentaire

Attention, le commentaire suivant dévoile des moments clefs de l’intrigue.

Les démons à ma porte raconte l’histoire de deux prisonniers de guerre japonais confiés à des villageois en Chine du Nord au début de l’année 1945. Au début du film, personne ne sait d’où viennent ces deux prisonniers. Un mystérieux inconnu les dépose dans le village et promet de venir les chercher dans quelques jours. La captivité temporaire se transforme en semaines, puis en mois, jusqu’au moment où les villageois décident d’échanger les deux otages.

Ce film est vraiment indéfinissable. Pendant une bonne partie du film, j’ai trouvé cette histoire vraiment touchante. On voyait de simples villageois s’occuper de prisonniers japonais avec embarras puis reconnaître en eux des êtres humains. Le prisonnier japonais le plus obtus finissait par évoluer et renoncer à ses idéaux militaires. À la fin du film, on assistait à une scène de fraternisation comme celle des tranchées du Noël 1914 puis en quelques minutes, tout a sombré dans le grand n’importe quoi. Les Japonais se sont mis à tuer tout ce qui bouge au milieu de la fête : hommes, femmes, vieillards, enfants alors que l’ordre de reddition avait été donné quelques heures auparavant. Bref, on nous dépeint les Japonais comme des brutes sanguinaires, dépourvues de morale et d’humanité. Le titre du film, “les démons à ma porte” était bien à prendre au premier degré… Cela se termine en apothéose par l’exécution du héro, sur ordre d’un colonel de Tchang Kai-Tchek (rival des communistes). Clou du spéctacle, il est exécuté au sabre par le prisonnier dont il s’est occupé pendant tout le temps.

Il y a des passages touchant dans ce film avec une certaine dose d’humour. Quelle pitié que cela se finisse en propagande de bas étages…

Max Stirner et Didier Super.

•Dimanche 6 mars 2011 • 1 Commentaire

Mon cher ami (cette fois, les statistiques sont formelles, je n’ai plus qu’un seul lecteur. Mon deuxième lecteur le plus assidu était Hosni Moubarak avant que la canaille révolutionnaire ne lui coupe l’accès à Internet. Maintenant, je me trouve presque seul, abandonné comme Michèle Alliot-Marie sur le tarmac désert d’un aéroport. Enfin bref, l’heure n’est pas à la mélancolie mais à la philosophie.

Ce matin, j’ai écouté par hasard une conférence de Michel Onfray sur le philosophe Max Stirner, présenté comme un des pères de l’anarchisme. (Bon, comme je vis en Angleterre, je ne suis pas tombé dessus totalement par hasard… J’avais le choix entre Stirner et Britney Spears, j’ai choisi Stirner)

Max Stirner, de son vrai nom Johann Kaspar Schmidt (Bayreuth, 25 octobre 1806 – Berlin, 26 juin 1856), est un philosophe allemand appartenant aux Jeunes hégéliens. Il est considéré comme un des précurseurs de l’existentialisme et de l’anarchisme individualiste, bien qu’il ait lui-même toujours refusé le qualificatif d’anarchiste. Il est l’auteur, en 1844, d’un « livre-comète », L’Unique et sa propriété, qui connut un grand retentissement à sa sortie avant de tomber assez vite dans l’oubli. Sa philosophie est un réquisitoire contre toutes les puissances supérieures auxquelles on aliène son « Moi », et Stirner vise principalement l’Esprit hégélien, l’Homme feuerbachien et la Révolution socialiste. Stirner exhorte chacun à s’approprier ce qui est en son pouvoir, indépendamment des diverses forces d’oppression extérieures au Moi.

Présentation Wikipedia.

Max Stirner est un personnage complexe, dont la pensée peut être récupérée par des individus de tous bords politiques. Pour la droite, Stirner fait l’apologie d’un certain darwinisme social. Le fort l’emporte sur le faible, le riche sur le pauvre. Les riches ne sont pas responsables de la misère. Ce sont les pauvres, par leur faiblesse et par leur lâcheté qui acceptent la pauvreté. Il s’oppose radicalement à l’idée d’état-providence pour modérer les inégalités. En ce sens, il est radicalement antisocialiste et anticommuniste. Il ne reconnait pas le droit de propriété comme un droit inaliénable, mais comme le reflet d’une situation de force. Je détiens les biens que je suis assez fort pour défendre.

Pour la gauche et l’extrême-gauche, Stirner est un chantre de l’insurrection. En simplifiant le trait, il dit au prolétariat : N’attendez pas que l’État vous donne des droits. Prenez-les. Dans l’Unique est sa propriété, il écrit : « S’il n’y a plus de soumission, il n’y a plus de domination. » La force fait le droit, si vous êtes assez forts et assez nombreux, prenez les droits qui vous reviennent. On retrouve l’esprit du discours sur la servitude volontaire de La Boétie (1549) « Soyez résolus de ne servir plus et vous voilà libres. »

Tout au long de cette conférence, j’ai eu l’impression d’entendre une chanson de Didier Super traduite en discours philosophique : « Y’en a marre des pauvres ». Dans cette chanson, il écrit, entre autres, « Les pauvres y font aucun efforts pour devenir riches ! (…) Les pauvres quand y travaillent, y enrichissent les riches, du coup faut pas qu’y s’étonnent, pasqu’y sont toujours aussi pauvres ! »

Cette chanson est clairement une parodie du discours un peu méprisant de la droite sur les pauvres, renvoyés à leur paresse, à l’assistanat et à leur manque d’initiatives.

Cela dit, on peut également deviner une critique des pauvres derrière les excés de la caricature. Les pauvres se laisse écraser par le système et participent objectivement à l’enrichissement des plus fort. Nous aurions tort de prendre Didier Super seulement pour un clown. Sous l’apparence de la gaudriole, il s’agit d’un appel à la résistance. Si cette thèse est exacte, Didier Super est bel et bien un héritier de La Boétie et Stirner. C’est une nouvelle remise en cause de l’histoire de la philosophie à laquelle je vous invite.

Pour ceux qui ne connaissent pas Didier Super, je vous préviens, cette vidéo, c’est du brutal. Âmes sensibles s’abstenir.

La dernière grande idée du gouvernement : Le débat sur l’Islam !

•Jeudi 3 mars 2011 • Laisser un commentaire

Mes chers amis, vous aurez sans doute remarqué que mes interventions sont devenues de plus en plus rares ces derniers mois. En vérité, je me suis retiré du monde pour méditer comme une sorte de brahmane forestier, au milieu des petits animaux auxquels je distille mes enseignements. (C’est moi qui ai appris aux chats à attraper les pigeons et à manger les araignées). Bref, je vis comme une sorte de gourou ou de Dominique Strauss-Khan dont les moindres paroles sont recueillies et méditées avec attention. Depuis quelques jours, je sens bien des milliers de petits yeux tendus vers moi pour surveiller mes commentaires sur la dernière grande initiative du gouvernement : J’ai nommé le débat sur l’Islam.

Vous allez me dire : « Ah ! Quelle délicieuse initiative ce débat sur l’Islam en ces temps de xénophobie rampante et de crise identitaire. » « Le débat sur l’immigration a été une grande réussite. À quand le débat sur le rétablissement de la peine de mort ? » Oui, je suis désolé, si j’en juge par les derniers commentaires laissés sur mon blog, mon lectorat est de plus en plus con…

Et bien mes chers amis, vous avez entièrement raison. Cette initiative du gouvernement est un chef d’œuvre d’intelligence. Je dirais même plus, elle est digne du siècle des Lumières. Pas les Lumières de Voltaire et Diderot, dont la bougie moribonde va bientôt s’éteindre dans une flaque de suie. Je parle des nouvelles Lumières de ce siècle doré : Une génération de penseurs et de politiques au service d’une révolution morale. Ne sentez-vous pas un frémissement intellectuel porté par Éric Zemmour et Brice Hortefeux, qui n’ont plus peur de dire tout haut ce que Marine le Pen pensait tout bas. Grâce à eux, les gens n’ont plus peur de dire que les Arabes sont tous des voleurs, que les Noirs sont feignants et que les Musulmans sont dangereux. Le climat n’a jamais été aussi bon. Le débat qui s’annonce devrait permettre à notre glorieuse nation d’élever la pensée humaine vers des sommets jamais atteints. Par ailleurs, quand on met ensemble des penseurs du calibre de Jean-François Coppé, Frédéric Lefebvre, Claude Guéant et Patrick Balkany, il ne fait aucun doute qu’on s’achemine vers des conclusions mémorables. Le monde entier attend avec impatience les conclusions de ce débat.

Vous allez encore me dire : « Cela ne risque-t-il pas de faire le jeu du Front National ? Marine le Pen est certes quelqu’un de très bien, mais elle n’a pas l’expérience de son père. Elle n’a jamais pratiqué la torture. » Mes chers amis, une nouvelle fois, je m’en remets à votre clairvoyance. Même si le Front National est en passe de devenir le premier parti politique, nous devons continuer de soutenir le gouvernement actuel. Pour une raison simple : Ce sont maintenant des professionnels ! Entre les dérapages verbaux, le populisme, la stigmatisation des Gitans, la politique des quotas et le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, le gouvernement Sarkozy a plus fait pour les idées du FN en quatre ans que Jean-Marie le Pen dans toute sa vie.

Quand à moi, je vais regarder de loin, comme un héron qui observe les vautours se rassembler autour d’un bout de viande faisandé, tandis que les hyènes trottinent vers ce festin…

30 janvier 2011. L’équipe de France de football remporte la coupe du monde de handball.

•Dimanche 30 janvier 2011 • Laisser un commentaire

On se souvient tous de la qualification contreversée de l’équipe de France de football pour les mondiaux 2010 en Afrique du Sud et son élimination plus ridicule encore. Les commentateurs ont beaucoup jasé sur les raisons de ce naufrage, de la main de Thierry Henry aux grottesques balbutiements de nos joueurs avec un ballon dans les pieds. La raison était pourtant simple : les Français jouent aux football avec les mains ! Ils n’ont pas compris qu’il fallait jouer avec les pieds. Cette originalité à vallu à la France d’être raillée sur les terrains de football, mais elle est crainte sur les parquets de handball.

Pour la quatrième fois de son histoire, l’équipe de France de football a remporté le championnat du monde de handball après une finale de toute beauté contre le Danemark, remportée 37 à 35 à l’issue des prolongations. Thierry Henry, l’attaquant des Red Bull de New York a été nommé homme du match avec 11 buts, devant son coéquipier Nikola Karabatic et le danois Mikkel Hansen avec l’un et l’autre 10 buts au compteur. Il faut également souligner l’excellente performance du du gardien danois Landin Jacobsen et le fairplay des supporters scandinaves.

 

Les formidables aventures de Michèle Alliot-Marie : La Tunisie.

•Mardi 18 janvier 2011 • 4 Commentaires

Mes chers amis, depuis le début de mon exil outre-mer, je suis les actualités de la métropole avec un certain détachement. Il m’arrive néanmoins de tomber sur de petits articles qui éveillent en moi une certaine curiosité, un peu comme une vieille qui s’assoit sur un coussin péteur au milieu de la messe.

Hier, donc, je tombe sur une dépêche de l’agence Reuteurs anonçant une prudente autocritique des autorités françaises concernant les évènements en Tunisie. Petit rappel des faits : Les 19 et 20 décembre, début d’un mouvement social réprimé par la police. Plusieurs dizaines de manifestants sont arrêtés. 24 décembre, la police tire sur des manifestants à Menzel Bouzayane : deux morts. Entre le 8 et le 13 janvier, des manifestations éclatent dans tout le pays. La France, fidèle alliée du régime tunisien, refuse de condamner Ben Ali et propose l’aide de la police française. La police de Ben Ali tire à balles réelles sur les manifestants : bilan 66 morts. Ben Ali promet de nouvelles élections en 2014 et une libéralisation du régime. La situation devient incontrôlable, le 14 janvier, il s’enfuit en Arabie Saoudite. (Dépêches AFP)

Lundi 17 janvier, la France entame une prudente autocritique sur son attitude pendant les évènements. Nous ne savions pas que Ben Ali était un dictateur s’est défendu, en somme, Alain Juppé, ministre de la défense. “Les réformes sociales étaient faites, le traitement de la femme en particulier, une classe moyenne apparaissait, des efforts très importants ont été faits pour développer l’éducation. Ceci nous a conduit à sous-estimer l’exaspération du peuple tunisien face à un régime policier et à une répression sévère”. Il aurait pu ajouter : “Qu’il soit élu avec 98.9% des voix depuis plus de 23 ans ne nous a pas semblé louche. On s’est dit qu’il devait être très populaire. 

Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, a été sévèrement critiquée pour avoir proposé l’aide de la police française. Elle affirme qu’il s’agit d’un malentendu. “J’ai dit que nous étions prêts d’offrir ce savoir-faire, en quelque sorte, de gestion sans usage disproportionné de la force, pour que l’on puisse à la fois avoir des manifestations et peut-être mieux les contrôler”. Hé ! Hé ! C’est le ”en quelque sorte” qui est marrant, car elle sait pertinemment que la police française a formé la moitié des tortionnaires d’Amérique latine à la fin des années 1970 et au début des années 1980. La France possède de toute évidence une sorte de savoir-faire dans la répression des manifestations au service des dictatures et nous pouvons en être fiers. Par ailleurs, je me souviens des images des manifestations lycéennes à Lille il y a quelques années. J’avais été frappé par une vidéo montrant des CRS en train de tabasser des étudiantes à terre. Que Michèle Alliot-Marie propose d’exporter ce savoir-faire est tout à son honneur, d’autant que les exportations françaises ne marchent pas très fort en ce moment…

Si nos dirigeants ne nous prenaient pas pour des abrutis, ils nous annonceraient en toute franchise : “Nous avons soutenu la dictature au nom de la défense de nos intérêts économiques et pour endiguer l’islamisme. Une bonne dictature, c’est d’abord un pays stable et c’est bon pour les affaires. Quand la chute de Ben Ali est devenue inévitable, nous avons compris qu’il était temps de retourner notre veste.”

J’attends avec gourmandise le renversement de la dictature en Libye. Michèle Alliot-Marie sur TF1 : “Nous avons proposé au Colonel Kadhafi l’expertise de l’armée française pour réprimer les manifestants avec la plus grande douceur possible. Monsieur Kadhafi est un grand démocrate et un ami de la France.” Puis après la chute du régime, Alain Juppé devant la tribune : “Personne n’aurait pu deviner que colonel Kadhafi était un dictateur. J’ai été invité plusieurs fois dans sa tente, tout le monde avait l’air heureux. Nous avons pêché en raison de notre naïveté.”

N.B.: Je peux taquiner Michèle Alliot-Marie, car je ne suis pas appointé par une radio publique comme Gérald Dahan, je ne cours donc pas le risque de me faire licencier dans les 24 prochaines heures. Par ailleurs, je ne vis plus en France, ce qui devrait m’éviter une ennuyeuse garde à vue ou une convocation au comissariat…

 
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