La construction d’une vie philosophique.

On peut séparer la philosophie en deux orientations assez différentes. La première correspond à la philosophie conceptuelle et universitaire. Elle concerne un public initié et formé au maniement d’un vocabulaire spécialisé. Elle produit des concepts pour aborder la raison, le langage, la phénoménologie, l’intersubjectivité etc… Autant le préciser tout de suite, je suis incapable d’aborder cette philosophie, je n’ai aucune formation en la matière. (La philosophie est d’ailleurs la seule matière où je n’ai pas eu la moyenne au bac.) 😳 Ici, je m’intéresserai à la philosophie pratique,  applicable dans la vie quotidienne.

Dans la Grèce antique, le philosophe allait dans la rue à la rencontre des gens et questionnait notre manière de vivre, de penser les plaisirs, la mort… Je pense que nous avons tous une pratique philosophique plus ou moins élaborée ou théorisée. Il en va de notre manière d’aborder le travail et les loisirs, comment gérer nos relations avec les autres, appréhender la religion et trouver du sens là où il n’y en a pas… Parfois nous sommes entrainés par les événements et nous perdons pied. Parfois, nous pensons et nous agissons par conformisme sans prendre le recul nécessaire. Les lignes suivantes rassemblent quelques réflexions personnelles sur des sujets centraux et la pratique philosophique qui en découle.

Première remarque à propos de l’égo.

Cet exercice pourra paraître assez prétentieux : enchainer des remarques de comptoir en imaginant que des gens vont s’y intéresser. Ce n’est peut-être pas faux… Sinon vous pouvez voir ça comme une invitation à réfléchir sur une manière d’aborder la vie ; je vous encourage à m’apporter la contradiction si vous souhaitez débattre. Secondairement, cet exercice relève probablement de la construction personnelle et d’une forme de réflexion constitutive. Enfin, comme dans tout autoportrait, il y a probablement une part d’exhibition. (Avec des limites car je ne parlerai pas de la taille de mon sexe contrairement à Michel de Montaigne).

Notons au passage que ces réflexions constituent un moment dans mon édification individuelle. Ce qui est vrai pour moi aujourd’hui ne le sera pas nécessairement dans vingt ans si ma santé ou ma vie familiale évolue dans un sens incertain. Nous sommes tous en évolution permanente. Pensez à la définition du flux héraclitéen : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »

La religion et l’athéisme.

Tout enfant né sans dieu. Il n’adhère à la religion que par l’intervention des parents ou de l’entourage. Moi, mes parents m’ont laissé tranquille, ce dont je leur sais gré aujourd’hui. Mon athéisme est total. Je ne crois en aucun signe, en aucun spiritisme, aucune astrologie et aucun guérisseur. Au gré des discussions, je me suis aperçu que beaucoup de gens ne parvenaient pas à envisager un monde sans Dieu. Les remarques sont convenues : « le monde est si parfait, il a bien dû être créé par quelque chose ou quelqu’un »… Je pense que l’univers et la vie obéissent aux lois de la physique et de la biologie. J’ignore quand et comment l’univers s’est créé. J’ignore même si je peux envisager la réponse avec mes catégories de langage et ma conception de la physique. Peu importe, je ne mettrai pas Dieu à la place de ce point d’interrogation.

L’athéisme est assez proche de l’agnosticisme. L’agnostique refuse de se prononcer sur une question insoluble. Je ne suis pas agnostiques car envisager la véracité des religions me semble aller totalement à l’encontre de la raison. Ce serait comme envisager l’existence du père Noël ou du Croque-Mitaine. Dire : « je n’ai pas vu le père Noël, mais si on me prouve qu’il existe, je suis près à le croire. » Les seuls avec qui je peux m’entendre sur ces questions sont les déistes. Qu’on envisage l’existence d’une force à l’origine de l’univers, pourquoi pas. Je n’aurais pas nommé cette force « Dieu » mais on peut imaginer une force originelle. J’ai un peu caricaturé les agnostiques. Leur hésitation peut aussi se faire entre l’athéisme et le déisme. Dans ce cas, je suis très proche de leur position.

Toutes les autres religions, monothéistes ou polythéistes, animistes ou panthéistes sont trop encombrées de fables et de superstitions pour leur accorder plus de trois lignes dans ce paragraphe. (Je n’ai rien contre les contes, mais ce n’est pas mon objet.) À ce propos, je trouve assez agaçant ceux qui qualifient l’athéisme de « religion ». Soyons sérieux, toute religion repose sur la croyance en l’immortalité de l’âme ou en une force transcendante. L’athéisme dit le contraire. On me dit encore « tu n’as pas de preuve que Dieu n’existe pas. » Quelle est cette logique farfelue qui voudrait démontrer l’inexistence de ce qui n’est pas ? Je n’ai pas non plus de preuve de l’inexistence du père Noël. Ne pas croire en lui est-il une religion ? Faire de la non-croyance un croyance ressemble beaucoup à une pirouette de Jésuite.

L’inexistence de l’âme et l’appartenance au règne animal.

D’une manière générale, j’adhère largement à la pensée matérialiste et atomiste élaborée dès l’antiquité et affinée par les évolutions de la science. Pour moi, l’âme et l’esprit n’existe pas, en tout cas pas de façon immatérielle. Ce qui fait notre personnalité et notre individualité réside dans les flux d’informations qui circulent dans un réseau de neurones et de synapses.

De fait, il n’y a pour moi aucune différence fondamentale entre l’homme et l’animal. Sur ce plan, je suis totalement d’accord avec Diogène de Sinope et les cyniques. La chrétienté considère un homme au sommet de la création, dominant des animaux qui ne sont guère plus que des choses. Pour moi, la seule différence entre l’homme et le reste du monde animal tient à la différence des capacités intellectuelles et cognitives. (Supériorité qui serait d’ailleurs à relativiser, car un homme sous-éduqué peut vivre avec 300 mots de vocabulaires quand un signe éduqué peut en maîtriser 2000.) Les études réalisées sur les dauphins ou les chimpanzés montrent des capacités surprenantes. De l’autre côté, l’homme agit en permanence selon des pulsions animales. Notre sexualité est partiellement liée à des phéromones et nous agissons quotidiennement selon des comportements animaux pour marquer notre territoire ou étaler notre virilité.

Une vie encadrée par deux néants.

Si Dieu n’existe pas, comme l’âme, il ne peut y avoir de vie après la mort. Cette vérité est dure à admettre pour beaucoup d’être humain. Comment envisager notre disparition ? Que tout s’arrête sans plus de sens que cela n’avait commencé. La mort est une horreur inimaginable. Les religions sont nées en grande partie de ce dénie : trouver une échappatoire à la mort et une explications aux phénomènes de la nature. « Philosopher c’est apprendre à mourir » disait Cicéron. La philosophie nous apprend à accepter l’inacceptable sans nous réfugier dans des fictions. « La mort n’est pas à craindre » disait Épicure. Il avait raison. Quand elle est là, nous ne sommes pas là, quand nous sommes là, elle est absente. Pourquoi craindre ce qui n’est pas ? Cela ne nous concerne pas. Nous pouvons avoir peur de perdre la vie ou de la rater, mais pas de mourir. Enfin, « il faut faire de nécessité vertu. » De toute façon, nous n’avons pas le choix et la mort est tout à fait justifiable du point de vue de l’espèce et des ressources disponibles. C’est déjà le bordel, imaginez que tout le monde arrête de mourir. 🙂

L’hédonisme.

Ces réflexions générales débouchent naturellement sur une pratique quotidienne. L’Église apprend à souffrir ici bas pour mieux profiter de l’éternité. Un athée pense généralement le contraire. « S’il n’y a pas d’arrière-monde, il faut réaliser le bonheur ici et maintenant. » On nomme cette philosophie l’hédonisme. Je l’ai toujours plus ou moins pratiquée mais sans l’avoir théorisé jusqu’à une date récente. C’est en écoutant les conférences de Michel Onfray, pour qui j’ai une grande sympathie, que j’ai découvert ce terme. Il provient du grec hédonê « le plaisir » et du verbe hédomaï « se réjouir ». Il existe un courant hédoniste dès les origines de la philosophie occidentale avec les Abdéritains, les Cyniques, les Cyrénaïques et les Épicuriens. Le point commun de tous ces philosophes est d’avoir érigé le plaisir comme le « souverain bien ». Sans être athées, ils tiennent généralement les dieux à l’écart du monde et s’appuient sur une conception atomiste et matérialiste. Ils existe bien sûr des nuances très importantes entre ces courants sur la manière d’atteindre le plaisir et la jubilation. En écoutant leurs propositions, je me suis aperçu que j’étais très proche de certaines pratiques proposées par les Épicuriens et les Cyrénaïques, ce qui nécessite une rapide présentation.

L’ascèse épicurienne et ses limites.

Il existe de nombreuses idées reçues sur l’épicurisme et l’hédonisme en général. Certaines caricatures remontent à l’antiquité. Au lycée, je me souviens de ce passage de Don Juan dans lequel Sganarelle traite son maître de « pourceau d’Épicure et de diable de Sardanapale. » Cette image du pourceau a été construite par Cicéron au premier siècle avant notre ère. Il cherchaient à décrédibiliser les Épicuriens sur le plan politique en les présentant comme des jouisseurs sans conscience ni morale. Cette caricature a été reprise et amplifiée par les pères de l’Église avec une application qui force le respect. Épicure prônait en réalité une vie ascétique et austère. Pour lui, la sérénité ou ataraxie se définit comme l’absence de troubles. On parle dans ce cas d’un plaisir catastématique ou passif. Pour éviter ces troubles, il faut rejeter les besoins non naturels et non nécessaires qui génèrent également une forme d’aliénation.

Sur ce point, j’ai clairement pratiqué et je pratique encore une forme d’ascèse épicurienne. Pendant mes études en particulier, j’ai appris à contrôler mes désirs pour arriver au plus près de cet idéal ascétique. En quatre années, je suis allé deux fois au cinéma et trois fois au bar. Je ne fume pas, je ne bois pas, je n’ai pas de portable… Mon père m’en a fait la remarque récemment. Il s’est étonné d’abord que je ne lui demande pas d’argent et ensuite que je parviennent à économiser sur ma bourse après avoir payé le loyer.

Ce contrôle des désirs sur lequel j’ai travaillé très tôt présente un grand confort. Je peux traverser toutes sortes de boutiques sans éprouver le moindre désir donc le moindre manque : télé à écran plasma, portable 3G… Je me sens très libre face aux sollicitations de la société de consommation. La publicité fabrique des besoins artificiels qui plongent les gens dans la dépendance et la frustration. La complainte de la baisse du pouvoir d’achat est liée pour beaucoup à cette frustration, non à la misère. Cela mériterait d’ailleurs un article plus développé. Ce travail sur les désirs et la consommation n’entraine aucun sentiment de privation. Il existe des milliers de loisirs en marge du commerce. Par exemple, que cherchons nous au bar ? Un lieu de sociabilité ou un rafraichissement ? J’ai fait de ma chambre un jardin épicurien à moindre frais avec une plus grande liberté. J’ai passé les meilleurs soirées de ma vie à discuter avec des amis en écoutant de la musique ou jouer aux cartes autour d’une tisane.

Depuis que j’ai un salaire, j’ai un peu tempéré cet ascétisme. Je vais plus au régulièrement au restaurant, je m’autorise plus de loisirs. L’argent peut être utile pour générer du plaisir. Je veille cependant à toujours garder le contrôle de ces besoins, ce qui facilite beaucoup la vie.

Épicure va beaucoup plus loin sur le terrain de l’ascétisme. Il identifie deux besoins naturels et nécessaires : boire (de l’eau) et manger (du pain). Tous les autres besoins sont considérés soit comme naturels et non nécessaires (par exemple la sexualité) ou non naturels et non nécessaires (le luxe, l’art…). Je ne peux pas adhérer à une telle abstinence. Sur ce terrain, je suis plus proche de l’épicurisme campanien de Lucrèce ou de Philodème de Gadara qui revendiquaient la sexualité, l’esthétisme et un mode de vie plus voluptueux comme des moyens de réaliser le plaisir.

Buste d'Épicure.

Aristippe de Cyrène et le calcul des plaisirs.

Avec les Campaniens, un autre philosophe hédoniste fournit une réflexion importante sur l’usage des plaisirs : Aristippe de Cyrène. Les fragments qui restent de son œuvre propose une philosophie subtile et intéressante. Aristippe ne définit pas seulement le bonheur comme l’absence de troubles mais il appelle à rechercher le plaisir de façon dynamique, positive. Il prône des plaisirs mesurés, qui s’appuient sur la conscience, la raison, la culture, un juste milieu. Il ne faut pas payer un plaisir immédiat d’un déplaisir futur. Ce calcul hédoniste permet d’éviter bien des troubles.

Prenons l’exemple de l’alcool. Personnellement, je prends beaucoup de plaisir à déguster un bon vin pendant un bon repas. J’aime la convivialité d’un apéritif de temps en temps. L’alcool procure un plaisir corporel et peu contribuer à une ambiance festive. Cependant, on peut en payer l’abus assez rapidement : on vomit dans le caniveau, on oublie le reste de la soirée, le monde se met à tourner et on a la gueule de bois. Pour être franc, je j’ai jamais expérimenté cet état. Je n’ai jamais été ivre mais pour avoir assisté à ce spectacle à de nombreuses reprises je ne tiens pas à en faire l’expérience. La liberté et l’autonomie sont des idées essentielles. S’enivrer, c’est perdre le contrôle de soit, zigzaguer en disant tout ce qui nous passe par la tête… Et je ne parle pas des conséquences sociales de la dépendance alcoolique ou de la destruction des neurones.

Ce calcul des probabilité entre plaisir et déplaisir sous-tend une « action prudente » théorisée clairement par Pierre Charron. Je tiens la tempérance pour une vertu essentielle. Je ne prends jamais une décision sur un coup de tête et je m’efforce toujours de réfléchir avant d’agir.

Le rapport à la loi.

Autant être direct : Je ne considère pas la loi telle un objet sacré, expression immanente de la volonté populaire et de l’intérêt général. J’ai vu les députés voter des lois qu’ils n’avaient pas lues et servir des intérêts particuliers qui vont à l’encontre de l’intérêt général. Pour autant, je ne dénonce pas la loi dans son ensemble comme Antiphon ou Diogène qui lui préférait la nature (physis) pour élaborer leur propre règle (par opposition au nomos).

Je respecte la loi pour deux raisons principales : d’un point de vue pratique, ne pas respecter la loi, quelles que soient mes raisons, peut apporter de nombreux ennuis et générer du déplaisir. Redouter la force publique et vivre dans la crainte est peu compatible avec l’hédonisme. Ensuite, d’un point de vue éthique, je reconnais la nécessité de la loi comme une sorte de contrat citoyen qui permet de limiter la négativité dans la société. Elle interdit le meurtre, la violence, le vol et tente de garantir les libertés individuelles. En ce sens, bien qu’elle soit perfectible, la loi est une sorte de contrat philosophique qui lient les membres de la société, comparable à celui que prônait Épicure à l’intérieur du jardin.

Après le rapport à la loi, la position des philosophes sur l’argent m’a conduit à réfléchir sur mes propres perceptions. Certains philosophes le méprisaient comme Socrate ou Diogène. D’autres en défendaient un usage plus pragmatique. La position d’Aristippe de Cyrène m’a semblé assez pertinente.

Le rapport à l’argent.

Aristippe ne fait pas de l’argent une fin en soit. C’est un moyen d’agrémenter la vie et éviter les déplaisirs. Si on en a c’est bien, si on en a pas, c’est pas grave… Vous l’avez probablement compris en lisant le paragraphe sur l’ascétisme, j’ai eu clairement un problème dans le rapport à l’argent. Pour comprendre ça, il faut remonter à mon enfance. Sans avoir grandit dans la pauvreté, j’ai toujours senti une insécurité financière. « Comment allons-nous finir le mois ? Nous n’avons pas les moyens ; c’est trop cher » etc… Avant d’avoir dix ans, j’ai commencé à contrôler mes désirs refuser tout ce qui ressemblait à un luxe inutile. Dès l’enfance j’ai eu la préoccupation d’économiser pour éviter d’être un jour dans cette situation. Ce tempérament, cet ascétisme, de l’extérieur pouvait ressembler à de la pingrerie, au reste définitivement accolée à l’Auvergne par la sagesse populaire. Pour autant, je n’ai jamais eu le désir de gagner beaucoup d’argent (sinon je ne serais pas rentré dans l’éducation nationale). J’ai simplement opté pour un train de vie plus humble qui me prémunit de la frustration. Avec le temps, j’ai dû faire un travail sur moi pour replacer l’argent dans une logique plus saine et lui enlever de son importance. Je l’utilise beaucoup plus facilement aujourd’hui pour me faire plaisir et faire plaisir à d’autres. Je ne serais probablement jamais très dépensier mais l’argent n’est plus un blocage pour l’hédonisme.

La mariage et la paternité.

Le mariage et la constitution d’une famille sont des sujets centraux pour tous les philosophes hédonistes. Une majorité d’entre eux, suivant Épicure, considèrent que le mariage et la paternité sont incompatibles avec l’ataraxie. L’un et l’autre entrainant obligatoirement des troubles et une forme d’aliénation. François de La Mothe Le Vayer a mis en scène de façon amusante les inconvénients respectifs du mariage et du célibat, avec de bons arguments de part et d’autre. Pour ma part, je pense qu’on ne peut pas raisonner dans l’absolu, parler du mariage en général. L’alchimie qui peut s’établir dans un couple dépend essentiellement du caractère des conjoints. À chaque fois c’est une équation différente. Je suis également réservé sur la nécessité de vivre sans progéniture pour accéder à l’ataraxie. Le désir d’avoir un enfant, l’instinct de reproduction est profondément ancré dans tout être vivant. Si nous appartenons effectivement au règne animal, je suis Diogène sur ce terrain, pourquoi renier un désir naturel ? Avoir des enfants est une responsabilité énorme et accaparante mais cela peut en valoir la peine. L’éducation ne procure pas que des retours négatifs. Enfin, si nous aliénions une part de notre autonomie en toute connaissance de cause, n’est-ce pas une manière d’être libre ?

Je n’avais pas réfléchi à la possibilité d’avoir un enfant jusqu’à une date récente. Ce désir s’est réveillé de manière inconsciente, dans un rêve. Je tenais un enfant dans mes bras, le mien. Je ressentais instinctivement la volonté de le protéger et l’éduquer quoi qu’il arrive. C’était plutôt un sentiment agréable et paisible, qui donnait du sens à ma vie. Pour le mariage, je suis plus sceptique. C’est une institution et un engagement légal assez encombrant. Pour avoir vécu le divorce de mes parents, je suis plutôt réservé. Je lui préfère sans doute la souplesse du PACS en tout cas dans les premières années. Concernant la paternité, la question ne se posera pas dans les mois qui viennent et elle ne dépend pas principalement de moi. Je devrais suivre le fil des éléments.

Accepter le cours des événements.

Un des aspects fondamentaux pour vivre heureux et paisible est de savoir accepter les événements bons et mauvais qui surviennent quotidiennement. Les Stoïciens résumaient ça en une formule : « ne demande pas que les choses viennent comme tu veux, il faut les vouloir comme elles viennent. » Cette phrase semble d’une grande banalité, pourtant, c’est le début de la sagesse. J’ai découvert cette idée au lycée et cela a définitivement changé ma manière de voir les choses. Qu’il s’agisse des petits coups durs ou de ma disparition inexorable, il me faut bien accepter les choses car je n’ai pas le choix. Je perds rarement mon calme. Que ma voiture soit embarqué à la fourrière, que mon opérateur débite des sommes faramineuse, que je me déchire un muscle du bras, je prends toutes ces nouvelles sans la moindre émotion. Une fois que c’est fait, il ne sert à rien de s’énerver, seul l’avenir compte. Épictète soulignait qu’il ne sert à rien de s’énerver sur ce qu’on ne contrôle pas. Concentrons-nous sur ce qui dépend de nous. Les Stoïciens faisaient par ailleurs l’éloge de la douleur à laquelle ils attribuaient des vertus salvatrices, comme le christianisme. Sur ce point, je suis totalement épicurien, je fais tout pour éviter la souffrance.

Les évènements qui ne dépendent pas de nous sont de deux natures. Il y a d’un côté les lois naturelles et les règles qui s’imposent à nous. Le vieillissement, la mort… Ensuite il y a les hasards, bons ou mauvais, qui émaillent nos vies. Pour moi, le hasard se définit comme l’interaction entre nos actions et les mouvements imprévisibles de notre environnement. Je me souviens d’une phrase prononcée par le physicien Edward Teller à qui on demandait comment il voyait l’avenir. Il fit la réponse suivante : « L’avenir s’écrit à chaque seconde par des milliards d’atomes en mouvement dont aucun ne sait ce que fera son voisin dans la seconde suivante. » (Je retranscris l’idée, pas la lettre). Vous marchez sous une falaise, une pierre vous tombe sur la tête ou vous frôle les oreilles, ne voyez derrière aucune providence.

Ce qui dépend de nous, ce sont nos actions et ce que nous devenons. Là encore, il faut définir quelle est notre part de libre arbitre ou de détermination.

La détermination et le libre arbitre.

Je ne raisonnerai pas sur ce sujet en fonction des problématiques religieuses : Dieu influence-t-il nos vies ? Existe-t-il un destin ? Obéissons nous aux astres ? Ces questions n’ont aucun sens. Je raisonnerai en fonction des facteurs sociaux, culturels et génétiques.

L’idée d’une détermination totale est totalement indéfendable mais l’idée d’un libre arbitre complet l’est tout autant. Nous imaginons tous être libre et indépendant, sans avoir conscience des déterminismes socioculturels très forts qui nous animent. Cette remarque me concerne également. Que l’on adopte les codes de notre milieu ou que l’on se rebelle, nous n’échappons jamais totalement à notre éducation. Voir les travaux de Pierre Bourdieu et Bernard Lahire sur la culture dominante et les comportements dissonants. Tous nos choix sont orientés de façon plus ou moins consciente en fonction de notre culture, notre éducation et notre personnalité. Notons au passage que liberté et déterminisme sont très inégaux d’un individu à l’autre. C’est une banalité de le dire. Certains milieux sont très aliénants, d’autres permettent une grande ouverture d’esprit. Nos potentialités physiques et intellectuelles influencent également ce que nous devenons ce qui m’a conduit précédemment à dénoncer l’idée de mérite. (J’ai détaillé cette idée dans l’article suivant.)

La sexualité.

Parmi les désirs qui travaillent l’être humain, la sexualité occupe une place centrale, ce qui justifie sa présence ici. Je ne ferais pas de grandes révélations sur mon intimité comme Michel de Montaigne mais je tiens à faire quelques remarques sur mon approche de la sensualité.

Pour être honnête, je vis depuis longtemps une contradiction entre un tempérament assez libre, hédoniste et une grande timidité. J’ai connu ma première histoire à 19 ans après un gros effort pour briser mes inhibition. Depuis ce jour, je connu deux femmes, il est vrai dans des relations fortes et durables. Cependant, j’ai le sentiment d’avoir un peu gâché les années précédentes et mon adolescence. Je ne vais pas en boîte, je sors peu, je n’aborde pas facilement une femme et quand une femme m’aborde je vois difficilement les signes. En d’autres termes, il existe un décalage entre mes idées hédonistes et ma pratique réelle. Enfin, comme le suggérait Diogène, nous avons toujours une solution à portée de main.

Dans l’exercice de la sensualité en couple, je suis évidemment hostile aux pratiques machistes et à toutes formes de violence mise en scène dans la pornographie occidentale. Je me fie beaucoup plus volontiers au kamasutra ou à la conception de l’amour taoïste. Ces ouvrages de sagesse érotique prennent vraiment en considération le plaisir des deux partenaires. En cela, ces ouvrages sont hédonistes.

Auguste Rodin, Le Baiser.

Auguste Rodin, Le Baiser.

L’amour libre et la fidélité.

Dans une vie de couple, je ne suis pas complètement opposé à une certaine conception de l’amour libre. D’un point de vue strictement intellectuel, je pense qu’on peut tout à fait séparer la sexualité et les sentiments ou éprouver des sentiments pour plusieurs personnes. Identifier la sexualité avec le mariage et la procréation est une construction des société sédentaires et des grandes religions. Il faut absolument léguer le patrimoine à un héritier légitime. Cela explique au passage la plus grande tolérance pour l’adultère masculin. Un homme peut courir à droite et à gauche, pas la femme.

Les sociétés nomades et préchrétiennes abordent la question de façon différente et souvent moins encombrée de tabous. La sexualité est un plaisir corporel, sensuel, que l’on charge trop souvent de valeurs morales. La fidélité des sentiments et l’amour exclusif prôné par les grandes religions (peut-on d’ailleurs parler d’amour dans un mariage arrangé dont le seul but est la procréation ?) est une manière de contrôler la société en empiéter sur la sphère privée. Pour moi, la jalousie et le sentiment de trahison lié à l’adultère relèvent plus de l’orgueil et de l’éducation que d’un sentiment naturel. Michel de Montaigne, qui fut marié et cocu a fait des commentaires pleins de sagesse sur la question. Pour lui, le « cocuage » n’est pas très grave en soit. Cela nous concerne tous et il n’a que l’importance que vous voulez bien lui accorder. Conscient du rôle des apparences, il appelle simplement à être discret et faire semblant de ne pas savoir. « Le secret d’un bon mariage c’est une femme aveugle et un mari sourd ». Les Épicuriens prônaient d’avantage une sorte de contrat philosophique pour réaliser un couple ataraxique. Tout est possible à condition de fixer les règles dès le départ.

Je ne fais pas pour autant un éloge de l’adultère. Il n’est pas absolument nécessaire. Je n’ai d’ailleurs jamais franchi le pas. Selon le calcul des plaisirs d’Aristippe, la satisfaction d’un plaisir immédiat ne doit pas entrainer de troubles. Or, l’adultère se traduit souvent par des chagrins et des larmes. Tout fini par se savoir. Certains acceptent ces incartades et raisonnent en philosophe ; d’autres se sentent blessés et trahis. Il faut en plus supporter le regard de la société, les cancans et le poids de l’hypocrisie. L’adultère est plus répandu que le cholestérol mais tout le monde s’en offusque avec véhémence.

Pour résumer, je ne prône pas l’adultère pour commettre l’adultère, mais s’il existe, est-ce si grave ? Notre appréhension de la sexualité, du corps, du mariage est intimement lié à la morale, sur laquelle je voudrais consigner quelques commentaires.

Éthique et morale.

On confond bien souvent l’éthique, la morale au sens large et la morale judéo-chrétienne qui imprègne notre société, ce que Michel Onfray appelle l’épistémè judéo-chrétien en reprenant Foucault. Pour cause, l’une et l’autre sont étroitement liées depuis près de 2000 ans. Il est très dur pour un individu, même un athée congénital comme moi, de se défaire d’une telle imprégnation. Par exemple sur la pudeur, l’exhibition du corps, j’ai beaucoup de mal à me défaire des tabous chrétiens. Au collège, je refusais les douches collectives et je n’imagine pas me dévêtir sur une plage. Intellectuellement je serais pour le naturisme mais cela me demanderait un gros travail sur mes inhibitions. Même quand on croit s’affranchir de la morale chrétienne et la renier on se détermine à travers elle. Quel trie peut-on en faire ?

Sur l’éthique, je rejette l’idée chrétienne d’une opposition entre le bien et le mal absolu. Le discours de George W. Bush sur l’axe du mal est totalement étranger à ma façon de penser. Je suis plus proche de la définition d’Épicure qui ne raisonne pas en terme de bien ou de mal mais de phénomènes « bons » ou « mauvais ». Est mauvais ce qui génère la douleur, la souffrance, est bon ce qui permet l’éviter. La morale est donc relative à des cas de figure. Pour prendre un exemple précis : dans la morale kantienne, le mensonge est toujours un mal. Si on raisonne en termes de conséquences (on parle de conséquentialisme dans la philosophie anglo-saxonne) un mensonge n’est pas forcément mauvais. Un médecin peut mentir à un patient pour rendre plus agréable ses derniers mois de vie. Je peux mentir à un élève pour l’encourager ou lui redonner confiance. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Dans la relations avec les autres, j’aime assez la définition de Pierre Kropotkine énoncée dans La morale anarchiste, dont on pourrait résumer le point de vue en une phrase : « Agis avec les autres comme tu aimerais qu’ils agissent avec toi. »

Suivant ces deux références, on peut s’affranchir largement de la morale judéo-chrétienne. Dans une logique hédoniste, les sept pêchés capitaux : la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère, l’envie, n’ont pas le moindre sens. Leurs seules limites sont les déplaisirs qu’ils peuvent engendrer. Si la colère se transforme en violence et en perte de contrôle, elle est mauvaise. Si l’avarice vous empêche de vivre, elle est mauvaise. Si la gourmandise entraine une obésité morbide, elle est mauvaise. La réprobation de ces « fautes » par l’Église est au mépris des sens, du corps et à l’apologie de la souffrance. « Il faut souffrir ici-bas pour mieux jouir dans l’au-delà. Souffrez comme le Christ pour racheter les fautes de l’humanité. »

Suivant cette morale laïque, tout ce qui évite la souffrance pour soit ou les autres peut être considéré comme une vertu. Citons la fidélité en amitié, la douceur, le respect de la parole donnée, la bienveillance, l’ouverture d’esprit et la tolérance. Ces vertus occupent une place centrale dans la détermination de l’intersubjectivité.

L’intersubjectivité.

J’aurais pu écrire « la relation avec les autres », mais je trouve qu’intersubjectivité fait plus ronflant dans un article à prétention philosophique. 🙂 On peut aborder le sujet selon plusieurs angles : quels principes conditionnent cette relation ? Comment agir avec des amis, des inconnus, des ennemis ? Quelle image donne-t-on ?

L’amour du prochain prôné par le nouveau testament : « tu aimeras ton prochain comme toi-même » est le comble de l’égocentrisme. Comme le faisait remarquer Michel Onfray, on aime pas l’autre pour lui mais en fonction de nous et pour notre salut. Dépourvu d’ambition religieuse, j’aborde l’autre d’égal à égal et pour lui.

Pour moi, le principe fondamental dans la relation à autrui est la bienveillance. Quel que soit mon interlocuteur, je l’aborde toujours avec amitié. Je ne porte jamais de jugement sur son apparence ou ma première impression. En tout cas, j’en ai la volonté. Si un gars m’aborde en hurlant avec le crâne rasé et une croix gammée tatouée sur le front, je pourrais me faire une idée rapidement. Il est vraiment exceptionnel que je ne m’entende pas du tout avec quelqu’un. Les rares fois où cela m’est arrivé, il s’agissait de gens dépourvus d’humour et qui se prenaient vraiment au sérieux. En règle générale, quand on aborde les gens en souriant, calmement, quand on ne marche pas sur leurs plates-bandes, il n’y a pas de raison de générer des conflits. En cas de conflit, si je me sens vraiment agressé, je réponds par le mépris et l’indifférence. Rendre les coups pour avoir le dernier mot ne présente aucun intérêt et ne peut générer que du déplaisir. Les insultes ne blessent que ceux qui leur accorde de l’importance. Pierre Charron regroupait la colère, la vengeance, la haine sous le titre des passions négatives, soulignant qu’elles avilissent plus qu’elles ne grandissent. Si on est malin, on a tout intérêt à décliner les affrontements. (Référence : De la sagesse, 1601, monument de la philosophie).

Les codes de politesse contribuent à faciliter la vie en société et gommer la négativité. En France, ils sont assez développés. Il y a bien sûr une part d’hypocrisie, mais cela ne coute rien de témoigner un peu d’intérêt ou d’attention même à des gens avec lesquels nous ne sommes pas très proches. Repensez à la morale anarchiste de Kropotkine. « Agis avec les autres comme tu voudrais qu’ils agissent avec toi. » Épicure, dans son jardin, insistait beaucoup sur la douceur et l’amitié, comme des piliers de la vie philosophique. Pour moi, un ami est quelqu’un sur qui on peut compter, qui est loyal, à qui on peut se confier si le besoin s’en fait sentir, quoique personnellement je me confie peu. Il y a quelques années, quand j’étais en classe de première, je me suis trouvé dans une situation embarrassante. Je devais rédiger un commentaire de texte en français pour le lendemain et j’avais perdu le texte. J’ai téléphoné à Simon, pour lui exposer le problème. Il m’a spontanément proposer d’apporter le texte en faisant huit kilomètres à vélo de nuit. J’espère que mes amis me voient comme quelqu’un sur qui on peut compter car je le ferai à mon tour si l’occasion se présente.

Avec les femmes, je suis moins à l’aise en amitié. J’ai eu peu d’amies proches depuis le lycée, quelques copines de fac et quelques collègues avec qui j’ai de bonnes relations mais assez superficielles. Avec une femme il y a toujours l’appréhension de l’altérité et l’ambiguïté de la séduction qui jouent. J’ai du mal à être totalement naturel à moins d’avoir brisé la glace. « Les femmes, c’est le continent noir » disait Freud. En présence de condisciples masculins, je joue également un rôle mais il n’y a pas cette ambiguïté. Cela m’amène d’ailleurs à évoquer les vêtements et l’apparence nécessaire à la mise en scène.

L’apparence et l’habillement.

Les vêtements que l’on choisi, comme le maquillage, la coiffure, les lunettes occupent un grand rôle dans la pratique philosophique, car ils concernent l’image que l’on souhaite renvoyer aux autres. Ce n’est jamais anodin. Dans l’antiquité, on pouvait reconnaître les cyniques au premier coup d’œil par leurs vêtements usés et troués. On reconnaissait un stoïcien à ses cheveux très courts, sa barbe taillée et des vêtements sobres…

En toutes circonstances, je privilégie d’abord l’aspect utilitariste des vêtements comme le faisaient les Épicuriens. Ils doivent être confortables et adaptés à la tâche. Partant de là, il m’arrive d’endosser le costume du cynique ou du stoïcien selon les circonstances. Je mets régulièrement des guenilles qui trainent dans mon armoire ou de vieilles chemises avec une volonté délibérée. C’est une manière pour moi de m’affranchir d’un certain code des apparences et de la bienséance. C’est un pied de nez à tous ceux qui s’attachent aux apparences. Je n’ai jamais oublié la remarque que fit un de mes professeurs devant le portrait d’un homme attablé dans un café. Il nous dit : « Vous voyez cette photo au mur ? On dirait un pauvre poivrot avachi au bar. C’était Jacques Prévert. » M’habiller ainsi est une manière de jouer avec les apparences et les jugements de valeurs sans pour autant basculer dans la provocation.

Dans mon travail, je ne joue pas ou peu à ça. Enseigner devant des enfants me contraint à respecter certaines règles de présentation. Comme mes collègues, j’incarne un personnage, un rôle. En début de carrière, je ressemblais encore à un étudiant et je l’ai payé assez cher. Depuis, j’ai travaillé sur l’aspect théâtral ; je me suis acheté chemises, vestes et pantalons plus habillés. Je veille néanmoins à garder une certaine sobriété. Les vêtements sont un marqueur social très fort. On reconnaît facilement un professeur, un cadre, un collégien ou un étudiant avec la tenue. Mon idéal serait de pouvoir me fondre dans tous les milieux. Par ailleurs, je m’habille souvent en noir, construction assumée d’un personnage. J’aime le costume de la mélancolie et mon humour est également assez noir. À propos d’humour, voyons maintenant la place que j’accorde au rire dans ma diététique de l’existence.

Le rire thérapeutique.

Si vous êtes passés par d’autres articles avant d’arriver sur cette page, vous avez une idée de la place que j’accorde à l’humour. Pour moi, c’est une des vertus centrales qui permettent d’agrémenter les relations sociales et produire du plaisir. On peut simplement l’apprécier ou le produire à travers une réplique amusante, une histoire ou des productions plus élaborées. Peut importe le style, grivois, littéraire, ironique, absurde. D’après le titre de mon blog, vous avez compris que j’apprécie beaucoup l’humour absurde et noir. L’humoriste qui m’a le plus marqué, de loin, est Pierre Desproges. Je retrouve chez lui toutes les facettes d’un humour brillant. Il manie avec perfection le sens du contrepied, la conclusion absurde qui tombe au moment le plus importun, les grandes tirades assassines qu’on imaginerait dans la bouche ou à la pointe d’un Cyrano de Bergerac. J’aime encore sa mauvaise fois assumée et ses airs de communiant quand il plaisante sur les parties génitales. Parmi toute son œuvre que je connais bien, j’apprécie par dessus-tout les réquisitoires du tribunal des flagrants délires, les minutes nécessaires de Monsieur Cyclopède et certaines chroniques de la haine ordinaire.

J’aime beaucoup sa définition du rire qui permet de « désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles ». Comme lui, je pense que l’on peut et que l’on doit rire de tout, y compris de la mort. « Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir ? (…) Tous nous sommes fauchés un jour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile et les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot. » 🙂 Je vous laisse apprécier l’original si vous avez quelques minutes. Ce passage est extrait du réquisitoire de Jean-Marie Le Pen dans le tribunal des flagrants délires.

Je suis largement imprégné de cet humour, y compris dans ma pratique quotidienne. Je pratique souvent l’humour pince sans-rire devant les élèves ou avec mes collègues ce qui génère quantité de situation amusante. L’humour permet souvent de désamorcer l’agressivité. Celui qui cherche un conflit sera souvent déstabilisé par une réponse incohérente. J’aime également l’humour littéraire et les grandes formules poétiques et assassines pour lesquelles je n’ai hélas pas le même talent. Enfin, je ne renie pas ponctuellement un humour plus « rablaisien » en fonction du contexte. Pour moi, l’amitié s’appuie beaucoup sur l’humour. J’ai peine à imaginer des amis dépourvu d’un solide sens de l’humour, en dehors de ce connard de Berrichon Masqué. Je consacre beaucoup de temps chaque semaine pour écrire des conneries sur ce blog. Je n’ai pas toujours beaucoup de retours ou de lecteurs. Toutefois, même si je n’ai que 10 lecteurs quotidiens et que je parviens à les faire rire, je pense que cela en vaut la peine.

Après avoir parlé de l’intersubjectivité, de l’apparence et du rire, je peux faire quelques confidences sur la manière dont je me perçois.

Entre la confiance et le doute.

Par certains aspects, je pense être assez arrogant. Si vous avez lu ce qui précède, je semble avoir peu de doutes et une assez haute opinion de moi. J’aurais du mal à prouver le contraire sans user d’une certaine mauvaise fois. (Ce dont je suis capable. Je viens de lire « L’art d’avoir toujours raison » de Schopenhauer : 38 astuces pour prouver qu’on a raison quand on sait objectivement qu’on a tort. Un outil indispensable pour aller ferrailler dans les discussions). 😉 Pour autant, derrière cette arrogance, j’ai toujours des doutes sur ma légitimité et mes compétences professionnelles. J’ai toujours peur de l’imposture. Les pires cabotins sont parfois ceux qui nourrissent les plus grands complexes. En société, j’ai parfois l’impression d’abuser de la mise en scène, de trop parler et d’être pédant. Ces derniers mois, j’ai fait des efforts pour être plus discret et plus effacé, au risque d’avoir l’air sinistre. J’arrive peut-être à un meilleur équilibre, une plus grande sérénité. Sur le fond, je ne suis pas pour l’auto-dénigrement. Il faut d’abord être en paix avec soit pour bien aborder la relation avec les autres.

Mon goût prononcé pour l’humour noir et absurde, dont je me suis entretenu plus haut, est étroitement lié à une vision du monde assez sombre.

Entre le tragique et le pessimisme.

Dans ma jeunesse, j’étais assez franchement pessimiste. Je m’intéressais déjà à l’histoire, j’écoutais France Info deux heures par jour… Tout ce que je voyais et que j’entendais, c’était une succession de meurtres, de faits-divers, de massacres, de destructions… Je pense qu’on ne peut pas être optimiste en étudiant l’histoire. Avec le temps, j’ai modéré un peu cette vision ultra-négative. Je pense que tout n’est pas pourri, il y a partout des gens biens, généreux et tolérants avec qui je peux m’entendre. À côté de ça, bien sûr, la société encourage la cupidité, la destruction des ressources, et l’exploitation de l’homme par l’homme… Beaucoup de gens s’en foutent royalement et ne sont pas prêts à modifier leur mode de vie (peut-être moi le premier d’ailleurs).

Au final, j’ai une vision tragique du monde, selon la définition de Michel Onfray. « Le tragique est celui qui est au milieu entre le pessimiste et l’optimiste. Le pessimiste voit le pire partout. L’optimiste voit le meilleur partout. Le tragique voit le monde comme il est. » Vous aurez compris que Michel Onfray est également tragique. Un optimiste ne dira jamais qu’il refuse de voir le monde comme il est mais que les phénomènes négatifs participent indirectement à la positivité.

La politique.

Mon positionnement entre le tragique et le pessimisme me donne peu d’illusions sur la vie politique nationale et la géopolitique. Une légende urbaine chez mes collègues veut que j’appartienne à l’extrême-gauche trotskiste ou bakouninienne. Je me suis d’ailleurs bien gardé de la démentir, je m’en sers pour effrayer les profs d’anglais. 😉 En réalité j’ai voté pour le Béarnais avec des grandes oreilles aux dernières élections présidentielles… La filiation avec Bakounine semble, vous en conviendrez, peu évidente.

Sur le fond, j’ai une sensibilité de gauche. Je suis pour l’immigration, l’éducation, l’impôt, une meilleur redistribution des richesses, une politique étrangère plus axée sur l’éthique et une redéfinition du rôle de l’armée. Cela dit, je peux m’entendre avec des gens de droite sur un certain nombre de sujets : Je ne suis contre l’assistanat et la déresponsabilisation des gens. Je conteste la réforme de la justice mais je suis d’accord pour rétablir la loi dans tous les quartiers.

Les partis politiques français m’inspirent une confiance assez limitée pour faire un doux euphémisme. Des deux bords, je ne vois qu’un mélange d’opportunisme, d’arrivisme, de clientélisme et d’amateurisme. J’ai voté pour Bayrou aux présidentielles uniquement parce que je craignais l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. (Non sans une certaine intuition avec le recul.) À l’étranger, j’ai une image très positive de José Luis Rodríguez Zapatero, le premier ministre espagnol. Je ne suis pas la vie politique espagnole de très près, mais il me semble qu’il a fait preuve d’un courage et d’un pragmatisme que les gens de gauche peuvent envier de notre côté des Pyrénées. Quoique je ne sois pas du même bord, j’ai également du respect pour Angela Merkel. Elle est conservatrice mais elle n’est pas dogmatique. En politique, j’appelle « dogmatiques » les gens qui gouvernent selon une vision idéologique sans tenir compte des subtilités de la réalité. Par exemple, le FMI et la Banque Mondiale ont plongé des pays entiers dans la pauvreté en suivant des théories économiques libérales qui n’ont jamais été démontrées. La droite américaine ou française me semble plus dogmatique.

Pour l’immigration.

Parmi les idées politiques, je voudrais détailler ma vision de l’immigration, qui est devenu un point central du débat politique en Europe. « Chère vieille Europe, à quelle hauteur vas-tu ériger tes remparts ? Où vas-tu repousser tes nouveaux murs d’enceinte ? » chantait Bertrand Cantat. (Texte en ligne) J’ai toujours été favorable à une grande ouverture des frontières. Historiquement, toute culture se construit et évolue par les apports de populations extérieures. Le peuple français est héritier des Celtes, des Romains, des Grecs, des Germains, des Scandinaves et de tous les gens qui sont arrivés plus récemment. Pour moi, est Français ou Européen celui qui décide de joindre son destin au nôtre. Pour le pays d’accueil, c’est toujours un enrichissement de recevoir des gens imprégnés d’une autre culture avec une autre langue, une autre manière de penser et de voir les choses. C’est la diversité qui fait la beauté.

Bien sûr, cela suppose une certaine volonté d’intégration et d’accepter les règles du pays d’accueil. Je déplore ainsi le manque d’ouverture de certaines communautés qui vivent repliées sur elles-mêmes, où les gens ne font pas le moindre effort pour apprendre la langue après 20 ans sur place. L’introduction de certaines pratiques religieuses pose aussi problème. Je suis très hostile au niqab et à la burqa des femmes musulmanes. Qu’il soit imposé par le mari ou revendiqué comme un libre choix, c’est un symbole de soumission et de mépris de la condition féminine, qu’elles le veuillent ou non. Je vois ça comme une insulte faite à toutes les femmes qui se battent pour l’égalité. Je ne suis pas pour l’interdire mais je pense qu’elles ont tout faux. Je suis également assez réticent envers le hidjab, le voile simple voile dans les cheveux. Qu’une femme âgée porte le voile traditionnel, je n’y vois pas le moindre inconvénient, mais je suis désolé d’entendre des jeunes filles en faire un symbole identitaire et communautaire. Elles confondent au passage appartenance et identité ce qui est la porte ouverte au racisme.

La curiosité, les voyages et la culture.

Ma sensibilité sur l’immigration est la diversité culturelle est liée à mon idée de la curiosité. Laquelle explique également mon goût pour les voyages.

Je place la curiosité parmi les grandes qualités. Elle permet l’ouverture d’esprit, la tolérance et l’enrichissement culturel. Pour moi, quelqu’un de curieux c’est quelqu’un de bien. Mon orientation vers l’histoire et la géographie est lié en grande partie à cette curiosité. Cela me permet de voyager à travers le temps et l’espace et mieux comprendre mon environnement. (Je sers ce discours chaque année à mes élèves avec plus ou moins de succès. 🙂 )

Voyager dès que j’en ai l’occasion et rencontrer des gens d’autres cultures est toujours un grand plaisir. Cela me permet d’apprendre beaucoup de chose et de faire de belle découverte. Je trouve désolant de rester enfermé dans sa propre culture. J’aurais le sentiment d’être dans une cage. Une grande cage, luxueuse, mais une cage quand même. J’ai rencontré beaucoup d’étudiants étrangers pendant mes études à Clermont avec lesquels j’ai gardé d’excellentes relations. Les gens qui voyagent et vont à la rencontre des autres sont souvent des gens biens, ce que m’a démontré l’expérience.

Dans les rencontres, comme avec la culture je suis ouvert à tout. Je m’intéresse à tout et je ne rejette rien par principe. J’aime les bandes dessinées, la littérature, la musique classique, le heavy metal, l’art contemporain, les bas-reliefs antiques, le cinéma, les mangas, les séries télé, les documentaires… Rien n’est mauvais à priori même si je fais un trie à l’usage. J’aime peu le rap et certaines branches de l’art contemporain mais je n’en conteste pas la légitimité. Soyons clair, je ne conteste pas un genre en soit mais je ne place pas tout sur un pied d’égalité. Je pense que certains « artistes » mériteraient de croupir dans un légitime anonymat.

La musique, l’art et la cuisine.

La cuisine, l’art et la musique occupent une grande place dans mon existence. Je les tiens comme autant d’occasion de générer du plaisir. Ce qui sont déjà venus chez moi ont pu apprécier mon éclectisme : tentures indiennes, étoffes chinoises, poster de Klimt et de Renoir, cartes et bas-reliefs de la Mésopotamie, éventail calligraphié, tapis modernes et meubles clairs. Cela semble douteux comme ça, mais je pense que l’assemblage fonctionne. 😉 En cuisine et en musique, je suis également ouvert à tout. Je conçois l’une et l’autre comme des occasions de voyager. Quand je vais au restaurant, je vais systématiquement dans des restaurants exotiques : indiens, chinois, polonais, vietnamiens, japonais, cubain, libanais, africains, indonésien, tibétain (là je me suis fait avoir, il n’y a rien à bouffer au Tibet…) Quand je peux apprendre des recettes et découvrir de nouveaux produits, je le fais avec plaisir. Je vous conseille les annones ou pommes-cannelle qui sont devenues mon fruit préféré ; les bananes plantains, les patates douces, les gombos, le gingembre confit… Si vous souhaitez horrifier vos invités, je vous conseille la salade de méduse, disponible dans les épiceries chinoises. Au restaurant, vous avez les pattes de poules, le riz gluant aux haricots ou les intestins de cochons. Pour faire des blagues à vos collègues, vous pouvez apporter des cacahouètes enrobées de wasabi, de préférence pendant la pause café. L’effet est garanti. Vous pourrez dès lors séparer vos connaissances en amis et ennemis. 🙂 (Le wasabi est très intéressant d’un point de vue humoristique) Quand je rencontre des gens, il m’arrive un peu trop d’insister sur cette ouverture comme si je voulais prouver que je suis quelqu’un de bien. Cette mise en scène, fait partie de mon personnage fabriqué et doit être un peu ridicule parfois.

En musique, j’ai la même qualité ou le même défaut, je m’intéresse absolument à tout, parfois avec une pointe de snobisme. (Je pense ici à la musique inuit. Quand je passe ça à des copains, c’est vraiment pour faire le malin, pas par plaisir car cela ressemble à un vieux tracteur qui a du mal à démarrer.) J’ai une assez grande discothèque. Elle englobe à peu près tous les styles et tous les continents. J’ai une petite collection de musique classique et ancienne, des chants de l’antiquité grecque aux compositeurs contemporains, en passant par les chants grégoriens et la musique baroque. J’ai un peu de jazz, de blues et de rock. Ensuite, j’ai une grande collection de musique du monde : indienne, chinoise, japonaise, péruvienne, africaine, européenne et orientale. Cette musique permet vraiment de m’évader. Je n’ai jamais pensé que la culture française était un horizon indépassable. Même si je ne comprends pas les textes, la musique est universelle.

Je ne renie pas pour autant la chanson française. J’écoute toujours avec plaisir les grands classiques : Brel, Ferré, Brassens ou la nouvelle scène que je trouve extrêmement talentueuse. Parmi les artistes contemporains, outre Noir Désir qui est un peu dans l’ombre, j’ai une grande admiration pour Christophe Miossec. Je retrouve dans ses textes un mélange de poésie et de crudité avec des mots simples et percutants. Je peux presque l’écouter en boucle.

Dans mes moments de mélancolie, j’ai tendance à écouter une musique assez ténébreuse. Victor Hugo n’a-t-il pas dit de la mélancolie qu’elle était le bonheur d’être triste ? J’ai tendance à soigner le mal par le mal : un album de Gérard Manset, les suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach et un morceau de Mano Solo. Un des textes les plus touchants et mélancoliques que j’ai jamais écouté est la Danse du grand Wanapi de Philippe Léotard. Il aborde le détachement et les désillusions d’un homme (ou d’un animal) indifférent à tout, au bien comme au mal. J’avais déjà mis en ligne cette chanson dans un article. Je vous recopie ici le lien.

Le corps, instrument de la volonté.

La cuisine n’est pas uniquement une occasion de produire du plaisir par la satisfaction des sens. Elle concerne également le corps qui est lui même un sujet philosophique. Dans une logique utilitariste et épicurienne, une bonne cuisine ne doit pas générer de trouble et permettre l’autonomie. Épicure n’allait pas au-delà, moi je tiens à la saveur mais une cuisine savoureuse doit également être saine sur le long terme. Cela autorise bien sûr les incartades. Quand je mange un saladier de fraises avec mon père je peux assimiler en une journée la ration calorique mensuel d’un village de Chinois. Par contre, sur l’ensemble d’une année, je mange beaucoup de fruits et légumes, peu de fritures et de féculents. C’est une manière de joindre l’utile et l’agréable.

Je pratique le sport un peu selon la même logique. Je prends du plaisir à faire des randonnées et jouer au badminton, mais j’ai toujours en tête le bénéfice physique pour mon autonomie. Avec le footing, je suis dans une logique moins hédoniste. Le plaisir que j’en retire est très discutable mais il me permet de gagner en endurance, donc en autonomie. Je ne fais pas un culte du sport, du corps et encore moins de la compétition. Je pense que l’essentiel est de bien se sentir dans sa peau, d’avoir un corps adapté à son usage. Cependant, je pense qu’il est important d’entretenir des capacités athlétiques de vitesse et d’endurance. Le corps est l’instrument de la volonté. Un corps faible est une volonté sans moyens. Il n’est pas bon de haleter après cinq marches dans les escalier ou perdre contre un Breton au badminton.

Cette évocation des Bretons m’amène à évoquer le suicide. Non, je plaisante, les deux phénomènes sont indépendants, mais il me fallait une transition…

Le suicide et la « fuite en avant ».

(J’ai gardé le plus marrant pour la fin. 😉 ) Je pense que beaucoup de gens pensent au suicide à un moment ou à un autre de leur vie. Je ne crois pas au gêne du suicide évoqué par Nicolas Sarkozy. Réfléchir au suicide, avoir des pensées suicidaires et passer à l’acte sont trois choses différentes. À l’âge de 15 ans, j’avais une vision assez négative du suicide. Je voyais ça comme une démarche assez lâche, une manière de fuir l’adversité, le combat et de tout lâcher. Avec le pessimisme, au fil du temps, ma vision s’est inversé. Quel intérêt de vivre dans un monde comme celui là quand on est lucide ? Il faut de la détermination et du courage pour passer à l’acte ; ce que je n’avais pas.

Après avoir longuement réfléchi à la question, je pense qu’il ne s’agit ni de lâcheté, ni de courage. Pour commencer, je distinguerais deux types de suicide. Le premier est lié à un état de détresse, de déprime ou de dépression passager. On vient de perdre son boulot, la femme est partie, le fils est mort, c’est Noël, on est seul… On a pas toujours l’occasion de parler dans cas cas là, certains passent à l’acte. dès l’âge de dix ans si j’en crois les statistiques. Je pense qu’aucune de ces raisons n’est valable. Ils n’ont pas été capable d’assimiler et d’accepter ces événements de façon rationnelle. Pour beaucoup, ce sont des jeunes… des bêtises de jeunes. Au Japon, beaucoup d’adolescent se suicident pour échapper à la compétition ou parce que l’image du suicide est romantique. Je connais peu de raison aussi idiote de renoncer à la vie. Toutes ces morts seraient inutiles si leurs auteurs avaient eu la patience d’attendre quelques années pour prendre du recul et voir d’autres horizons.

Le deuxième type de suicide est un acte murement réfléchi, qui demande en général une plus grande maturité. Il s’agit de gens qui ont plus vécu, pesé le pour et le contre et qui ont décidé de jeter l’éponge. La société nous pousse à la cupidité, à la bassesse. Beaucoup de gens sont petits et mesquins et on les trouve partout. Il faut se battre, faire ses preuves, accepter des codes, des règles, sourire… Je comprends que l’on puisse avoir ce point de vue, puisque moi-même, l’idée m’a souvent traversé l’esprit. Les Stoïciens faisaient l’éloge du suicide selon une jolie formule : « On doit pouvoir quitter une pièce enfumée. » Cette maxime concerne à plus forte raison les personnes frappées de maladies dégénératives et incurables. La question de l’euthanasie en France est polluée par la morale chrétienne. « Le suicide est interdit par Dieu. Il faut souffrir pour gagner son paradis. » Quelle hypocrisie, quelle lâcheté…

Je ne pense pas commettre le suicide un jour. Je ne suis pas assez pessimiste. Le tragique n’est pas le pessimisme. J’aime trop la vie pour ça. Le suicide est un acte radical et définitif. Si un jour je n’en peux plus de cette vie et de la société occidentale, j’irai simplement voir ailleurs. Le monde est vaste, les vies à vivre sont nombreuses. Je nomme cela « la fuite en avant ». Il s’agit bien d’une fuite car je laisserais quelque chose derrière moi, mais j’irai de l’avant pour chercher autre chose. Quand je pense à ça, je me vois finir pêcheur dans les îles Marquises comme dans une chanson de Manset, « de vivre sans parole et d’apprendre à me taire ». Sinon, je pourrais faire de la maçonnerie dans les états perdus des plaines américaines ou travailler sur un porte-conteneur malais… À la fin de mon année de CAPES, je commençais un peu à céder sous la pression (pas sous le travail, la pression.) Je m’étais juré de partir en Afrique si je ratais le concours.) Je ne sais pas si je l’aurais fait, mais j’ai eu le désir, comme Rimbaud, d’aller trafiquer des armes en Éthiopie… Je plaisante, je serais parti enseigner en Afrique de l’Ouest, mais qui sait…

C’est fini pour l’instant. Si je devais disparaître demain dans un accident, ces écrits seront en quelque sorte mon testament intellectuel, une photographie de mes pensées à un moment donné. Allez, je joins une vraie photographie pour compléter cet autoportrait.

Image d'un instant dans ma 29ème année.

Souvenir d'un instant. 28 ans.

Si je disparais prématurément, que l’on grave sur ma tombe : « Il est mort avant d’avoir trouvé une épitaphe rigolote. »


4 Réponses to “La construction d’une vie philosophique.”

  1. On pourrait aussi considérer qu’une philosophie qui n’est pas mise en pratique par son auteur n’a pas d’intérêt. Cela peut être parce qu’elle n’a pas de rapport avec son existence – c’est juste un objet intellectuel. Cela peut être parce que l’auteur n’a pas envie de la mettre en pratique – généralement parce qu’elle n’est pas réaliste.

    Dieu n’est qu’une option. La grande affaire, c’est la croyance. Peut-on vivre sans croire, en ne s’appuyant que sur des faits et son expérience personnelle ?
     » Je pense que l’univers et la vie obéissent aux lois de la physique et de la biologie. » Je pense = je crois. Ceci est une croyance. Vous avez mis l’ordre naturel à la place de Dieu.

    Ce qui nous distingue de l’animal, c’est peut-être cet entêtement à vouloir donner un sens à la vie. Les arguments d’Epicure sont irréprochables, et pourtant inefficaces. Ils sont inefficaces, parce que des questions demeurent qui viennent de l’intelligence humaine qui prend en compte des éléments comme la justice, le sens, le libre-arbitre.

    Je faisais une recherche sur les sentiments. Quel est votre point de vue à ce sujet.

  2. – La philosophie conceptuelle et universitaire n’appelle pas vraiment de mise en pratique, elle n’est pourtant pas dénuée d’intérêt. En ce qui concerne la philosophie pratique, on peut questionner son auteur quand il fait l’inverse de ce qu’il prône.

    – Penser et croire ne désigne pas tout à fait la même chose. Bien sûr il faut préciser chaque acception. Penser consiste à exercer son esprit en combinant des idées. Les idées sur lesquelles je me base pour forger mon opinion reposent sur une certaine rationalité. Croire en revanche suppose que l’on parte d’un postulat indémontrable (ex. l’existence de Dieu) que l’on érige comme la base d’un système d’explication. Pour ma part, quand j’écris « je pense que l’univers et la vie obéissent aux lois de la physique et de la biologie », il s’agit d’une observation scientifique… Que je réviserais avec plaisir si une apparition impromptue ou de nouvelles découvertes me prouvaient le contraire.

    – Pour notre parenté avec les animaux, je ne vois jamais qu’une différence de degré, pas de nature. Notre entêtement à chercher un sens à notre existence, (en vain ?), notre capacité d’expérimenter l’art, la justice, la cruauté et la bonté est lié à notre intelligence. Là encore, d’un être humain à l’autre, cette approche sera très variable, selon le vocabulaire, l’éducation et le formatage neuronal.

    – Les sentiments : l’amour, la haine, la sympathie, l’antipathie… dépendent à mon avis de deux choses.
    1) Notre système de valeur. Je n’aime pas les racistes, les Bretons, les joueurs de curling… A priori, ces derniers devraient m’inspirer de l’antipathie, de la haine, des sentiments négatifs.
    2) Cependant, nos sentiments s’établissent également selon des facteurs psychologiques qui nous paraissent plus irrationnels. Pour une raison qui nous échappe, cette joueuse de curling bretonne va nous sembler irrésistible. Vous avez envie de la détester mais elle vous attire de façon incompréhensible.
    La tension entre l’inconscient et notre système de valeur peut amener des conflits de sentiments sur une même personne ou un même objet. On peut aimer sans le savoir quelqu’un que l’on fait mine de détester de toutes nos forces ou haïr la personne avec qui on a choisi de passer sa vie.

  3.  » La philosophie conceptuelle et universitaire n’appelle pas vraiment de mise en pratique  » C’est ce que je disais.
     » elle n’est pourtant pas dénuée d’intérêt  » Mais, pas d’intérêt pratique, donc.

     » Penser et croire ne désigne pas tout à fait la même chose. »
    Je n’ai pas dit ça. Vous vous placez sur un plan général. Je commentais une phrase précise. Et dans cette phrase précise, le « pense » était équivalent à « crois ».

     » notre capacité d’expérimenter l’art, la justice, la cruauté et la bonté est lié à notre intelligence. Là encore, d’un être humain à l’autre  » Oui. Mais tout porte à penser que les animaux ne s’occupent pas de tout ça. Donc différence fondamentale.

     » Notre système de valeur…….Cependant….plus irrationnels  » Notre système de valeur est-il si rationnel que cela ?
    Difficile de distinguer, selon moi, les valeurs des sentiments, même si, intuitivement, cela ne semble pas la même chose.
    Donner de la valeur, positive ou négative, n’est-ce pas aimer ou détester. Après on habille avec des raisons différentes.

  4. je viens de lire tes lignes …<

    Mon athéisme est total.

    J'ai été agnostique pendant plus de vingt-cinq ans. C'est en lisant la préface d'un livre, L'enseignement de Mâ Ananda Moyî que j'ai définitivement abandonné ce point de vue. Au cas où tu serais curieux …

    Q. La violence est-elle un très grand péché ?
    M. Le grand pécheur est celui qui considère son propre corps comme son moi réel.

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