Les authentiques tribulations du Grand Khan en Chine. Etape 1. L’arrivée et le Palais d’été.

Tout au long du mois d’aout, mes plus fidèles lecteurs auront suivi nos aventures trépidantes et hautement improbables dans l’empire du milieu. Bien qu’il suive le véritable trajet de notre voyage, ce récit reposait sur un certain nombre de spéculations et d’anecdotes imaginaires et humoristiques. Comme promis, voici aujourd’hui le récit authentique, saignant et moyennement drôle de nos véritables aventures.

Jour 1 : Le voyage et l’arrivée à Beijing (Pékin).

Avant même de partir, notre premier acte de courage ou de folie fut d’emprunter une compagnie russe pour nous rendre en Chine, en l’occurrence Aeroflot. En voyant le prix : 415 euros l’aller-retour, je me suis dit « Il doit y avoir un truc. » Il faut pousser l’avion au décollage, il n’y a pas d’hôtesse ou alors on va voler sur un Tupolev pourri des années 1960. Ce fut en réalité la première bonne surprise de notre voyage. Le service était irréprochable : Personnel souriant, repas de bonne qualité, peu ou pas de retard et avion en parfait état. L’organisation et l’amabilité des douanes russes fut en revanche plus contestable : Longue attente dans le désordre avant de se faire admonester par une matrone acariâtre. Pendant cette escale, nous avons sympathisé avec un coupe d’étudiants chinois qui rentraient au pays et un couple de Français originaires du Nord. Le copain chinois critiqua véhémentement le manque d’organisation russe, arguant que si la Chine faisait ça, elle ne pourrait pas se développer.

Nous arrivâmes à Beijing comme prévu en milieu de matinée. L’aéroport est plutôt spacieux et agréable. Après une rapide inspection sanitaire, nous quittons ce refuge climatisé pour la chaleur de l’été pékinois. L’atmosphère est lourde et saturée en humidité. Notre peau est moite sans faire le moindre mouvement et nos vêtements se collent à nous. Le ciel est d’un blanc laiteux assez inquiétant, totalement masqué par un mélange de brume et de pollution. Avec la fatigue et le décalage horaire, nous n’avons pas totalement l’impression d’avoir posé pieds à terre. L’achat des tickets de bus pour le centre ville fut notre premier contact avec les mœurs chinoises. Un seul guichet placé au milieu du trottoir devait pourvoir tous les passagers, lesquels se précipitaient vers l’unique officiant à coups d’épaules et le bras tendu avec la somme requise. Pour être clair, c’est la loi de la jungle. Là, j’ai repensé aux critiques de Xu devant les douanes russes et j’ai compris que c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. 🙂

Après une longue discussion dans un chinois sommaire et le guide à la main, nous finissons par monter dans le bus adéquat, ensevelis sous nos bagages. Le chauffeur nous déposa quarante  minutes plus tard au bord de la rue. Là, je dois avouer que nous éprouvâmes une sorte de solitude au milieu de la foule nombreuse qui nous entourait. Nous n’avions aucune idée de notre position. Nous nous tenions le guide à la main au milieu des rues bruyantes, sales et bordées d’immeubles gris. Un conducteur de pousse-pousse qui nous avait abordé parvint à nous indiquer la station de métro la plus proche. Le métro pékinois est un havre de paix et d’organisation dans une ville et un pays assez bordélique. Les noms de stations sont écrits en pinyin (avec l’alphabet latin), les couloirs sont propres et les lignes assez bien indiquées. Le côté le plus désagréable du métro pékinois, ce sont en fait les pékinois eux-même. Ils ont tendance à doubler systématiquement les gens pour acheter les billets, même quant il n’y a que trois personnes qui attendent. Sans un caractère conciliant et une certaine indifférence envers les affronts j’aurais eu recours à la violence dès le premier jour. Une fois sur le quais, la coutume est de rentrer dans le métro avant que les passager ne descendent. Certains parisiens font la même chose me direz-vous, certes, mais avec une fréquence bien moindre. Nous arrivons à notre hôtel en début d’après-midi, un peu K.O.. Il se situe dans un quartier de hutongs (petites ruelles), à l’ouest de la vieille ville. Le guide vantait le caractère pittoresque de ces quartiers aux vieilles maisons de briques. Au gré de nos déambulations, j’ai plutôt eu l’impression de m’égarer dans des bidonvilles, au milieu de maisons délabrées, au bord de rues sans trottoirs où les gens jettent des bassines d’eau. Notre hôtel était quant à lui assez joli et agréable. Il s’agissait d’une ancienne siheyuan, maison traditionnelle, aménagée autour de ses deux cours.

Une fois installés, nous avons passé un coup de téléphone à deux amis chinois que j’avais contacté sur Internet. Ils sont arrivés environ une heure plus tard. Ils ont commencé par nous offrir des cadeaux de bienvenue : Un miroir pour une amie commune, des boissons traditionnelles et un superbe jeu de pierres de go. Il s’agit de pierres yunzi typiquement chinoises. Les pierres noires sont opaques quand on les pose sur le plateau mais sont vertes à la lumière. Avec ma boîte de calissons d’Aix, je me sentais un peu mal à l’aise. Depuis l’antiquité, dans tout échange de cadeaux on doit veiller à un certain équilibre. On appelle ça le don/contre-don.Mon seul espoir de rétablir l’équilibre était de les inviter dans un bon restaurant. 🙂

Nous décidons d’aller visiter le palais d’été en leur compagnie. Nous partons en taxi pour une longue course au nord de la ville. Les taxis en Chine sont très bon marché par comparaison à l’Europe, même pour les chinois. Une petite course à Beijing coûte entre un et deux euros, parfois moins dans les villes de province. Le Palais d’été est une pure merveille d’architecture. Chaque porte, chaque bâtiment, chaque colonnade mérite le déplacement. Les bâtiments et les temples s’étendent autour d’un gigantesque lac artificiel où la moindre parcelle du paysage a été façonnée par la main de l’homme. Au cours de la promenade, un groupe de jeunes chinois me demande de les prendre en photos. Une fois la photo effectuée, ils m’ont rappelé pour poser en leur compagnie. Le premier d’entre eux vint se placer à côté de moi et me demandant de poser mon bras sur l’épaule, puis il est remplacé par le deuxième et ainsi de suite. Ça, c’est le côté le plus sympa en Chine. Beaucoup de gens sont très curieux avec les Occidentaux et nous demande quotidiennement de poser sur des photos. Après cette expérience, je suis immédiatement allé me moquer de Fabrice, qui, lui, n’avait pas été photographié. « Ah ! Ah! Tu vois, ici je suis connu. Je suis une star, comme Chuck Norris, alors que toi, personne ne te connait ! »

palais été soir

En sortant du Palais d’été, nous proposons aux amis de manger dans un restaurant de leur choix. Ils nous emmènent manger la grande spécialité de Beijing, le célèbre canard laqué. Je ne savais pas exactement comment était préparé cette spécialité. J’imaginais une sorte de canard rôti avec une sauce pimentée, plutôt sec. Il s’agit en réalité d’une préparation beaucoup plus compliquée. Le canard doit être nourri et cuit de façon très particulière. Il se déguste ensuite enroulé dans galettes de blé avec des morceaux de concombre, des oignons et une sauce mystérieuse. C’est le canard le plus tendre que j’ai jamais mangé.

Nous passons vraiment une bonne soirée en leur compagnie. Ils sont curieux et pleins de bienveillance. Nous nous séparons devant notre hôtel, au plaisir de les revoir.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur mardi 1 septembre 2009.

3 Réponses to “Les authentiques tribulations du Grand Khan en Chine. Etape 1. L’arrivée et le Palais d’été.”

  1. Carte reçue, merci!

  2. L’administration minutieuse russe est un « patrimoine » de l’époque communiste, si ce n’est pas le seul…

  3. En Russie comme en Chine, je pense que c’est plus profond, même si je connais moins la Russie. Il y a quelque chose d’ancré dans les mentalités et les perceptions. Une imprégnation ou un rejet inconscient. Je pense que la dictature s’attaque à la conscience d’un peuple à son âme, en particulier par la persécution et la mise au pas des élites. Après mon voyage, je pense que la Chine a été plus marquée que je ne le croyais. Elle mettra encore beaucoup de temps à s’en remettre, surtout si ce système politique perdure. Sa plus grande faiblesse est qu’il n’apprend pas au gens à se forger un esprit critique et prendre des initiatives. C’est rédhibitoire dans les sciences humaines et problématiques dans les sciences exactes. Quand au rapport à la consommation et au bien, c’est une locomotive lancée à pleine vitesse en direction d’un mur.

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