Non au Beaujolais nouveau !

•Vendredi 20 novembre 2009 • 2 commentaires

Le marketing est probablement ce qui sépare l’homme du singe. Jamais vous n’arriverez à convaincre un singe d’acheter des bananes vertes en arguant que les bananes jaunes ne sont plus à la mode. Le cerveau du singe n’est pas assez évolué pour comprendre le concept de mode et d’évènement festif… Alors que le cerveau humain, bien préparé, peut assimiler sans effort les concepts les plus improbables comme la fête du Beaujolais nouveau…

Résumons l’idée : chaque année, une région entière décide d’écouler en quelques jours environ 800 000 hectolitres de primeurs, c’est à dire une bibine trafiquée et pas mûre, qui râpe l’œsophage, pique la langue et donne la migraine… Avouez que présenté comme ça, cela ne fait pas envie… Vendre du beaujolais nouveau en France, c’est un peu comme essayer de vendre un footballeur  parisien au Brésil. Normalement, on devrait recevoir des caillasses et de partir sous de légitimes quolibets… Mais c’était sans compter sur “l’esprit festif des Français.” “Bah ? Le Beaujolais nouveau est dégueulasse ? Il est encore plus mauvais que l’année dernière ? C’est pas grave, on fait ça pour la fête.” – Ah bon ? Sous l’effet d’un bourrage de crâne efficace et d’un marketing ciblé, on a réussit à nous convaincre qu’il fallait attendre la sortie du vinaigre nouveau pour nous réjouir. Alléluia ! L’évangile s’est réalisé, le Beaujolais nouveau est parmi nous !!!

Sommes nous complètement soumis aux diktats de la tradition et du marketing pour cautionner une opération aussi lamentable. Une poignée de vigneron peu scrupuleux nous vend des primeurs à des prix indigne pour nous refiler la chiasse et nous nous précipitons au bistrot du coin pour nous exécuter. Pourquoi ne pas faire la fête du Bourgogne ancien ? Ou du Bordeaux Saint-Emilion ? Cela ne coûte pas plus cher qu’un mauvais Beaujolais et je vous garanti moins d’effet secondaires. Vous me direz : “Oui, mais les Japonais en bois 12 millions de bouteilles par an. Ils ont bon goût les Japonais, c’est quand même eux qui ont inventé le wasabi.” Certes, mais ils prennent aussi le vin rouge avec du citron et du coca cola avec leurs copains Chinois !!!

Ah, sordide humanité. Bon, sur ce, je vais boire un petit verre de Boudes mélangé à de l’Auvergnat Cola…

“Demain” l’Afrique du Sud…

•Jeudi 19 novembre 2009 • 10 commentaires

Un stade de football est un théâtre, avec ses coulisses, ses critiques, ses drames et bien sûr, ses comédiens. Dans un théâtre, on peut jouer toutes sortes de pièces. On voit parfois des drames : la mort d’un joueur africain terrassé en pleine course par un accident cardiaque ou des tragédies héroïques : le coup de tête de Zidane en finale de la coupe du monde. Quand on regarde l’équipe de France de Raymond Domenec, on assiste plus souvent à des comédies, des satyres du football dans lesquelles on ne sait pas toujours si la médiocrité est volontaire ou si elle incarne une forme de subversion.

Quand j’ai vu partir mes collègues pour le stade de France hier après-midi, je me suis dit qu’il leur fallait une sorte de foi absolue dans la nature humaine pour aller voir une chose pareille. Foi qui me manque cruellement depuis l’anniversaire de mes sept ans… Ce matin, j’étais avide de connaître leurs impression sur ce “grand évènement.” En écoutant leur récit enflammé, je compris rapidement que ce n’était pas la misanthropie mais une intuition de génie qui m’avait tenue éloigné du stade. Ils avaient rarement vu un match aussi nul de toute leur vie : des joueurs qui couraient dans tous les sens, qui se plaçaient n’importe où, qui faisaient des amorties du genou, des têtes de l’oreille etc… “On aurait dit une équipe handisport” dit l’un d’eux, “dans laquelle notre collègue d’EPS” aurait eu sa place rajouta un deuxième. Leur seul bon souvenir fut le contact avec les supporters irlandais dont ils vantaient la gentillesse et le fair play exemplaire. Leur élimination après une main volontaire et une erreur d’arbitrage est semble-t-il une des plus grandes escroqueries de l’histoire du sport. Il s’agit plus précisément d’un double contact auquel s’ajoute le hors-jeu des deux attaquants. Notre entraineur charismatique avec un cynisme assez plaisant se félicita naturellement du résultat. Comme disait Machiavel, “peu importe la manière, il faut savourer la qualification.”

Je lui répondrai comme Churchill. “Vous avez choisi le déshonneur à la défaite. Vous aurez le déshonneur et la défaite.” Cette équipe n’avait simplement pas sa place dans la coupe du monde.

Bon, comme illustration, je ne savais pas quoi mettre, du coup, j’ai pris la première image que j’ai trouvé :

L'équipe de France de football s'est qualifiée après un superbe match nuf face à l'équipe d'Irlande mercredi 18 novembre.

L'équipe de France de football s'est qualifiée pour la coupe du monde après un superbe match nul face à l'équipe d'Irlande mercredi 18 novembre.

Le Berrichon Masqué et les zoos humains !

•Mercredi 18 novembre 2009 • 3 commentaires

- Monsieur, est-ce que les zoos humains ça existe encore ?

- Non, heureusement, ou alors de façon très ponctuelle. Par exemple, il y a 20 ans, il existait encore des zoos humains pour des Alsaciens ! C’est là que j’ai vu pour la première fois mon collègue de SVT [le Berrichon Masqué]. Il participait à un spectacle intitulé “Cannibale !” habillé en costume traditionnel.

Le virus et les suppositoires

•Mercredi 18 novembre 2009 • 2 commentaires

- Monsieur ! Monsieur ! Monsieur B. (Le Berrichon Masqué) a dit que vous étiez un virus ! Il a écrit vos initiales au tableau et il nous a montré que ça fait “H1N1″.

- Répondez ! Ne vous laissez pas faire !

- Oh, vous savez les enfants… Monsieur B. a tellement peur d’attraper la grippe en salle des profs, qu’il prend des suppositoires au tamiflux en traitement préventif !

L’anthropophage et le virus

•Mercredi 18 novembre 2009 • 2 commentaires

- Monsieur, vous aviez raison ! Monsieur B. est cannibale ! (Le Berrichon Masqué) Tout à l’heure, il est rentré en classe avec un os humain dans la bouche en trainant un squelette et il a dit : “C’est Christina, l’ex-femme de Monsieur N.” (moi-même)

Tube de l’hiver

•Jeudi 22 octobre 2009 • Un commentaire

Crépitus et les professeurs d’EPS

•Mercredi 21 octobre 2009 • 5 commentaires

“Savez-vous que les Romains vénéraient un dieu du pet, dénommé Crépitus ? D’ailleurs votre professeur d’EPS possède une figurine dans son casier. Vous pouvez lui demander de vous la montrer.”

Cours d’histoire avec les élèves de 6eG.

Emil Cioran et moi.

•Mardi 13 octobre 2009 • 3 commentaires

On écoute des chants grégoriens,

Il parle à peine et moi j’dis rien.

On a une relation comme ça

Emil Cioran et moi.

J’passe la soirée avec Sylvain

Pendant qu’il mate le papier peint.

On est resté indépendants,

Moi et Emil Cioran.


Il est posé sur l’étagère

Entre un bouquin d’Eric Holder,

Un chandelier blanc IKEA

Et une carte postale de Marat.

Il est toujours tout noir et gris,

Il ne dit plus vivement samedi !

Depuis que j’le traîne chez mes parents,

Évidemment Emil Cioran.


J’lui parle pas des filles de Stirner,

Il parle pas trop d’Schopenhauer

Oui on évite ces sujets là,

Emil Cioran et moi.

Il y a un truc dans son regard

Qui m’reproche de rentrer trop tard,

Il voudrait que j’sois là tout l’temps,

Évidemment Emil Cioran.


Il est posé sur l’étagère

Entre un bouquin d’Eric Holder,

Un chandelier blanc IKEA

Et une carte postale de Marat.

Il est toujours tout noir et gris,

Il ne dit plus vivement samedi !

Depuis que j’le traîne chez mes parents,

Évidemment Emil Cioran.


On écoute des chants grégoriens,

Il parle à peine et moi j’dis rien.

On a une relation comme ça,

Emil Cioran et moi.

Emil

•Lundi 12 octobre 2009 • 6 commentaires

Cioran et moi...

Faut-il remettre le Prix Nobel de la paix à Michel Sardou ?

•Samedi 10 octobre 2009 • Laisser un commentaire

Depuis quelques mois, les salons parisiens bruissent des bons mots (souvent involontaires) des conseillers de l’Élysée et des pontes de l’UMP. Parmi les penseurs les plus en vue de la majorité présidentielle, deux noms reviennent assez fréquemment : Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP et Dominique Paillet Le Secrétaire général adjoint de l’UMP. Internet abrite aujourd’hui plusieurs milliers de pages de bêtisiers uniquement consacrés à ces deux personnages. La dernière pitrerie en date est à attribuer à Dominique Paillet, le jour de l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Barack Obama. Déplorant cette attribution trop hâtive, il a affirmé que c’est Nicolas Sarkozy qui aurait du recevoir ce Prix Nobel en hommage à ses interventions décisives en Iran, en Colombie et à Saint-Tropez.

En apprenant cette nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de rire aux éclats pendant cinq bonnes minutes. Je pense que le prince aura apprécié cette sortie, car “la flatterie est une fausse monnaie qui n’a cours que par notre vanité.*” À sa place, je me serais senti vexé d’avoir des courtisans aussi serviles et dépourvus d’esprit.

*Maximes de La Rochefoucauld.

Spéculations sur le pessimisme. Les dimanches de la philosophie. Séance 46.

•Dimanche 4 octobre 2009 • Laisser un commentaire

Depuis l’imprononçable jour de ma naissance, j’ai voué au monde qui m’entoure une haine irréconciliable. Le club Dorothée, Michel Sardou, le steak haché trop cuit… Les raisons de mépriser les hommes et Dieu ne manquaient pas. En grandissant, le tranchant de ma pensée s’est fait plus acéré et ma répulsion primaire s’est muée en un dégoût plus raisonnable. J’ai coupé le monde à coup de rasoir pour voir au cœur du fruit, le noyau noir. Bref, j’étais pessimiste. Toutefois, en vieillissant, j’ai pris un peu de recul et certaines rencontres intellectuelles ont modifié mon point de vue. Comme le remarquait Michel Serres dans le sens de l’info, les nouvelles que nous livrent les médias sont entièrement consacrées aux mauvaises nouvelles. Notre perception du Monde en est forcément faussée. En écoutant que le bruit des guerres, des massacres, des catastrophes et des trafics, nous oublions tout ce qui fait la beauté de l’existence : la caresse du vent sur la peau, le spectacle d’un coucher de soleil, deux amoureux qui s’embrassent ou un enfant qui s’émerveille dans un cercle de vieilles. Cela peut-il nous faire oublier la bassesse du genre humain ? La jalousie, la haine, l’envie ? Les morts absurdes et le cynisme de notre société ? Non, l’un et l’autre sont les deux faces d’une même réalité. Le monde n’est ni bien ni mal. Il n’a pas de moral, pas plus que l’humanité prise comme un tout. L’espèce se soucis peu de ce qui est moral et du poids d’une vie. C’est seulement  individuellement, à l’intérieur de nos limites, que nous pouvons mener notre vie et tenter d’en faire une belle aventure.

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Vaincre ou périr.

•Mercredi 23 septembre 2009 • 4 commentaires

“Je me suis blessé la jambe en combattant la veille. Si vous gagnez, votre victoire sera entachée de déshonneur. Si vous perdez, votre défaite sera entachée de ridicule.”

Le Grand Khan, avant d’affronter le terrible Gaëtan sur les terrains de Badminton-Jitsu.

La complainte du palmipède.

•Jeudi 17 septembre 2009 • 4 commentaires

Depuis que je suis rentré de Chine, le Berrichon masqué est assez méchant avec moi… :-( À chaque fois qu’il me croise en salle des profs, il m’appelle le “Connard Laqué”. :cry:

La disparition d’un monstre sacré : Filip Nikolic.

•Mercredi 16 septembre 2009 • 4 commentaires

Mes chers lecteurs, j’ai une bien triste nouvelle à vous annoncer. Ce matin, nous avons appris la mort d’un des plus grands artistes français du XXe siècle. Un homme dont les textes, la voix et la sensibilité continueront de résonner dans le panthéon des arts. Exactement 32 ans jour pour jour après Maria Callas : Philippe des 2B3 nous a quitté !

Peu de gens connaissaient son vrai nom : Filip Nikolic, mais tous reconnaissait son visage avenant, sa musculature généreuse et son sourire enjôleur. Ses fans l’appelaient simplement Filip, le seul, l’unique, le grand. En 1997, cet artiste d’avant-garde fonde le premier Boy’s Band de l’histoire de la chanson française avec ses deux amis Frank et Adel. Ils rencontrent un succès immédiat avec leur tube “Partir un jour”. Des millions de jeunes femmes tombent en pâmoison d’un simple regard des Free Boys. La 2B3mania s’étend rapidement à toute l’Europe. Le Berrichon Masqué se fait tatouer le visage de Filip sur la poitrine et Metreya achète son caleçon aux enchères. Après ses succès dans la musique, Filip se lance dans une prometteuse carrière cinématographique. En 2000, il joue dans le film américain “Simon Nez” avec Jean-Claude VanDamme et en 2002, il apparaît dans plusieurs épisodes de Navarro.

Je sais que vous serez nombreux à pleurer ce soir en reprenant des nouilles… Vous regarderez le gruyère fondre sur le plat en chantonnant “Partir un jour sans retour…”

Les authentiques tribulations du Grand Khan en Chine. Etape 4. La cité interdite et la colline du charbon..

•Mercredi 16 septembre 2009 • Un commentaire

Remis de nos frasques de la veille nous partons tous deux à la découverte de la cité interdite. Nous arrivons sur place en milieu de matinée. Je fais quelques photos en compagnie de moines bouddhistes qui ressemblent à des footballeurs qataris en vacances, lunettes de soleil et coupes à la mode. Je n’aurais peut-être pas couru sur la place Tian’anmen entouré dans un drapeau tibétain pour faire plaisir à Metreya, mais je lui aurais au moins ramené des photos de moines.

Chine 2009 060

À l’entrée de la cité interdite, nous retrouvons la foule des grands jours, comme sur la grande muraille.

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Ce bâtiment mérite une telle foule, à l’égale de Versailles et des plus beaux palais du Monde. Les restaurations sont parfois un peu criardes mais dans une cour isolée, on retrouve parfois l’atmosphère qui pouvait régner en ces lieux.

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Nous avons passé trois ou quatre heure à marcher dans la cité Interdite, visitant chaque cour, chaque temple, chaque musée, chaque boutique. Nous avons seulement raté le Starbuck café qui est pourtant un des hauts-lieux touristique de la capitale. Nous sortons de là dans l’après-midi, épuisé par la faim, la chaleur et la soir. Avec une endurance toute spartiate, nous décidons de poursuivre par la colline du charbon qui se trouve au nord de la Cité interdite. Un joli temple trônait à son faîte, entouré de beaux jardins. Avant d’accéder au site, nous sommes de nouveaux harcelés par les pousse-pousse, taxis et quelques mendiants. Comme l’un des pousse-pousse nous suivait malgré notre refus évident, je finis par lui parler polonais. “Nie rozumiem. Nie mówiem po angielsku ! A te ? Mówiez po polku ?” Cette réplique sembla le déconcerter pour un temps. Il afficha une expression d’incompréhension. À cet instant, un chauffeur de taxi m’assailli de l’autre côté pour me proposer une excursion sur la grande muraille. Je lui répondis en anglais que nous l’avions vu la veille. Cette erreur d’inattention fit revenir le premier à la charge car il réalisa que je parlais anglais. Tandis que je déclinais sa proposition, le second était déjà en train de me montrer son livre d’or et les photos de ses excursions… Aaaaah, je ne savais plus comment me sauver. Les mains devant la poitrine, je parvins à rejoindre l’entrée de la colline en acceptant poliment une carte de visite.

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Suite de nos aventures demain.

Les authentiques tribulations du Grand Khan en Chine. Etape 3. Wangfujing et les bars à putes.

•Mardi 15 septembre 2009 • Un commentaire

Nous avons quitté Naël et Marie sur la grande muraille. Ils étaient un peu fatigués et ils voulaient régler quelques formalités pour leur voyage. Nous nous étions toutefois fixé rendez-vous pour manger ensemble au restaurant le soir même dans le quartier de Wanfujing. Il s’agit d’un quartier commerçant et animé au sud-est de la Cité Interdite, dont le guide vantait certaines qualités.

À 20h00, nous les attendions sur le quai du métro, comme nous l’avions proposé. Hélas, après un quart d’heure, nulle trace de nos amis. Les trames infatigables déversaient sans trêves des  flots de voyageurs indifférents. Je proposai à Fabrice d’attendre au début de la rue, si jamais nous les avions perdus. Il devait me retrouver quinze minutes plus tard si nous n’avions pas de nouvelles. J’allai donc attendre à la sortie, scrutant la rue avec autant de vigilance qu’un chien de prairie dressé sur les pattes arrières. Au bout d’une dizaine de minutes, une jeune femme m’aborda avec un accent anglais assez agréable. “Hello ! How are you ? Where are you from ?” Elle m’expliqua qu’elle était en train de faire du shopping et que cela lui faisait plaisir de pratiquer son anglais. Elle avait l’air plutôt sympathique. Après une ou deux minutes, elle me proposa d’aller boire un verre dans les environs avec une amie qui venait de la rejoindre. Comme j’attendais Fabrice, je déclinais poliment l’invitation, lui expliquant ma situation. Elle insista encore deux ou trois fois avant de partir. Sur le coup, je n’avais pas bien compris à qui j’avais à faire… Je suis d’un naturel bienveillant et je ne vois pas le vice avant d’y avoir été confronté. Après dix minutes, Fabrice me rejoint seul. Nos amis ont sans doute eu un empêchement. Ayant perdu leurs coordonnées. Nos chemins se sont peut-être séparés définitivement.

Nous nous engageâmes dans les rues animées et occidentalisées de Wangfujing. L’urbanisme de cette rue, les néons, les affiches, les centres commerciaux ; tout ressemblait à l’occident. Cependant, d’immenses caractères lumineux dominaient les façades et la foule se composaient exclusivement de Chinois. Sur un côté de la rue, nous aperçûmes l’entrée d’un marché traditionnel qui semblait extrêmement fréquenté. Il s’agissait sans doute de l’endroit décrit par le guide. Sitôt engagé dans ces rues de traverse, nous retrouvons la foule de la grande muraille. des milliers de personnes déambulent entre les échoppes alimentaires et les petites boutiques. Nous n’avions pas prévu d’acheter quoi que ce soit. Nous jetons ici où là de petits coups d’œil pour observer les objets. Les marchands nous interpelaient systématiquement, commençaient à manipuler le moindre produit sur lequel nous posions le regard, profitant de l’occasion pour présenter le reste de leur camelote. Dans l’une de ces boutiques, je commis l’erreur d’observer un peu trop attentivement un kit de pinceaux pour la calligraphie. Il était étiqueté à 285 yuans (29 euros), ce qui me semblait un peu cher. Dès cet instant, j’étais devenu “l’ami” de la vendeuse, qui m’attrapa littéralement le bras pendant dix bonnes minutes, alternant les jérémiades, les réductions “incroyables” et les petits coups de poing dans les épaules. Je finis par céder devant ce harcellement en bonne et due forme. J’achetais le kit en question à 50 yuans, presque sans avoir rien dit. Elle avait presque spontanément divisé le prix par six, et encore, je compris plus tard que je m’étais quand même fait arnaqué… Pour 50 yuans de plus, elle avait ajouté un bâton d’encre et un petit encrier qui ressemble vaguement à un tigre. Avec le recul, je crois que j’étais beaucoup trop tendre au moment où je suis rentrée dans ce marché. Manque de sommeil, de lucidité, de méfiance. J’aurais dû la reprendre froidement quand elle m’a qualifié “d’ami” et lui faire une clef de bras au premier petit coup de poing dans l’épaule. Je ne copine pas plus avec les marchands qu’un tigre ne copine avec les braconniers.

Après nos “affaires”, nous sommes allés manger quelques brochettes dans un coin du marché. Vers 22h00, la maréchaussée sonna l’évacuation des lieux et la foule se vida peu à peu dans la rue principale. Alors que nous passions devant un magasin de chaussures, une jeune femme nous interpella et me baragouina quelque chose en me montrant ses pieds. Je me dis : “Tiens, elle veut peut-être que j’achète des talons hauts ?” Avec un air parfaitement sincère, je lui annoncai que “ce n’est pas mon style.” Là, elle me regarda avec incompréhension et me demanda pourquoi je lui disais ça. Elle nous proposait en fait des massages du pied. Quand je lui dis que nous n’étions pas intéressé, elle me proposa des massages du dos, tandis qu’une de ses amies commençait à palper le bras de Fabrice. À cet instant, j’ai eu une petite seconde d’hésitation. Je me voyais déjà couvert d’huile, étendu sur des draps de soie en train de manger des litchis dans un harem. Tournant le regard en direction de Fabrice, je vis qu’il affichait un air de moine bénedictin neurasthénique. Reprenant mes esprits, je déclinai définitivement son offre et nous reprîmes notre route. Après cet épisode, Fabrice sentit bien une accusation silencieuse qui pesait contre lui… nous venions peut-être de rater une nuit torride par sa faute ! Tandis que nous plaisantions sur le sujet, il m’affirma qu’il était tout à fait partant et que je m’étais fait de fausses idées. Je lui répondis que si l’occasion se présentait de nouveau je pourrais vérifier la validité de cette affirmation. Cinq minutes plus tard, une jeune femme nous aborda de nouveau. Cette fois, il n’était pas question de massages. Elle nous interpela en anglais, exactement comme cette jeune femme m’avait abordé deux heures plus tôt. Elle nous expliqua qu’elle sortait du travail et qu’elle s’apprêtait à rentrer chez elle. Elle nous proposa néanmoins d’aller boire un café pour discuter un moment. Je me tournais vers Fabrice qui était également partant. Nous pouvions bien faire un détour avant de reprendre le métro. Nous décidâmes de la suivre avec l’air parfaitement abruti de deux prinvinciaux en train de visiter Pigalle. Elle nous conduisit le long de la rue tout en discutant dans un anglais fort correct. Elle nous apprit qu’elle travaillait en journée dans “la médecine chinoise” et le soir dans un club de danse avec des filles. À cet instant, je compris que nous étions peut-être parti sur un malentendu. Je m’arrêtais et lui dit clairement que nous ne voulions que discuter et boire un café. “Oui oui, me répondit-elle, c’est pareil pour moi.” Nous reprimes notre marche en direction de son bar. Les jeunes femmes assises sur le trottoir avec un sac à mains semblaient rendre Fabrice un peu nerveux. Une fois arrivés à destination, il fallait emprunter un escalier pour descendre en sous-sol. Un musicien jouait de la guitare dans une ambiance vaguement branchée. Quand le serveur nous apporta la carte des consommation, elle me regarda en penchant la tête avec un petit sourire et me demanda si elle pouvait boire un verre de vin. Ah ? Me dis-je, apparamment, c’est nous qui allons payer… Là je manquais de m’étrangler en regardant les prix : 180 yuans le verre de vin. (plus de 18 euros.) Le prix de la bouteille était indiqué au dessus : 1800 yuans (180 euros). Sur le coup, je me suis demandé s’il n’y avait pas une erreur de transcription, mais je dus me rendre à l’évidence, cela puait l’arnaque à plein nez. J’annonçais au serveur que nous ne voulions pas de bouteille. La demoiselle, d’une voix douce annonça qu’elle ne voulait qu’un verre. Je lui dis que c’était trop cher pour nous, aussi se contenta-t-elle d’un verre de jus de pomme, dont je n’avais pas vu le prix. Elle m’annonça dans la foulée qu’elle voulait seulement boire de l’alcool pour rendre la soirée plus “joyeuse”. Après quelques flatteries sur notre prestance naturelle, toute les questions qu’elle nous posa tournait autour de l’argent. Combien nous gagnions, combien nous pouvions économiser etc… Elle demanda à regarder l’appareil photo de Fabrice. Elle ne s’interressait pas du tout aux photos, elle voulait seulement en connaître le prix. Humainement, cette rencontre ne nous a pas apporté grand chose mais elle ne fut pas totalement vaine. C’était la première fois que je discutais avec une prostituée qui avait quitté sa province pour vivre sous les lumières de la capitale, en baisant les touristes par tous les moyens. Secondairement, cette expérience nous a coûté moins de 30 euros mais elle nous a servi de leçon pour la suite de notre périple. J’ai quand même un petit regret. Quand elle nous a demandé si nous aimions les Chinoises, je n’ai pas eu la répartie immédiate qui s’imposait : “Oh, pas tellement, je préfère les Japonaises.” Comme le remarquait La Rochefoucauld, “il suffit quelquefois d’être grossier pour n’être pas trompé par un habile homme”. L’un comme l’autre, nous avons du mal à déceler la malhonnêteté et la tromperie. Pour déjouer certains pièges, il faut les avoir envisager d’abord. Je suis un peu comme Nietzsche, je considère tout le monde comme mon meilleur ami, jusqu’à ce que j’ai la preuve que c’est un traître. À chaque trahison, je sens néanmoins la carapace de défi et d’indifférence se durcir. Avant de partir en Chine, j’étais comme le lézard de Stig Dagerman. Quel sorte de reptile serais-je au bout de trois semaines ?

La jurisprudence et la loi.

•Lundi 14 septembre 2009 • Laisser un commentaire

Par exemple : “Si un professeur a coupé la tête d’un élève, il devra donner un poulet surgelé à ses parents.”

Considérations du Grand Khan sur le Code Justinien et le Digeste. Cours de 5e.

Nicolas Sarkozy va vendre des fausses pierres au Japon !

•Dimanche 13 septembre 2009 • 2 commentaires

Nicolas Sarkozy part en voyage officiel au Brésil dans le but affiché de vendre des avions Rafale commercialisés par le groupe Dassault. J’ai écouté les médias d’une oreille distraite mais cette information ne semble pas avoir suscité le moindre émoi… Le président de la Res Publica (lat. la chose publique) a maintenant pour tâche de s’occuper de la chose privée. Si l’on ne peut satisfaire le plus grand nombre en maintenant le niveau de vie, il est normal de s’occuper de nos chers millionnaires qui ne demandent finalement qu’une obole à la collectivité. Car enfin, ce n’est pas parce que tous le monde fait la gueule qu’il est interdit de faire plaisir à quelques uns. Et si Monsieur Sarkozy arrive à faire plaisir à Monsieur Dassault, sémillant milliardaire élu de l’UMP et propriétaire du Figaro, et bien cela me fait plaisir à moi aussi. Si l’Elysée dépense 100 millions d’euros par an en voyages officiels pour vendre des Chars Leclerc, des avions Dassault et des Airbus, c’est de l’argent bien investi. Peu importe si les emplois sont délocalisés, si les usines sont “dégraissées”. Ce qui est bon pour les actionnaires et les lecteurs du Figaro est bon pour le pays ! Croyez-moi ! (Je l’ai lu dans le Figaro ;-) ) Et en plus, pendant ses voyages officiels, Monsieur Sarkozy emmène souvent Isabelle et Patrick Balkany… Et pendant qu’ils sont au Brésil, en Lybie ou en Corée du Nord, ils ne sont pas en France ! ;-)

Maintenant, je me demande si Monsieur Sarkozy ne pourrait pas organiser un voyage officiel au Japon pour vendre des fausses pierres. Mon père commercialise ce produit depuis de nombreuses années (avec davantage de succès que le Rafale), mais il peine un peu sur le marché asiatique. C’est pourquoi une intervention présidentielle serait tout à fait la bienvenue. Ce transfert de technologie serait du reste plus valorisant que la vente d’armements à des pays en développement. Je vais lui passer un coup de téléphone pour arranger ça dans les jours qui viennent. Hum, j’espère qu’il ne faut pas une carte de l’UMP… :roll:

Les authentiques tribulations du Grand Khan en Chine. Etape 2. Badaling

•Mardi 8 septembre 2009 • Un commentaire

Nous retrouvons Mary et Naël, les amis que nous avons rencontrés dans l’avion,  en début de matinée. Nous étions convenus d’aller visiter la grande muraille sur le site de Badaling. Nous nous retrouvons au sud de la place Tian’anmen, devant la station de Qianmen devant laquelle étaient organisés les circuits. Vérification faite, les bus directs partent au nord de la station Jishuitan, c’est à dire à deux pas de notre hôtel. J’ai vérifié trop rapidement la veille, c’est un peu de ma faute. Nous repartons ainsi dans l’autre sens, harassés par la chaude atmosphère matinale. Sur les quais du métro, nous admirons la station accroupie des jeunes chinoises que l’on pourrait dénommer la position du penseur turque (en références aux WC à la turque). Par espièglerie, nous voulions poser dans la même position à côté d’une passante en tenant un rouleau de papier hygiénique. Nous n’avons hélas jamais osé, de peur de froisser la susceptibilité de nos “hôtes”. Vers 10 heures, nous arrivons devant la station Jishuitan d’où partaient les bus 919.  Nous sommes une nouvelle fois subjugués par les merveilles de l’organisation chinoise. Nous nous sommes arrêtés au premier arrêt pour les bus 919, devant lequel attendaient plusieurs  personnes. Avec mes rudiments de mandarin, je parviens à questionner deux chinois qui se rendent au même endroit que nous. Le long des files d’attente, des chauffeurs de taxi tentaient de recruter des pigeons en profitant de la désorganisation. Pour cause,  les bus s’arrêtaient et repartaient sans passager. Après un bon quart d’heure d’attente, l’un de nos compagnons d’infortune finit par aller se renseigner ailleurs. Le point de départ était effectivement situé à 300 mètres de là sur un autre arrêt pour les 919. C’est tellement le bordel que les chinois eux-même se font avoir. Les tickets étaient vendus à l’intérieur du bus par un jeune femme de la compagnie. Une fois le montant acquitté, je mis les oreillettes de mon iPod, bien décidé à profiter du temps de répit qui nous séparait de notre destination. Hélas, après quelques minutes de route, notre guide se lança dans d’incroyables explications à l’adresse des passagers. Avec une cadence assez incroyable, elle nous engloutit sous un flot d’informations. Je tentais de surnager au milieu de ce flot, insensible à la pertinence de ces propos, puisque je comprenais moins d’un mot sur cent. Je me contentais d’observer sa respiration, ou plutôt son absence de respiration. En moins de 3 minutes, elle récita l’équivalent de l’annuaire du Lot-et-Garonne, avant de suffoquer bruyamment et de reprendre son souffle dans un râle œsophagique. Dès qu’elle eu aspiré un peu d’air, elle repartit de plus belle dans une incroyable logorrhée. Après un quart d’heure, le flot s’interrompit et le silence s’abattit de nouveau sur le bus. Il s’agissait d’un silence total, comme nous avons rarement connu en Chine. Tous les passagers semblaient groggys et j’étais moi même réduit à l’état de veille.

Nous sommes arrivés sur le site de Badaling après une grosse heure de route. La station d’accueil était à peu près à la hauteur de la station de départ. Il s’agissait d’un terrain vague exigu à côté de la route devant laquelle cars et taxis peinaient à manœuvrer. Des minibus tentaient de faire demi-tour devant les guichets ou se massaient une foule anarchique déversée par vague régulière. Nous observâmes la scène en silence pendant quelques minutes afin de déceler un semblant d’organisation. Des gens montaient ou descendaient en nombre égal. Il n’y avait ni panneau, ni indication ni écriteau d’accueil. Seul un marée humaine de touristes chinois en goguette, souvent regroupés derrière un guide équipé d’un petit drapeau rouge ou vert. Nous finîmes par acheter nos billets avec un supplément pour le téléphérique. Un touriste finit par nous indiquer le nord où se trouvait l’entrée du site. Nous marchâmes au bord de la route sur laquelle dévalaient bus et taxis. Moins d’un kilomètre plus loin, l’entrée du parc se dressait face à nous. Je dis le parc, car, ainsi que le fit remarquer Naël, elle ressemblait beaucoup au parc Walibi. Une porte de western surmontait les guichets derrière lesquels étaient creusés des fosses avec des ours. Des enfants vêtus de couvre-chefs ridicules et colorés jetaient des fruits aux ours en contrebas qui attendaient assis et la bouche ouverte. Diantre, on aurait dit les enfants-rois d’une société décadente. Les autres ours dormaient en hauteur avec les pattes en l’air dans la plus parfaite indifférence. J’aimais bien ces ours. Ils me rappelaient le Parti Mou et sa devise “envie de rien, pulsion de mou, un Parti Mou pour un Monde Mou.”

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Des dizaines de vendeurs étaient installés de tous les côtés. Ils vendaient des brochettes, de l’eau, de multiples souvenirs, dont les chapeaux de toutes les couleurs qui ressemblent à des ressorts en plastique. Nous avons trainé pendant un petit moment avant de comprendre où se trouvait l’entrée du téléphérique. Il s’agissait en réalité d’un petit funiculaire assez minable qui nous fit gagner cent mètre d’ascension pour la considérable somme de 6 euros. Je vois que les Chinois ont bien compris ce qu’était le capitalisme.

La grande muraille valait vraiment le détour. Je ne m’attendais pas à des paysages aussi beaux et à un ouvrage aussi escarpé. La foule était impressionnante. En certains resserrements, il fallait vraiment jouer des coudes pour passer. Les Chinois bousculent assez facilement et ont pris la mauvaise habitude de passer en force. C’est ça où on ne passe pas.

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Au premier plan, vous apprécierez au passage la mode assez répandue du T-shirt au dessus du nombril. La bedaine n'est pas obligatoire mais fortement recommandée si on veut avoir la classe.

Cette foule était encore supportable à ce moment du voyage. Nous étions encore tendre assez frais. Les semaines suivantes, la répétition de ces incivilités allait irrémédiablement éroder notre patience et notre bienveillante compréhension.

Les authentiques tribulations du Grand Khan en Chine. Etape 1. L’arrivée et le Palais d’été.

•Mardi 1 septembre 2009 • 3 commentaires

Tout au long du mois d’aout, mes plus fidèles lecteurs auront suivi nos aventures trépidantes et hautement improbables dans l’empire du milieu. Bien qu’il suive le véritable trajet de notre voyage, ce récit reposait sur un certain nombre de spéculations et d’anecdotes imaginaires et humoristiques. Comme promis, voici aujourd’hui le récit authentique, saignant et moyennement drôle de nos véritables aventures.

Jour 1 : Le voyage et l’arrivée à Beijing (Pékin).

Avant même de partir, notre premier acte de courage ou de folie fut d’emprunter une compagnie russe pour nous rendre en Chine, en l’occurrence Aeroflot. En voyant le prix : 415 euros l’aller-retour, je me suis dit “Il doit y avoir un truc.” Il faut pousser l’avion au décollage, il n’y a pas d’hôtesse ou alors on va voler sur un Tupolev pourri des années 1960. Ce fut en réalité la première bonne surprise de notre voyage. Le service était irréprochable : Personnel souriant, repas de bonne qualité, peu ou pas de retard et avion en parfait état. L’organisation et l’amabilité des douanes russes fut en revanche plus contestable : Longue attente dans le désordre avant de se faire admonester par une matrone acariâtre. Pendant cette escale, nous avons sympathisé avec un coupe d’étudiants chinois qui rentraient au pays et un couple de Français originaires du Nord. Le copain chinois critiqua véhémentement le manque d’organisation russe, arguant que si la Chine faisait ça, elle ne pourrait pas se développer.

Nous arrivâmes à Beijing comme prévu en milieu de matinée. L’aéroport est plutôt spacieux et agréable. Après une rapide inspection sanitaire, nous quittons ce refuge climatisé pour la chaleur de l’été pékinois. L’atmosphère est lourde et saturée en humidité. Notre peau est moite sans faire le moindre mouvement et nos vêtements se collent à nous. Le ciel est d’un blanc laiteux assez inquiétant, totalement masqué par un mélange de brume et de pollution. Avec la fatigue et le décalage horaire, nous n’avons pas totalement l’impression d’avoir posé pieds à terre. L’achat des tickets de bus pour le centre ville fut notre premier contact avec les mœurs chinoises. Un seul guichet placé au milieu du trottoir devait pourvoir tous les passagers, lesquels se précipitaient vers l’unique officiant à coups d’épaules et le bras tendu avec la somme requise. Pour être clair, c’est la loi de la jungle. Là, j’ai repensé aux critiques de Xu devant les douanes russes et j’ai compris que c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. :-)

Après une longue discussion dans un chinois sommaire et le guide à la main, nous finissons par monter dans le bus adéquat, ensevelis sous nos bagages. Le chauffeur nous déposa quarante  minutes plus tard au bord de la rue. Là, je dois avouer que nous éprouvâmes une sorte de solitude au milieu de la foule nombreuse qui nous entourait. Nous n’avions aucune idée de notre position. Nous nous tenions le guide à la main au milieu des rues bruyantes, sales et bordées d’immeubles gris. Un conducteur de pousse-pousse qui nous avait abordé parvint à nous indiquer la station de métro la plus proche. Le métro pékinois est un havre de paix et d’organisation dans une ville et un pays assez bordélique. Les noms de stations sont écrits en pinyin (avec l’alphabet latin), les couloirs sont propres et les lignes assez bien indiquées. Le côté le plus désagréable du métro pékinois, ce sont en fait les pékinois eux-même. Ils ont tendance à doubler systématiquement les gens pour acheter les billets, même quant il n’y a que trois personnes qui attendent. Sans un caractère conciliant et une certaine indifférence envers les affronts j’aurais eu recours à la violence dès le premier jour. Une fois sur le quais, la coutume est de rentrer dans le métro avant que les passager ne descendent. Certains parisiens font la même chose me direz-vous, certes, mais avec une fréquence bien moindre. Nous arrivons à notre hôtel en début d’après-midi, un peu K.O.. Il se situe dans un quartier de hutongs (petites ruelles), à l’ouest de la vieille ville. Le guide vantait le caractère pittoresque de ces quartiers aux vieilles maisons de briques. Au gré de nos déambulations, j’ai plutôt eu l’impression de m’égarer dans des bidonvilles, au milieu de maisons délabrées, au bord de rues sans trottoirs où les gens jettent des bassines d’eau. Notre hôtel était quant à lui assez joli et agréable. Il s’agissait d’une ancienne siheyuan, maison traditionnelle, aménagée autour de ses deux cours.

Une fois installés, nous avons passé un coup de téléphone à deux amis chinois que j’avais contacté sur Internet. Ils sont arrivés environ une heure plus tard. Ils ont commencé par nous offrir des cadeaux de bienvenue : Un miroir pour une amie commune, des boissons traditionnelles et un superbe jeu de pierres de go. Il s’agit de pierres yunzi typiquement chinoises. Les pierres noires sont opaques quand on les pose sur le plateau mais sont vertes à la lumière. Avec ma boîte de calissons d’Aix, je me sentais un peu mal à l’aise. Depuis l’antiquité, dans tout échange de cadeaux on doit veiller à un certain équilibre. On appelle ça le don/contre-don.Mon seul espoir de rétablir l’équilibre était de les inviter dans un bon restaurant. :-)

Nous décidons d’aller visiter le palais d’été en leur compagnie. Nous partons en taxi pour une longue course au nord de la ville. Les taxis en Chine sont très bon marché par comparaison à l’Europe, même pour les chinois. Une petite course à Beijing coûte entre un et deux euros, parfois moins dans les villes de province. Le Palais d’été est une pure merveille d’architecture. Chaque porte, chaque bâtiment, chaque colonnade mérite le déplacement. Les bâtiments et les temples s’étendent autour d’un gigantesque lac artificiel où la moindre parcelle du paysage a été façonnée par la main de l’homme. Au cours de la promenade, un groupe de jeunes chinois me demande de les prendre en photos. Une fois la photo effectuée, ils m’ont rappelé pour poser en leur compagnie. Le premier d’entre eux vint se placer à côté de moi et me demandant de poser mon bras sur l’épaule, puis il est remplacé par le deuxième et ainsi de suite. Ça, c’est le côté le plus sympa en Chine. Beaucoup de gens sont très curieux avec les Occidentaux et nous demande quotidiennement de poser sur des photos. Après cette expérience, je suis immédiatement allé me moquer de Fabrice, qui, lui, n’avait pas été photographié. “Ah ! Ah! Tu vois, ici je suis connu. Je suis une star, comme Chuck Norris, alors que toi, personne ne te connait !”

palais été soir

En sortant du Palais d’été, nous proposons aux amis de manger dans un restaurant de leur choix. Ils nous emmènent manger la grande spécialité de Beijing, le célèbre canard laqué. Je ne savais pas exactement comment était préparé cette spécialité. J’imaginais une sorte de canard rôti avec une sauce pimentée, plutôt sec. Il s’agit en réalité d’une préparation beaucoup plus compliquée. Le canard doit être nourri et cuit de façon très particulière. Il se déguste ensuite enroulé dans galettes de blé avec des morceaux de concombre, des oignons et une sauce mystérieuse. C’est le canard le plus tendre que j’ai jamais mangé.

Nous passons vraiment une bonne soirée en leur compagnie. Ils sont curieux et pleins de bienveillance. Nous nous séparons devant notre hôtel, au plaisir de les revoir.