Mésopotamie

Porte d’Ishtar

Mushkhushu, « Dragon » symbole du dieu Marduk. Bas relief en briques émaillées de la porte d’Ishar à Babylone, reconstituée au musée archéologique de Berlin.

La Mésopotamie.

Présentation générale.

La Mésopotamie désigne les régions comprises entre les vallées du Tigre et de l’Euphrate auxquelles on associe généralement ses marges. Cela englobe aujourd’hui l’Irak, une partie de la Syrie et le sud-est de la Turquie. Le terme signifie en grec le pays « entre les fleuves » (meso, le milieu et potamos, le fleuve) mais il n’est pas sûr qu’il ait eu beaucoup de sens pour les anciens mésopotamiens. Eux-mêmes l’appelait simplement « le pays » mâtum ou « la plaine » edin par opposition aux montagnes du plateau iranien ou de la bordure méditerranéenne.

Sumer et la naissance de l’écriture.

(3300 av. notre ère)

« Le Pays de Sumer » occupe une place à part dans notre histoire, puisqu’il fut le berceau de l’écriture et par conséquent de notre propre culture. L’écriture se met en place très progressivement à partir de 3300 avant notre ère. Les Sumériens connaissent à cette époque un développement de la civilisation urbaine avec une croissance de la démographie et des échanges. Ils ont besoin de garder la trace écrite de ces échanges et des stocks. Ils utilisent d’abord des boules d’argile dans lesquelles ils placent des jetons symbolisant par exemple des moutons. En cas de contestation, on casse la boule et on vérifie son contenu. Par la suite, ils représentent le contenu de la boule directement imprimée sur la face de l’argile. Dès qu’on a l’association d’un signe et d’un signifiant, d’un symbole abstrait et d’une idée, les bases de l’écriture sont posées. Les pictogrammes sont progressivement stylisés et normalisés pour en faciliter la lecture. Les scribes mettent au point une écriture plus rapide et efficace. Ils impriment un calame de roseau (pointe) de façon oblique, ce qui donne des traits en forme de coin ou de clou. On parle alors de l’écriture « cunéiforme ». Au IVe millénaire, l’écriture permet uniquement de noter les échanges commerciaux, de compter, d’énumérer. Avec le temps, les signes sont utilisés également comme idéogrammes (= idée) et phonogrammes (=son) On peut dès lors noter les subtilités de la langue, les verbes, les conjugaisons. L’écriture devient assez précise pour conserver les poèmes et les œuvre littéraires. Le premier texte littéraire connu à ce jour est rédigé aux environs de 2700 avant notre ère. Il s’agit de « l’épopée de Gilgamesh ». Elle retrace la quête de l’immortalité du roi légendaire d’Uruk (prononcer Ourouk) qui le conduit aux limites du Monde à la rencontre de l’homme qui a survécu au déluge.

La civilisation sumérienne s’épanouit pendant tout le IIIe millénaire. Toutefois, au cours de cette période, les Sumériens se mélangent progressivement avec des populations sémites installées plus au nord baptisés Akkadiens. Les Sumériens, d’après leur langue n’ont rien à voir avec les autres populations de la région. Leur origine est un des grands mystères de l’histoire. D’après les mythes des sages Apkallu venus de la mer, ils pourraient être originaires des rives de la mer rouge, du sud du plateau iranien ou pourquoi pas des limites de l’Indus. (La civilisation dite de « Jiroft » au sud de l’Iran est encore assez mal connue, comme la civilisation « d’Harrapa » dans la vallée de l’Indus.) La civilisation dite mésopotamienne est née de la fusion entre ces deux peuples par un syncrétisme religieux et la transmission d’une écriture commune. Les caractères cunéiformes sont donc utilisés pour noter deux langues mais avec des valeurs phonétiques différentes. (Pour plus de détails, cliquez sur ce lien.)

Des cités-états à l’idée d’un royaume universel.

(3300 – 2000 av. notre ère)

Les premiers royaumes de Sumer reposent sur le modèle de la cité-état comparable dans une certaine mesure avec ce qui existait en Grèce. Il faut imaginer un royaume de taille modeste composé par une ville principale (fortifiée) et des villages environnants. Avec les conquêtes, une cité peut s’emparer d’autres villes et devenir le siège d’un petit royaume. Les premières cités-états de Sumer étaient les villes d’Eridu, Uruk, Ur, Shuruppak, Umma, Girsu. Elles étaient dirigées par un caste guerrière normalement associée aux temples. Le roi portait le titre d’EN « Seigneur » (ENSI) ou de LUGAL formé par l’association de deux idéogrammes LU = Homme et GAL = Grand. Il existait cependant une différence importante avec les cités grecques classiques. Les Mésopotamiens ne réfléchissent pas en terme de « citoyenneté » ou de « droit de cité ». Les individus sont d’abord les sujets ou les serviteurs d’un roi.

Détail de létendard dUr (vers 2700 avant notre ère)

Détail de l'étendard d'Ur (vers 2700 avant notre ère)

Détail de létendard dUr (vers 2700 avant notre ère)

Détail de l'étendard d'Ur (vers 2700 avant notre ère)

Pendant la première moitié du IIIe millénaire, les cités sumériennes se livrent de nombreuses guerres. Des cités sont vaincues, d’autres s’étendent. L’évolution des relations entre les dieux témoigne de l’évolution des rapports de force. (Voir la page sur la religion.) À aucun moment cependant, une cité sumérienne se place en position d’unifier toute la Mésopotamie sous son autorité. Vers 2300 av.J.C., l’avènement de Sargon d’Akkad donne à l’histoire du Proche-Orient un tour nouveau. Ce personnage est originaire des environs de Kish, une ville sémite au Nord de Sumer. Grâce à des conquêtes particulièrement audacieuses, il parvient à conquérir les grandes cités de Sumer et unifier toute la Mésopotamie. Il fonde une nouvelle capitale « Agade » ou « Akkad » au nord-ouest de Sumer. C’est de cette ville que découle le terme d’akkadien, « langue du pays d’Akkad », utilisé dès l’antiquité. Sargon devient un roi mythique, premier fondateur de l’empire universel. Son Empire lui survit cependant peu de temps. Sous le règne de Naram-Sîn, petit-fils de Sargon, l’empire atteint son apogée et amorce son déclin au règne suivant.

Les villes de Sumer retrouvent leur indépendance. mari, sur le moyen-Euphrate devient également le siège d’un royaume fondé par les anciens gouverneurs qui portent le titre de Shakkannakku.

Le déclin des Sumériens et les invasions amorrites.

(2000-1800)

À la fin du IIIe millénaire, à l’époque dite d’Ur III (du nom de la plus puissante cité), les Sumériens connaissent leur apogée puis disparaissent en tant que force politique et civilisation indépendante. Après cette date, la sumérienne est presque totalement supplanté par l’akkadien. Ce processus a du s’engager au cours des siècles précédents par une acculturation des population sumériennes dans un environnement sémite. Le Sumériens garde néanmoins le prestige de l’ancienneté et devient la langue des lettrés, des rituels et des temples. Vers 2000 avant notre ère, c’est l’ère des invasions amorrites, qui voit la plaine tomber toute entière sous domination de peuples semi-nomades venus des marges de l’Ouest. C’est à l’époque amorrite que Babylone commence une longue ascension pour devenir une des plus prestigieuse et fascinante cité de l’histoire. Nous connaissons assez bien cette période grâce aux archives de la ville de Mari, une cité du Moyen-Euphrate (aujourd’hui Tell Hariri à la frontière syro-irakienne). La ville a été prise et pillée par Hammurabi (1792-1750), roi de Babylone célèbre pour son « code ». Au cours du pillage, ses soldats brûlent le palais et ses archives. Les tablettes d’argiles sont cuites par l’incendie et ensevelies sous les décombres. Moins de 4000 ans plus tard, les archéologues ont exhumés près de 20 000 documents, comprenant des tablettes de comptabilité et surtout de nombreuses lettres échangées entre le roi et ses proches sur tous les sujets : espionnage, diplomatie, agriculture, divination, querelles de famille, expéditions militaires, artisanat…

Stèle de Yahdun-Lîm, roi amorrite de Mari. Langue paléo-akkadienne. Vers 1800 av. JC.

La montée en puissance de l’Assyrie

(1400-700)

Autour de 1400 avant notre ère, dans le nord de la Mésopotamie, une cité commence également sa lente montée en puissance. Assur (Assour), siège d’un prestigieux sanctuaire et riche cité commerciale devient indépendante du royaume de Mitanni. C’est le début du premier vrai royaume d’Assyrie, littéralement, « le pays du dieu Ashur ». (La ville et le dieu portent le même nom. Par convention, nous notons la ville Assur et la divinité Ashur.) On parle de période médio-assyrienne. Dès cette période, une longue rivalité commence entre Assur et Babylone, les deux centres de haute et la basse Mésopotamie. Après une période de faiblesse à la fin du deuxième millénaire, le royaume d’Assur devient le cœur d’un vaste empire, appelé Empire « néo-Assyrien ». Il devient la plus grande puissance du Moyen-Orient du IXe au VIIe siècle. Assurbanipal étendit ses frontières du plateau iranien au delta du Nil et du désert d’Arabie aux contreforts du Zagros. (Sud de la Turquie). La cruauté des scènes représentées sur les bas reliefs et les témoignages de la Bible ont façonné une légende noire des Assyriens. Cette image est en partie exagérée car la mise en scène de la violence était une arme de propagande utilisée par les rois d’Assyrie pour inciter ses vassaux à l’obéissance. D’autre part, elle faisait partie des normes de la guerre durant l’antiquité, dont leurs rivaux ne faisaient pas forcément la publicité. L’Assyrie développa une culture brillante avec de grandes réalisations architecturales, des bas-reliefs mémorables et de prestigieuses bibliothèques. Ce sont par ailleurs les premiers compositeurs du paysage. Ils ont construit des canaux sur des centaines de kilomètres et replantés de milliers d’arbres pour créer les premiers parcs naturels. Nous leurs devons en particulier les premiers « jardins suspendus » contrairement à la légende qui les attribue à Babylone.

La fin de l’empire néo-assyrien et de la Babylonie

(610-539)

Dans la deuxième moitié du septième siècle, l’empire néo-assyrien est de plus en pus fragilisé pour trois raisons principales. 1) Le mode de fonctionnement même de l’empire fragilise dans une certaine mesure son assise. Les rois d’Assyrie ont toujours privilégié le centre historique par rapport aux provinces périphériques. Ils ont déplacé des milliers de personnes et absorbé des ressources colossales alors que la sécurité de l’empire reposait en premier lieu sur ses frontières. Ils ont construit des remparts fantastiques autour de leurs capitales quand les provinces périphériques étaient en proie aux attaques. 2) La deuxième grande faiblesse est l’absence de règle de succession au trône qui entraîné régulièrement de violentes guerres civiles. Ce fut le cas à l’avènement de Sargon II avant 721, puis à l’avènement de son petit-fils d’Assarhaddon en 680 et encore à la mort d’Assurbanipal en 627. Ces guerres ont entraîné de nombreuses destructions et des massacres. Surtout, à chaque flottement du pouvoir impérial, les vassaux mécontents en profitaient pour se rebeller. 3) Ceci est la troisième faiblesse. L’hostilité que suscitait la politique assyrienne et la violence des représailles systématiques fragilisait la viabilité de l’empire sur le long terme. Le coup de grâce vint dans les années précédant 614. La Babylonie avait récupéré son indépendance et s’était allié avec les Mèdes qui montaient fortement en puissance au cours du septième siècle. En 614, Assur, la capitale assyrienne est pillée et une partie de sa population déportée. En 612, une nouvelle coalition dresse le siège devant Ninive. Après deux mois de siège, la ville et prise et pillée. Une pyramide de tête est levée devant la porte principale. Le dernier empereur se réfugie à Harrân une puissante ville située à l’ouest. La ville est prise par les Mèdes en 610, date qui marque la fin définitive de l’Empire d’Assyrie.

Babylone connait un court âge d’or, en particulier sous le règne de Nabuchodonosor II (604-562) (Nabû-kudurrî-utsur « Ô Nabû, protège mes descendants ») Au début du VIe siècle, il s’empare de toute la côte syro-palestienne et du royaume de Juda. En 587, il prend Jérusalem et déporte une partie de sa population à Babylone. C’est cet épisode qui est à l’origine du mythe de la « tour de Babel », inspirée par la grande ziggourat du dieu Marduk, l’Esagil, dit le temple fondation de la Terre et du ciel ». L’empire néo-babylonien tombe en 539 avec l’entrée des Perses à Babylone et la mort du roi Nabonide. Cette date marque la fin de la domination des royaumes mésopotamiens et le début de la longue suprématie des Perses achéménides.

Mes études.

J’ai commencé l’étude de la Mésopotamie en maîtrise d’histoire à l’Université de Clermont-Ferrand. Pierre Villard, mon professeur me proposa différents thèmes d’études soit sur l’époque amorrite ou le premier millénaire. Je pouvais choisir un sujet sur l’administration, la religion, la diplomatie, l’armée ou la géographie historique. Je choisis un sujet sur l’administration dans le royaume de Mari à l’époque de Zimrî-Lîm et Hammurabi de Babylone. Ce choix peut paraître surprenant quand on vit dans un pays assez bureaucratique, où l’administration ne fait pas vraiment rêver. Or, pour avoir abordé le sujet en licence, il m’est apparu que l’administration permettait d’aborder tous les autres sujets et offrir des problématiques variées. Mon sujet exact portait sur les fonctions du gouverneur de Mari, Bahdî-Lîm. Je garde d’excellent souvenir de cette année de recherche. Peut-être une des meilleurs années de ma vie. La problématique de mon travail fut de déterminer si Bahdî-Lîm, gouverneur de la province centrale du royaume avait un statut et un rôle différent des autres gouverneurs de Tera, Saggarâtum et Qattunân. J’ai été conduit à m’intéresser au rôle du gouverneur dans l’entretien des canaux, la moisson et la protection des récoltes. J’ai donc étudié les modes de répartition des terres, la gestion des animaux de traits ou encore les moyens de lutte contre les sauterelles. Les gouverneurs étaient encore chargés du contre-espionnage, de la collecte d’informations, des relations avec les populations locales, la réparation des bâtiments et la production de l’artisanat de luxe. Bahdî-Lîm et ses collègues intervenaient encore dans des chamailleries entre les filles du roi ou des querelles plus sérieuses entre les courtisans et les notables. Pour comprendre le contexte, j’ai du me plonger dans des articles et des ouvrages sur la chronologie, la géographie et l’évolution politique et les grandes guerres du temps. En bref, je ne me suis pas ennuyé pendant une seconde.

Après l’année du CAPES, je suis retourné à mes études, avec un DEA (Master) d’assyriologie. Cette fois, j’ai décidé de faire un bond de mille ans vers l’Empire néo-assyrien. J’ai voulu conserver le thème de ma maîtrise dans un autre contexte avec l’administration des provinces centrales de l’Empire néo-assyrien sous Sargon II (721-705). Sharru-kîn le « roi légitime » prit le pouvoir à l’issue d’une guerre civile contre Salmanazar V (726-722). D’où ce nom de roi légitime, qui indique surtout qu’il ne l’était pas… Cette période est très intéressante, puisqu’elle marque la formation progressive d’un véritable empire unissant des peuples et des territoires différents. Cette organisation de l’Empire commence sous Tiglath-Phalzar III et se poursuit sous Sargon II. Pendant cette étude, je me suis concentré sur les particularités des provinces historiques au cœur du nouveau dispositif, savoir comment s’articulaient les responsabilités des gouverneurs et des hauts dignitaires de l’Empire. Avaient-ils des moyens ou des responsabilités renforcées. Comment se faisait la gestion des ressources ? Quelle était la chaîne des intermédiaires avec la population locale ? Il faut ajouter à cela la construction de la nouvelle capitale Dûr-Sharru-kîn « Fort Sargon » qui occupa une grande partie du règne. (La ville abandonnée peu après la mort de Sargon a été comme fossilisée et conservée en l’état jusqu’à sa découverte par les archéologues français en 1843 sur le site de Khorsabad.) Enfin, depuis septembre, j’ai commencé une thèse sur l’administration des provinces centrales de l’Empire, en ajoutant à ma problématique la Babylonie et des thèmes que j’avais peu approfondi en DEA. Pour l’instant, c’est un peu à l’état de chantier, j’ai un peu de mal à mêler les cours et la recherche, mais cela se fera.

Sargon II et un dignitaire.

Sargon II en compagnie d’un dignitaire. Bas relief du palais de Dûr-Sharrukîn (Khorsabad) Conservé au musée du Louvre.

Voilà, je rajouterais peut-être de petites notices sur de petits sujets au fil du temps. Si vous avez des questions à poser sur ces thèmes de recherche, n’hésitez pas à me contacter. Je dois pouvoir répondre à un certain nombre d’interrogations ou au moins vous indiquer des liens ou des ouvrages de référence. Pour les amateurs et étudiants en Assyriologie, je peux vous envoyer mes travaux de maîtrise et D.E.A. en fichier joint par courriel.

À mes visiteurs dis ceci : « Ainsi parle Herbert le grand Khan, le salut sur vous, que Shamash et Eshtar vous fassent vivre pour le cycle de vos jours. »

Questions diverses

La religion mésopotamienne.

La foule des Dieux

Des siècles avant la naissance de l’écriture, les Mésopotamiens ont imaginé de nombreuses divinités pour expliquer les mystères de leur environnement. Les Sumériens, les premiers, imaginèrent un monde céleste en miroir de la Terre. Les dieux sont anthropomorphes, c’est à dire imaginés selon le modèle humain. Ils sont jaloux, impétueux, courageux, vindicatifs ou infidèles. Leur organisation est également calquée sur le modèle des hommes. Ou plutôt, dans l’idée, “les hommes sont organisés selon le modèle divin”. Ils ont un roi, épaulé par son grand vizir, des ministres et une foule de serviteurs, du barbier à la coiffeuse, en passant par le cuisinier et l’échanson. Ci-dessous, une statue d’Utu-Shamash, dieu du Soleil. (Pour rappel, en akkadien, le “u” se prononce [ou] )

Utu (sum.) Shamash (akk.) Dieu du Soleil et patron de la divination.

À l’exception de certaines représentations ailées, les dieux ne possèdent pas d’éléments animaux comme en Egypte. En revanche, les démons ou génies protecteurs sont fréquemment représentés avec des parties animales. Voire le célèbre démon du vent Pazuzu, invoqué pour protéger les femmes enceintes.

Démon du vent Pazuzu, invoqué pour protéger les femmes en couche.

Les Sumériens avaient une imagination très féconde. Ils ont imaginé des milliers de divinités, regroupées et classées dans des listes selon des règles savantes. En recoupant ces listes avec les noms propres on compte environ 2400 divinités et la liste n’est pas encore close. Bien sûr, tous ces dieux n’étaient pas placés sur un pieds d’égalité. Seuls les grands dieux, à la tête du panthéon bénéficiaient d’un culte étendu. Les Akkadiens se sont largement inspirés des Sumériens dans le domaine religieux. Chaque fois qu’ils le pouvaient, ils ont associé les dieux sumériens à des divinités akkadiennes, par une sorte de syncrétisme. Quand ils ne trouvaient pas d’équivalent, il akkadisaient le nom sumérien. Par exemple, “An” est akkadisé “Anu”, avec l’ajout d’une désinence “u”. Le dieu sumérien Utu est associé à Shamash, Innana, déesse sumérienne de l’amour est associée à Ishtar etc. …

Le panthéon.

Le panthéon, c’est à dire la hiérarchie et les liens de parentés entre les divinités a évolué fortement selon les époques et les lieux. Il a été modifié en permanence selon les enjeux politiques. La déchéance d’une cité entraînait généralement celle de son dieu protecteur. Inversement, la montée en puissance d’une ville entraînait la montée en grade de son protecteur. Malgré ces évolutions permanentes, on retrouve certaines constantes au sommet de la hiérarchie.

La triade majeure.

Le premier des grands dieux est An (Anu en akkadien) est le dieu du ciel, le fondateur de la dynastie des Dieux. Son nom est souvent révéré, mais il n’exerce pas le pouvoir en personne. Il s’est retiré au profit d’Enlil “le seigneur du vent”, souvent présenté comme son fils ou plus rarement comme son frère. Il est le roi des dieux en exercice, celui qui confère la royauté sur Terre. Son principal sanctuaire était situé dans la ville de Nippur au Nord du pays de Sumer. Il portait le nom de l’Ekur, “la demeure montagne”. (E = temple ou maison, KUR = Mont). Le troisième dieu de cette triade est Enki/Ea (Ea est le nom akkadien.) le dieu de l’Apsû, le domaine des eaux souterraines. Le nom ENKI est souvent traduit par “Seigneur de la Terre” en sumérien. Cette traduction n’est pas du tout avérée car les noms de Dieux remontent souvent à des origines plus anciennes. D’autant qu’il est associé à l’eau douce… La mythologie le présente toujours comme un dieu bénéfique et ingénieux. Il a créé l’humanité à partir de l’argile et n’a de cesse d’aider et de protéger sa création. Il est le Dieu civilisateur, celui qui transmet les techniques et les arts. Son sanctuaire principal était l’Eabzu, “La maison de l’Apsû” à Eridu.

Avec cette triade cosmique, on associe parfois une divinité féminine, Bêlit ilî “la Dame (et Mère) des Dieux.” Elle représente la part féminine et maternelle, mais sa personnalité est un peu moins nette. On parle alors de tétrade (4 dieux).

La deuxième tétrade.

Nanna/Sîn (Nanna est le nom sumérien, Sîn est le nom akkadien. Je donnerais toujours les noms s’ils sont différents.) Le deuxième nom est est le dieu de la Lune. Il était vénéré dans toute la Mésopotamie. Il possédait deux grands sanctuaires, au Nord et au Sud. Au Sud, il résidait dans l’Ekishnugal, “la maison de la grande lumière” à Ur. Au Nord, il résidait dans l’Ehulhul, “la maison des joies dans la ville de Harrân. Cette idée d’un dieu présent en plusieurs endroits n’est pas facile à comprendre. Dans l’esprit, c’est comparable aux églises catholiques dédiées à la Vierge sous des aspects différents : “Notre Dame de Lourdes, Notre Dame de Paris…). Les Mésopotamiens considéraient que le dieu était réellement présent dans sa statue, un peu comme s’il elle abritait une part de son âme. Nanna/Sîn était marié à la déesse Ningal, “la grande Dame”, Nikkal en akkadien. Avec elle, il a eu deux enfants prestigieux : Samash et Ishtar.

Utu/Shamash était le dieu du soleil et patron de la divination. Il est souvent appelé comme témoin céleste pour sceller un engagement. Shamash possédait deux sanctuaires majeurs et homonymes appelés Ebabbar, “la demeure brillante.” Le premier se situait dans la ville de Sippar, au Nord de la Babylonie (territoire akkadien au nord de Sumer). Le second était situé dans la ville de Larsa, une des anciennes cités sumériennes.

Innana/Ishtar représentait la déesse féminine par excellence. Elle était à la fois la déesse de l’amour mais aussi de la guerre et de la discorde. À la fois voluptueuse, indépendante et batailleuse, elle représente la féminité sous tous ses aspects. Les mythes dépeignent une personnalité riche et complexe. Elle est la déesse par excellence qui tend à supplanter toutes les autres. Le culte d’Ishtar a largement débordé les limites de la Mésopotamie. On considère généralement que la déesse grecque Aphrodite a été partiellement inspirée par Ishtar.

Bas relief représentant la déesse Ishtar.

Ishkur/Adad, dieu de l’orage et de la foudre, était vénéré dans tout le Moyen-Orient sous des formes variées. Il est appelé Addu par les bédouins amorrites, Adda à Ebla, Teshub par les Hourrites ou Ba’al chez les Phéniciens. Chez ces derniers, Ba’al est le dieu principal du panthéon. Il est le champion de l’ordre face aux forces du chaos après son combat contre la mer et les monstres marins. Pour les Sumériens et les Akkadiens Adad est l’éclusier des cieux, celui qui peut déclencher le déluge et la tempête, donc un dieu au grand potentiel destructeur.

Les autres grands dieux.

Pour compléter la liste des divinités majeures, il faudrait ajouter la déesse des enfers, Ereshkigal et son royal époux, Nergal et enfin Ninurta, le dieu de la guerre. Ce dernier est apparemment le fruit d’une fusion entre deux divinités archaïques, “Ninurta” et “Ningirsu”, le seigneur de Girsu. Cela expliquerait les deux faces de Ninurta : dieu de l’agriculture “Seigneur des terres arables” et dieu de la guerre. La mythologie le présente comme le champion des dieux pour défendre la Mésopotamie et lutter contre les démons.

L’ascension de Marduk et Ashur

Marduk et Babylone.

Le système religieux élaboré au fil des siècles par les Sumériens est largement remis en cause au début du IIe millénaire avant notre ère. Au XVIIIe siècle, dans la suite des invasions amorrites, le royaume de Babylone devient la première puissance de Mésopotamie. Marduk, qui était jusque là une divinité agricole de second plan devient une figure majeure du panthéon. Les théologiens l’assimilent tout d’abord au dieu de la magie, Asalluhi, fils d’Enki/Ea. Après la victoire de Babylone contre la ville d’Eshnunna, Marduk s’approprie les symboles du dieu vaincu, le dragon-serpent. Marduk est à la fois une divinité guerrière, agricole et plus généralement le protecteur de la ville contre toutes les menaces. Après des hauts et des bas, Babylone retrouve sa puissance au XIIe siècle avant notre ère. Pendant le règne de Nabuchodonozor Ier (1124-1103) les théologiens composent une génèse intitulée “Enuma elish” “Lorsque là haut”. Dans cette “épopée de la création” Marduk est présenté comme le champion des grands dieux du ciel. On reprend les vieux mythes sumériens et on remplace le héros par Marduk. Il est établi définitivement à la tête du panthéon en lieu et place d’Enlil. Doté de 50 épithèques, il est généralement appelé Bêl, “le seigneur.” C’est une justification théologique de la domination politique de Babylone, au moins dans le sud de la Mésopotamie.

Marduk a pour divine épouse Tsarpanitu aussi appelée Bêltiya. Avec elle, il donne naissance à Nabû, dieu des scribes et de la culture, une figure majeure en Babylonie. Le temple de Marduk a Babylone s’appellait l’Esagil “le temple dont la tête est élevée.” Au coeur du complexe se dressait la grande ziggourat, l’Etemenaki, “le temple fondation du ciel et de la terre.” Cette grande tour de sept étages et 90 mètres de haut est à l’origine du mythe de la Tour de Babel.

Nabû résidait quant à lui dans la ville de Barsippa, située au sud de Babylone. Son sanctuaire porte le nom d’Ezida “le temple juste.” Pour la petite histoire, chaque année, pendant les fêtes du nouvel an (au début du printemps) il se rendait à Babylone pour assister aux cérémonies en présence de son père. Les célébrations duraient 12 jours à partir de l’équinoxe de printemps. “La fête de l’Akîtu” était la plus grande fête religieuse de l’année. Elle devait renouveler la protection de Marduk sur la ville. C’était aussi une occasion de célébrer l’alliance particulière entre Babylone et Barsippa.

Ashur et l’Assyrie.

Au nord de la Mésopotamie, une autre ville commence une rapide ascension au milieu du IIème millénaire : Assur. À l’époque du Royaume de Haute-Mésopotamie de Samsi-Addu, Assur est déjà un important sanctuaire religieux au niveau régional. Le dieu protecteur porte le même nom que la ville ou plutôt, la ville porte le nom du Dieu. En écriture cunéiforme, les Assyriens ne font pas de différence entre l’un et l’autre. Pour éviter les confusions, en graphies occidentales, nous opposons la ville “Assur” (rappel, u se prononce [ou] ) et le dieu “Ashur“, correspondant d’avantage à la prononciation d’origine. À l’origine, Ashur pourrait avoir été un dieu de la végétation ou la divination d’un éperon rocheux. Très tôt, il semble personnifier la ville. D’où la confusion de termes.

Quand la ville prend son indépendance du royaume de Mitanni au XIVe siècle et devient le centre d’un petit royaume, cette bonne fortune rejaillit sur le dieu. Ashur est considéré comme le véritable roi du pays. Le roi humain n’est que son “vicaire”, c’est à dire son représentant terrestre. Les théologiens et lettrés assyriens écrivent alors une nouvelle mythologie pour justifier la domination du dieu national. Contrairement aux Babyloniens qui ont fait de Marduk l’héritier d’Enlil, les Assyriens ont pratiqué très tôt un syncrétisme entre Ashur et Enlil. Ninlil-Mulissu, épouse d’Enlil devient la nouvelle parèdre (épouse) d’Ashur. Ninurta, dieu de la guerre et fils d’Enlil est considéré comme le fils d’Ashur. Cela donne un côté paradoxal à cette divinité. D’un côté, c’est le dieu national par exellence, mais de l’autre côté, il est très inspiré des divinités étrangères, y compris dans ses symboles.

Au VIIe siècle, Babylone est vaincue et pillée par les armées assyriennes. La statue de Marduk est emmenée en captivité en Assyrie. Un nouveau temple de l’Akîtu est construit autour d’Assur pour célébrer la fête du nouvel an. Les théologiens Assyriens rédigent une version nationale de l’épopée la création dans laquelle ils remplacent le nom de Marduk par celui d’Assur. Un texte de propagande relarquable est rédigé à cette époque. Il s’agit de “l’Ordalie de Marduk.” (Une ordalie est un système de jugement irrationnel auquel on a recours en l’absence de preuve. En Mésopotamie, on recours au fleuve divinisé “Id”, par lequel on fait subir une épreuve.) Toutefois, ce texte violemment anti-babylonien ne reflète sans-doute pas la majorité de l’opinion.

Le culte d’Ashur est presque totalement lié à sa ville où se trouvait son seul grand sanctuaire. Ce temple est connu sous plusieurs noms : l’Ekur “La maison montagne” et l’Esharra “Maison de la totalité”. Les rois d’Assyrie ont choisi assez tôt de déplacer la capitale vers d’autres villes. Au IXeme siècle, Ashurnatsirpal décide de déplacer la capitale à Kalhu. Au siècle suivant Sargon II puis Sennachérib la déplace successivement à Dû-Sharrukîn puis Ninive. S’installer hors de la capitale historique permettait de s’éloigner d’un clergé un peu trop influent et d’une vile volontiers frondeuse. Cependant, le rituel de couronnement se passait nécéssairement à Assur, ou le roi humain prêtait serment devant le dieu. Il s’engageait à cette occasion à “agrandir le pays d’Assur”. Pendant les grandes campagnes, le roi envoyaient tradionnelement une “lettre au dieu Ashur” (lue devant les habitants de la ville) dans laquelle il détaillait avec précision le nature du butin. Les notables et les dignitaires de la ville qui profitaient d’une partie de ce butin étaient concernés au premier chef.

La Mésopotamie en images d’Épinal

Les arts et la littérature véhiculent un certain nombre d’images sur la Mésopotamie, depuis les jardins suspendus de Babylone au harem de Sardanapale en passant par la célèbre Tour de Babel. Une grande partie de ces représentations repose sur des confusions ou des erreurs parfois très anciennes mais qui sont aujourd’hui acceptées par l’iconographie. La première de ces impostures concerne non moins qu’une des sept merveilles du Monde.

Les introuvables jardins suspendus de Babylone.

Dès l’antiquité, les jardins de Babylone sont tenus pour être une des sept merveilles du Monde. Diodore de Sicile, au premier siècle avant notre ère, décrit des « machines qui élèvent l’eau des rivières » et des fresques à la gloire de la reine Sémiramis, commanditaire de cette merveille. Il s’appuie sur les travaux de Ctésias de Cnide, un médecin grec qui exerça auprès du roi des Perses à la fin du Veme sicèle avant notre ère. Flavius Josèphe, un siècle plus tard attribue la paternité des jardins à Nabuchodonosor II. Il s’appuie cette fois sur Bérose, un prêtre babylonien du IIIe siècle avant JC. Enfin, Strabon parle des « vis sans fin » pour monter l’eau de la rivière.

Gravure de Maarteen van Heemskerck XVIe siècle.

Or, que nous dit l’archéologie sur le sujet ? Absolument rien. Pas la moindre trace, le moindre canal, le moindre équipement que l’on pourrait associer à un système d’irrigation de jardins suspendus. De même, Hérodote et Xénophon, qui ont traversé la Mésopotamie au Veme n’en soufflent mot. Un doute commence à s’installer. Puis quand on regarde les sources de plus près, on découvre une confusion complète entre Babylone et Ninive, en particulier chez Ctésias. (Ninive devint la capitale de l’Empire néo-assyrien à partir de Sennachérib).

Ctésias attribue ces jardins à Sémiramis, reine légendaire de Babylone, elle même inspirée par deux reines assyriennes. (Voir plus bas.) Il affirme par ailleurs que Ninive a un plan rectangulaire et se trouve sur les rives de l’Euphrate ce qui est en réalité le cas de Babylone. La confusion entre Ninive et Babylone dès l’antiquité s’explique par la propagande assyrienne elle même. Sous le règne d’Assurbanipal, Babylone et prise et pillée par les Assyriens. Le dieu Marduk est déporté à Ninive avec une partie de la population et des lettrés. Certains théologiens ont essayé de donner à Ashur les attributs de Marduk et Ninive est présentée comme la nouvelle Babylone ruinée.

Les « jardins suspendus » se rattachent en réalité à une tradition assyrienne. Plusieurs souverains assyriens ont déployé des moyens pharaoniques pour aménager de grands parcs paysagers autour de leur capitale. Sargon II entreprit des travaux gigantesques autour de Dûr-Sharrukîn et son fils, Sennachérib, fit de même à Ninive. Ils firent planter des milliers d’arbres, d’essences provenant de toutes les régions de l’empire. La nature était ensuite modelée pour recréer des paysages emblématiques comme les forêts de cèdres de l’Amanus (Liban) et les marées de Chaldée. (« Pays de la mer » au sud de la Mésopotamie.) Le roi pouvait contempler un microcosme de l’empire et affirmer son pouvoir universel. Dans la même optique, les Assyriens apportaient des animaux de toutes les espèces connues, dont des lions. Le parc était également un lieu de chasse pour le souverain. Les jardins sont construits en terrasses et irrigués par gravitation. L’archéologie a mis en évidence un système de machine élévatrices basées sur le principe de la vis d’Archimède (400 ans plus tôt). Ce sont probablement les machines décrites par Strabon au premier siècle de notre ère. Enfin, pour approvisionner ces parcs et les jardins citadins, d’immenses canaux sont taillés dans la montagne agrémentés de plusieurs aqueducs.

La mort de Sardanapale et l’image du souverain oriental.

La Mort de Sardanapale (1827) est un des tableaux les plus célèbres d’Eugène Delacroix. Sur le plan artistique, il constitue un manifeste pour la peinture romantique dans la querelle contre les classiques. Les thèmes utilisés par le peintre, qui m’intéresse ici, sont fortement imprégnés des images orientalistes du XIXeme siècle.

La mort de Sardanapale

Sardanapale est la déformation d’Assurbanipal (Ashur-bân-apli « Ashur est le créateur du fils héritier ») le dernier grand roi d’Assyrie (669-627). La légende sur la mort de Sardanapale nous vient encore de Ctésias, auteur du Persica. Il le décrit comme un roi paresseux et lascif, qui vécu comme une femme enfermé dans son palais. On retrouve ici l’archétype du tyran oriental décadent, très populaire dans la tradition grecque. Ctésias nous raconte qu’il mourut pendant la chute de Ninive qui marqua la fin de son empire. Refusant de tomber aux mains de l’ennemi, Sardanapale décide de mourir en emportant tous ses plaisirs. Il ordonne aux eunuques de rassembler ses concubines et son or avant de mettre le feu au palais.

Comme pour les jardins de Babylone, Ctésias commet un certain nombre de confusions auxquelles s’ajoutent les préjugés et les idées reçues de la tradition grecque. En réalité, Assurbanipal ne fut pas le dernier roi d’Assyrie. Ninive est prise en 612 avant J.C. et l’empire lui survit jusqu’en 610. Assurbanipal fut un des rois les plus puissants de son temps et dirigea l’empire d’une main de fer. Il fit détruire Babylone, puis il écrasa l’Élam, la Phénicie et l’Égypte. Sous son règne, l’empire ne connut pas une année de paix. Il fut également un grand lettré et rassembla dans sa capitale la totalité des savoirs mésopotamiens qu’il pu rassembler. Il mourut sans doute fort âgé après avoir choisi son successeur.

La légende concernant sa mort provient sans doute d’une confusion avec son frère Shamash-shum-ukîn. Assarhaddon, père d’Assurbanipal et Shamash-shum-ukîn avait choisi partager son pouvoir après sa mort. Assurbanipal, bien que n’étant pas l’aîné, reçu le cœur historique au nord et son frère le sud. Shamash-shum-ukîn était dès le début dans une situation ambiguë. Il portait le titre prestigieux de roi de Babylone mais une partie du pouvoir, en particulier l’armée restait sous le contrôle de son frère. Assurbanipal aggrava la situation en se comportant comme un roi en Babylonie. Shamash-shum-ukîn, encouragé par le parti anti-assyrien finit par se révolter et entraîne l’empire dans une violente guerre civile. Babylone est encerclée en 650. Après deux ans de sièges, la ville est pillée en 648 et Shamash-shum-ukîn meurt apparemment dans l’incendie de son palais.

Le harem oriental.

Quand on évoque la cour et le harem des rois de Mésopotamie, un flot d’image exotiques nous submerge… Le harem ottoman, les contes des mille et une nuit… Les femmes lascives au bain embaumées des parfums d’encens. En bref, tous les fantasmes occidentaux remontent à la surface grâce à notre mémoire reptilienne. 🙂

Gérôme, Allumeuse de narghilé. (1898)

Jean-Léon Gérôme. Une piscine dans le harem. (1876)

Les représentations du harem ottoman véhiculent un grand nombre de stéréotypes fantaisistes sur l’Orient. Appliquées à la Mésopotamie elles deviennent presque totalement erronées.

L’existence d’un harem ou secteur des femmes est avérée dès le troisième millénaire en Mésopotamie, mais il existait probablement avant. Le harem du roi de Mari, Zimri-Lim (1775-1761) est bien connu grâce aux tablettes adminsitratives retrouvées dans les archives du palais. On découvre un monde très organisé et hiérarchisé. Les listes de ration pour l’huile et les céréales classent les résidentes du harem dans l’ordre hiérarchique. À Mari, ces listes commencent par la grande prêtresse d’Ishtar, puis la reine-mère et l’épouse principale du roi. On trouve ensuite les princesses, les épouses secondaires et les musiciennes. Terme qui recoupe en partie les concubines. Enfin, on trouve la liste des servantes, recluses, gardiennes de portes etc… La majorité des femmes du harem appartenaient à la domesticité. Quand un roi était vaincu, les femmes de son harem allaient normalement grossir le harem de son vainqueur. À l’apogée de son règne, le harem de Zimri-Lim comptait 515 personnes. La correspondance des princesses nous éclaire en partie sur l’ambiance qui régnait à l’intérieur du harem. On devine un certain nombre de luttes de pouvoir, finalement assez logique dans un milieu clos ou coexistent des centaines de personnes.

Les harems néo-assyriens sont connus par un « édit de harem » promulgué sous le règne de Tiglath-Phalazar Ier (1113-1076). Il montre à nouveau un monde très codifié avec une hiérarchie semblable au harem de Mari. Chaque femme possède une servante qu’elle a le droit de réprimander, mais sans violence excessive. Pendant leurs règles, les femmes sont considérées comme impures et n’ont pas le droit d’approcher le roi. Les courtisans et les eunuques qui ont accès aux femmes du harem doivent normalement se tenir à une distance de sept pas. Les relations intimes avec une concubine du roi sont punies par la mort. Certaines femmes et les domestiques sont mariées à des hommes en dehors et ont le droit de sortir du harem. Il leur faut néanmoins une autorisation du roi pour le faire. La correspondances de certaines femmes proches de la famille royale témoigne d’une grande influence politique. À plusieurs occasions en Assyrie, des femmes se sont distinguées par leur personnalité et leur pouvoir.

Le mythe de Sémiramis et les reines assyriennes.

La légende de Sémiramis nous est raportée par plusieurs sources grecques qui rassemblent et mélanges plusieurs figures historiques différentes. Hérodote d’Halicarnasse, qui a traversé la Mésopotamie au Ve siècle av.J.-C., fait de Sémiramis une reine de Babylone qui vécut 5 générations avant la destruction de l’Assyrie. Il lui attribue la construction des quais de Babylone le long de l’Euphrate, qui ont transformé la ville. L’inspiration de ce personnage pourrait être l’épouse de Sennachérib, Naqi’a-Zakûtu. Durant le règne de Sennachérib, elle exerça une influence considérable au coeur du palais. Elle aurait poussé le roi à choisir son propre fils, le futur Assarhaddon en lieu et place des autres prétendants. Pendant le règne de son fils, son pouvoir demeure très grand comme l’atteste la correspondance retrouvée au palais. Assarhaddon écrit à sa mère : « J’ai immédiatement donné des ordres conformément à ce que tu m’as écrit. » (ABL 330) Parmi les grandes réalisations du règne d’Assarhaddon, on compte la reconstruction de Babylone, saccagée par son père. Or, cette œuvre est traditionnellement associée au nom de Sémiramis avec la construction des jardins suspendus évoqués plus haut. (Qui concernent également Ninive, capitale de Sennachérib).

Sémiramis construisant Babylone. (E. Degas (1860)

Edgar Degas, Sémiramis construisant Babylone. (1860-1862)

Pour le nom, il est probablement inspiré de Sammuramat, autre reine d’Assyrie, femme de Shamshi-Adad V et mère d’Adad-Nêrârî III. Quand Shamshi-Adad meurt en 810, son fils est encore très jeune. Sammuramat aurait alors exercé une sorte de régence pendant quatre ans avec le soutien des hauts dignitaires du royaume. Pendant cette période, les armées assyriennes ont mené deux campagnes en direction des Mèdes dans les montagnes du plateau iranien. Ils furent vaincus à plusieurs reprises. C’est de là que provient la légende d’une reine inhumaine et guerrière qui est reprise par Ctésias de Cnide.

Si Ctésias est une source relativement fiable pour l’étude de l’empire perse, ses sources sur la Mésopotamie son un peu plus fantaisiste. Il reprend des légendes incroyables sur les origines semi-divines de Sémiramis. Par la suite, la tradition grecque a associé ce personnage à des mythes et des héros grecs. Sémiramis serait née près de la ville d’Ascalon, sur la côte méditerranéen. Elle est fille d’une sirène, « déesse mi-femme mi-poisson » et de Caÿstros, fils d’Achille et de Penthésilée. Peu de temps après sa naissance, Dercéto assassine son mari et abandonne sa fille pour fuire au fond d’un lac. Des colombes emporte alors l’enfant et l’élève. Elle est découverte par des bergers qui l’appellent : « emportée par les colombes » d’où viendrait son nom. De-là, elle rejoint la cour de Ninive et parvient à se marier au roi « Ninos » après une série d’aventures rocambolesques. Commence alors la légende de la reine Sémiramis, bâtisseuse, guerrière et lascive, modelée par la vision occidentale, mélange de fascination et de dédain.

L’Etemenanki et la Tour de Babel.

Le mythe de la Tour de Babel fait partie des plus célèbres contes attachés à la Mésopotamie avec le récit du Déluge et Noë. La peinture a souvent repris ce thème, illustré avec brio par Pieter Bruegel l’ancien.

La Tour de Babel, 1563, Kunsthistorisches Museum, Vienne.

Le mythe en lui même se trouve dans l’ancien testament, pour être précis, dans le chapitre 11 de la Genèse. Voyons tout d’abord le message et la porté du mythe avant d’en aborder les origines.

Le mythe de la Tour de Babel comporte deux axes principaux : Le premier est une étiologie (explication) de la diversité des langues et des peuples. Le second est un conte moral sur les relations entre Yahvé et l’humanité.

Pour résumer très rapidement, l’histoire se situe quelques temps après le déluge. (Lui même un mythe d’origine mésopotamienne). Nemrod, « le roi chasseur », arrière-petit-fils de Noé vient de fonder un nouvel empire, situé en pays de Shinear (Sumer) dont Babel (Babylone) était la capitale. il entame la construction d’une gigantesque tour par laquelle il tente d’atteindre le ciel. Yahvé craint que les hommes s’élève jusqu’à lui et décide de créer les langues pour confondre ce projet.

Ce conte permet donc d’expliquer la diversité des langues et des peuples. Comme toute mythologie, il permet de trouver une explication magique à un fait incompréhensible.

La portée religieuse de ce mythe est plus intéressante. Les hommes ont cherché à se transcender, à atteindre Dieu et ils ont été puni pour cet orgueil. La morale de ce mythe est très proche du chapitre 3 de la Genèse racontant le pêché originel. Quand Eve goûte au fruit défendu de l’arbre de la connaissance, elle préfère le savoir à la soumission et menace de s’élever au niveau du Créateur. L’humanité est chassée du paradis pour cette ambition. La Tour de Babel, arrêtée par la volonté divine rappel la séparation définitive de Yahvé et de sa créature.

L’origine de ce mythe est bien évidemment la Mésopotamie voisine mais ses modalités d’élaborations sont encore mal définies. L’origine la plus communément admise de ce mythe serait la déportation à Babylone d’une partie de la population juive en 597 après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor II (604-552). La déportation de populations civiles était une pratique courante à cette époque pour amener le calme dans les régions rebelles. Les Juifs auraient été subjugués par la grande ziggurat de Marduk, située au cœur du sanctuaire de l’ESAGIL : « Temple dont la tête est élevée ». La ziggurat en elle même était appelée l’ETEMENANKI : « temple-fondation du ciel et de la terre. » Elle était conçue comme le pivot qui réunissait le ciel et la terre et assurait l’unité de l’Univers. Les ziggurats ont été construites dans toute la Mésopotamie depuis la fin du troisième millénaire à l’occupation achéménide. Les plus anciennes sont l’œuvre d’Ur-Nammu (2112-2095), roi sumérien de la dynastie d’Ur III. L’Etemenanki était exceptionnelle par ses dimensions. Elle a bénéficié à la fois de la reconstruction de Babylone par Assarhaddon (680-669) et les souverains néo-babyloniens qui peuvent profiter d’un gigantesque butin accumulé en quelques années. La ziggurat avait une base de 90 mètres de côté et une hauteur équivalente. Cela devait en faire un des monuments les plus spectaculaires de toute l’antiquité. Elle comptait probablement 7 étages, colorés par des parements de briques émaillées. (Le chiffre 7 avait une valeur symbolique en Mésopotamie.)

Christoph Uehlinger, professeur d’histoire des religions à l’université de Zurich, voit dans le mythe de la Tour de Babel une référence à l’arrêt des constructions de Dûr-Sharrukîn, la nouvelle capitale, voulue par l’empereur d’Assyrie, Sargon II. La construction de cette ville, entièrement dédiée à sa gloire avait été abandonnée après sa mort en 705 et l’abandon de son corps sans sépulture, signe d’une malédiction. Cette hypothèse n’est probablement pas totalement dénuée de fondements, car l’empire d’Assyrie était à ce moment la première puissance et la construction de Dûr-Sharrukîn a mobilisé les ressources de toute la Mésopotamie. Cela dit, cette explication paraît un peu lointaine et peu évidente d’autant que ce sont les Grecs qui confondaient Babylone et l’Assyrie, pas les Hébreux.

Pour être complet, il existe un ancien mythe sumérien relatant l’origine des langues après une intervention divine. Il s’agit de la légende d’Enmerkar et le seigneur d’Arrata. C’est un texte un peu fragmentaire et difficile à comprendre, dans lequel la cration des langues serait le fruit d’une invocation dédiée à Enlil, utilisée par Enmerkar, un roi légendaire d’Uruk. Là encore, le lien avec le mythe de la Tour de Babel est très peu évident. Enfin, il existe enfin sur Internet un récit farfelu attribué aux sumérien dans lequel Marduk ou Enki jette des poissons dans un lac pour donner des langues différentes après avoir privé l’humanité du langage… C’est assez abracadabrantesque. Les mythes sumériens ne se sont jamais intéressé à Marduk, du simple fait que l’ascension de Babylone, et par conséquent de Marduk, est postérieure à la chute de la dynastie d’Ur III. Les mythes qui mettent en scène Marduk sont élaborés par le clergé Babylonie et ne pratiquent pas cette confusion des genres.

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23 Réponses to “Mésopotamie”

  1. Bonjour moi je fais une recherche sur le ou les mythes se rapportant à la mort chez les Mésopotamiens. Je ne sais pas si vous seriez capable de me donne quelques sites internet car je ne trouve pas vraiment de bon texte qui m’aide dans ma recherche…
    Merci à l’avance.
    Jumart@sympatico.ca

  2. Bonjour,

    Le thème de la mort est distillé dans de nombreux mythes. Un des plus beaux et sans doute le plus connu est “l’épopée de Gilgamesh.” La mort d’Enkidou et la façon dont il se décompose dans les bras du roi d’Uruk en “sept jours et sept nuits, jusqu’à ce que des vers lui tombent du visage” constitue l’élément déclancheur de l’histoire qui va pousser Gilgamesh à la recherche d’Utanapishtim, l’homme immortel qui a survécu au déluge. Après avoir trouvé puis perdu la plante qui rend immortel, Gilgamesh revient avec la sagesse de celui qui a compris la finalité de l’existence. “Profiter de la vie et chérir sa famille avant de mourir, les Dieux s’étant reservé à eux seuls l’immortalité.”
    http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pop%C3%A9e_de_Gilgamesh

    Sinon, tu as le mythe d’Inanna/Ishtar aux enfers, très connu également. Il raconte la descente d’Ishtar dans le monde sous-terrain, qui est retenu prisonnière et doit sacrifier son amant pour sortir.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Descente_d‘Inanna_aux_Enfers
    Enfin, tu as tous les mythes concernant Ereshkigal et Nergal, Dieux des enfers.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Nergal_et_Ereshkigal
    Et le mythe d’Erra http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pop%C3%A9e_d%27Erra

    Tu peux trouver une grande partie de ces mythes dans “Lorsque les Dieux faisaient l’homme” de Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer. Gallimard, Paris, 1989.
    En études, tu as B. Alster (éd.) Death in Mesopotamia, Copenhague, 1980.
    Ou une petite présentation dans Jean Bottéro, la plus vieille religion en Mésopotamie.

    Si tu as des questions plus ponctuelles sur la manière dont ils concevaient l’au-delà écris-moi.
    Bon courage.
    H.

  3. Merci pour l’information. 🙂 Sinon, dans les liens sur la droite, j’ai mis le site d’un dictionnaire en ligne français-anglais-akkadien-sumérien bien pratique.

  4. Bonjour!

    C’est donc vous qui avez créé ce dictionnaire en ligne hébergé chez Wanadoo?!

    Je suis en M1 d’assyriologie… Et c’est toujours plaisant de tomber sur des « collègues » au hasard du net!

  5. Bonjour,

    Je ne suis hélas pour rien dans la mise en ligne de ce dictionnaire. C’est l’œuvre de longue haleine de plusieurs passionnés.

    Il est aussi plaisant pour moi de recevoir la visite de passionnés ou de néophytes sur cette période historique. Si vous avez des questions ou des remarques sur certains propos, n’hésitez pas à les faire.

  6. Bonjour,

    Apres certaines recherche sur les ziggurats,certaines chose me laisse pensée que la tour de Babel etait justement un de ces temples.Le plus grand des ziggurat se situe sur les rive de l euphrate et se nomme « Etemenanki » qui signifie »la demeure du ciel et de la terre ».Il existe un peu partout des ziggurats et les tailles varies.Les ziggurat servaient de lieu de culte,et aussi ,d apres les croyances local,de portail de passage pour le dieu pour lequelle se temple a été construit.

    Vivement l article sur L’Etemenanki et la Tour de Babel.

  7. 🙂 Vous savez presque tout ce qu’il y a savoir sur « le temple fondation du ciel et de la terre. » Enfin, puisque je suis attendu, je vais devoir m’atteler à la tâche.

  8. Merci 🙂
    Les ouvrages d’Anton Parks, intitulés « les Chroniques de Girku » traitent du sujet où certains points sont intéressants.

  9. Merci très intéressant.
    pour une vision de la tour de Babel : lire la nouvelle « la tour de Babylone » de Ted Chiang!

    sinon aucune info sur l’Ordalie?? et l’importance du fleuve (à l’époque c’était pas encore un ruisseau semi asséché) ça serait assez intéressant…

  10. Salut,j’aimerai avoir les dix dates qui sont pour toi!
    Et qui ont été les plus importantes pour la Mésopotamie.
    Merci.

  11. Merci pour l’information mais vous n’avez pas parlez de l’architecture.

  12. Je vais ajouter un article sur l’organisation des palais dans quelques temps. Pour le reste, je ne suis pas assez compétent pour parler d’architecture. Un archéologue serait beaucoup plus fiable que moi sur la question.
    Cordialement.

  13. Je suis à la recherche du nom de ce petit peuple qui s’est déplacé de la Mésopotamie vers l’Égypte pour finalement s’installer prés du Jourdain. Je vous remercie de me répondre car ce devoir je dois le rendre Lundi. Merci d’avance

  14. J’imagine que vous parlez des Hébreux, c’est à dire le peuple Juif. Cela dit, l’histoire et l’archéologie ont démontré que l’Exode raconté dans la Bible tient de la fable, non de l’histoire. Il n’existe pas la moindre preuve, ni même vraisemblance historique que cet événement ait eu lieu.

    Cordialement.

    PS: Ce n’est pas à moi de faire ton boulot (qui plus est avec des délais à tenir). La prochaine fois, consulte un livre ou une encyclopédie.

  15. bonjour en faite je cherche de la documentation je voudrais savoir : quand la tour de babel a été construite , ou, par qui et a quoi elle servait
    svp répondez vite ses un devoir pour mercredi merci d’avance voila mon adresse msn arnaud00124@hotmail.com

  16. Tu ne veux pas que je t’envoie le travail par la poste ? Tu n’auras plus qu’à mettre ton nom dessus…

  17. Bonsoir. S’il vous plait je cherche des infos sur l’administration en Mésopotamie, sur la manière dont le roi gouverner ses territoires ses rapports avec son grand vizir, les gouverneurs de provinces… enfin la tout koi merci encore.
    Merci d’avance, voila mon e mail seydidiag@hotmail.com

  18. C’est magnifique tout ceci et surtout la Mésopotamie.

  19. Bonjour ! Pourriez-vous me décrire les traditions du mariage pour les nomades vivants en Chaldée vers 2500 ans avant JC .

    Je vous remercie infiniment de votre attention

  20. Je vous remercie Herbert de votre prompte réponse ! Votre blog est très bien fait et ce fut un réel plaisir de le découvrir !
    Bravo et merveilleuse continuation à vous !

  21. C,était extrêmement intéressant
    Félicitation et Merci pour les Info !☺☻♥

  22. Salut, je suis tombé sur ton blog par hasard, il est super bien fait. je l’est parcouru rapidement. Je suis en plein dans la rédaction d’un publication sur l’histoire de la Mésopotamie, histoire générale, puis histoire, concernant certains aspect de la vie.

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