Des oscillations de l’intelligence. Les dimanches de la philosophie. Séance 50.

Il y a quelques jours, je me remémorais ces morts d’Albert Camus extraits du vent à Djémila : « On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes rencontrés, on les polit, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi – dont on puisse parler. » J’ai réalisé alors que je n’avais eu qu’une seule idée dans ma vie. Cette intuition de mes quinze ans que le mérite n’existait pas. Ce pilier de la société qui conditionne la respectabilité d’un individu et sa rétribution financière n’est qu’une vaste loterie. Peu importe la volonté et l’entêtement que nous mettons à atteindre un but. La réalisation ou non d’un avenir brillant se situe en dehors du mérite.

Pendant que je réfléchissais à ces notions d’intelligence, d’innée, d’acquis, de déterminisme, il se pourrait que j’aie eu la deuxième idée de ma vie : La notion d’intelligence elle-même ne serait-elle pas relative dans la durée, selon une courbe sinusoïdale ?

Il y a plusieurs manières de définir l’intelligence : Une définition étroite : L’aptitude à résoudre des problèmes mathématiques, à mémoriser des informations ou encore la capacité à prendre des décisions complexes en intégrant tous les aspects d’un problème. J’adopterais une définition plus large, qui inclut la manière dont on se comporte avec les autres et dont on peut tendre vers le bonheur.

Quelle que soit la définition que l’on prend, il me semble que l’intelligence est très variable en fonction de l’instant, de notre humeur, du temps et de notre fatigue. Je peux avoir un moment de grâce où ma conversation sera spirituelle et réfléchie. Deux jours plus tard, je peux me comporter comme un imbécile ou un footballeur. Dans le passé, j’ai déjà blessé des amis et des proches par négligence, pour lancer un bon mot ou parce que je voulais avoir le dernier mot. Avec un peu de recul et de lucidité, j’ai réalisé que je m’étais engagé dans une série d’actions aux antipodes de l’intelligence. (C’est un euphémisme pour dire que j’ai été très con. J’ai écouté une émission sur la langue de bois des politiques ce matin, cela a fini par m’inspirer).

J’ai observé la même chose avec mes amis et mes collègues. Mes élèves peuvent sortir des remarques extraordinairement pertinentes. Je suis souvent impressionné par leurs intuitions et la minute suivante ils se chamaillent pour une histoire de gomme ou parce que le voisin empiète un peu sur leur moitié de la table.

Comment mesurer l’intelligence alors ? Doit-on mesurer l’intelligence sur ces périodes hautes ? Suis-je quelqu’un de bien parce qu’il m’arrive d’être généreux et spirituel ? Ou alors, doit-on juger quelqu’un au seuil de ses bassesses ? Peut-on juger Jean-Louis Murat en fonction de ses interventions télévisées ? Je dirais qu’on fait tous une sorte de moyenne. Nous avons tous des bons et des mauvais côtés et je définirais un ami par ce qui l’emporte à mes yeux : « Il est bon en maths, mais c’est un vrai con. » « Il est râleur mais on peut compter sur lui. » J’en déduis qu’il faut du temps pour connaître une personne et se faire une idée de son intelligence, comme il faut plusieurs cycles pour mesurer une courbe sinusoïdale. Puissent ceux qui m’ont connu dans mes phases les plus bêtes me pardonner.

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P.S.: J’ai réalisé que je fêtais cette semaine le 50e épisode des dimanches de la philosophie. J’en profite pour saluer mes fidèles lectrices d’autrefois, Émilie et Anna, sans oublier mon troll, Metreya, à qui je souhaite mes meilleurs vœux.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur dimanche 8 janvier 2012.

11 Réponses to “Des oscillations de l’intelligence. Les dimanches de la philosophie. Séance 50.”

  1. Je crois que fondamentalement tu ne sais pas ce qu’est l’intelligence. Par contre quelqu’un qui a dit « Quand tu joues au Go.. faut être aware. Si t’es pas aware, tes pierres sont mortes, et toi avec. » alors ça c’est un mec qui s’y connaît en neurones !

  2. Le même mec hyper intelligent a dit aussi :
    « T’as pas besoin d’un flash quand tu photographies un lapin qui a déjà les yeux rouges. »
    ou bien :
    « Dans les magasins de lingerie, on ne voit pas de calendriers avec des photos de garage. »
    … donc tu vois que tu n’as rien à perdre !

  3. Ce n’est pas parce que j’en suis dépourvu que je ne sais pas ce qu’est l’intelligence.

    On peut discuter pendant des jours de sa définition, ce qui n’est pas le sujet qui m’intéresse ici. Le seul objet de mon propos est la variabilité de l’intelligence selon un cycle. Même le grand Jean-Claude VanDamme peut fluctuer si tu le mets en présence de cacahouètes, de cocaïne ou de Sylvester Stalone.

  4. En fait ta question (qui ferait un superbe sujet au Bac philo !) est : L’intelligence est-elle un accident ou une substance ? Je répondrais, succinctement cela va de soi, que l’intelligence ou entendement n’est qu’un accident de l’Idée d’Intelligible, donc bien sûr soumise aux fluctuations de la contingence, tant temporelle qu’événementielle de l’Etre-là.

  5. Toi aussi tu as entendu un discours de Frédéric Lefebvre ce matin ? 😉

  6. c’est qui ?

  7. Ha ! Ha ! Tu feins d’ignorer ta muse…

    Tu me rappelles moi quand j’ai mangé cette tarte aux pommes et que ma mère m’a accusé (à juste titre.) « Une tarte-aux-pommes ? Quelle tarte-aux-pommes ».

  8. je ne suis le troll de personne !!!!!!!!!

  9. Une pensée m’effraie:
    Si je me contente de répondre LOL et bonne année, je privilégie l’esprit de synthèses.
    Si j’écris ce que la variabilité de l’intelligence évoque pour moi, ça risque de prendre au moins autant de ligne que ta chronique du jour et ça peut devenir bien vite assez impudique et anecdotique.
    Un constat s’impose donc: je ferais mieux de garder le silence…

    … le fait même de s’exprimer pour ne rien dire ou alors qu’on ne devrait rien dire entre-il dans la catégorie action aux antipodes de l’intelligence? ou bien avoir conscience de sa propre connerie ne serait-il pas le début d’une forme d’intelligence ?

  10. Merci à toi la Dilettante.

    Je pense qu’il y a de nombreuses formes d’intelligence. Même un gars qui mange du foin mais qui a l’idée de ne pas le faire en public possède de l’intelligence.

  11. le souci vient peut être du fait que non seulement je peux manger du foin en public, mais qu’en plus je peux le relater à un plus large public qui aurait eu la malchance de rater ça… c’est grave docteur ?

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