Récit improbable d’un voyage en Chine. Jour 11

Le paysage défile devant nos yeux avec indolence. Je crois que nous n’avons pas pris le train le plus rapide de l’histoire. Après le petit-déjeuner, Fabrice m’a proposé de faire un footing en courant à côté des wagons. J’ai poliment refusé, par crainte de vexer les cheminots si nous passions à côté de la motrice en leur faisant coucou avec la main. Nous arrivons néanmoins à Suzhou vers 9h30, conformément à l’horaire annoncé. Les immenses zones industrielles furent notre première vision de la ville. Suzhou symbolise parfaitement le développement récent de la Chine du littoral avec ses usines à perte de vue. Une autre vision s’offrit à nous à la sortie de la gare. Les eaux du Grand Canal longeaient paisiblement les allées arborées sur lesquelles des promeneurs profitaient du soleil matinal. Suzhou a été surnommée « la Venise de l’Orient » en hommage à ses multiples canaux. C’est une des villes les plus riches et les plus anciennes de Chine. Sa prospérité remonte à la dynastie Tang au VIe siècle après J.C. avec la construction du grand canal vers le nord. Suzhou s’enrichit également avec le commerce de la soie à partir du Xe siècle. Marco Polo y séjourna en 1276 et fut étonné par sa grandeur et sa richesse. Quand j’ai appris que l’auteur du Livre des Merveilles a laissé des commentaires sur Suzhou, je me suis senti obligé de laisser également une phrase pour la postérité. Et bien chers lecteurs, « le Grand Khan, qui séjourna ici en 2009, fut étonné par les bobs oranges des touristes japonais. »

Suzhou est également réputée pour ses jardins, façonnés et entretenus depuis des siècles. « Le Jardin de la Politique des Humbles » est clairement celui qui nous a le plus impressionné. Chaque partie du jardin constitue une sorte de tableau poétique mêlant l’eau, le jade et la végétation en de savantes compositions. Les groupes de touristes chinois qui traversaient le jardin avec des mégaphones ruinaient un peu la poésie mais ajoutaient une touche comique bienvenue. Après le repas, nous enchaînons sur le Jardin Liu un peu plus à l’ouest de la ville et de son dédale de canaux. Nous revenons ensuite au Jardin de la Forêt du Lion.


En milieu d’après-midi, nous décidons d’aller visiter l’étonnant musée de Suzhou qui se dresse au milieu des jardins. Ce musée est l’œuvre de I.M. Pei, l’architecte de la pyramide du Louvre dont la famille est originaire de Suzhou. Le bâtiment est un habile mélange entre l’art contemporain et l’architecture traditionnelle. Il s’intègre parfaitement dans son environnement. Nous arrivons devant le guichet pour prendre un billet. Le réceptionniste est un grand gaillard filiforme coiffé d’un petit chapeau bleu. Il me regarda d’un air inflexible et me montra la pendule et les horaires du musée. Le musée fermait à 17h00 mais la billetterie s’arrêtait à 16h00. Je regardais la pendule accrochée au guichet. Elle indiquait exactement 16h01. Qu’à cela ne tienne, je lui fis un petit signe de la main et je décrochais la pendule du guichet. En tournant la molette, je réglais l’heure sur 15h59 et je remettais la pendule à sa place. Je me tournais alors vers le gardien et je lui annonçais, pareil à Chuck Norris, « je ne porte pas de montre car je décide de l’heure qu’il est ! » En scrutant mon regard, il vit la détermination ardente d’une coulée de lave qui s’avance sur un fétu de paille. Il me fit un signe de la tête et me tendit les deux billets. Le musée possède de belles collections archéologiques mises en valeur par une muséographie de qualité. J’ai spécialement apprécié les calligraphies du premier étage. Il y a dans la peinture chinoise une sobriété et une pureté qui me rappelle les paysages des montagnes jaunes.

Peu après le musée, nous avions rendez-vous avec Julie, une amie chinoise qui habite à Suzhou, ou plus précisément l’amie d’une amie. Je l’avais rencontrée une fois à Angers quand faisait ses études. J’en avais le souvenir d’une jeune femme dynamique et curieuse. Nous avions rendez-vous devant le temple Xuan Miao, dédié à la religion taoïste. J’étais curieux de voir à quoi ressemblait le culte et comment il pouvait s’articuler avec la philosophie. Je m’intéresse depuis plusieurs mois à la philosophie taoïste, dont le principe du non-agir, le wu-wei, est une grande source d’inspiration pour les fonctionnaires et les membres du Parti Mou. 😉 Plus sérieusement, je vous recommande L’esprit du Tao de Jean Grenier, le professeur d’Albert Camus, avant de vous lancer dans les grands classiques de Lao Zi et Zhuang Zi. La religion taoïste est largement inspirée des maîtres anciens mais elle leur adjoint beaucoup de superstitions. Oh, je sais bien que mes chères lectrices croient aveuglément ces légendes, mais ces mythes vous abusent !

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~ par L'éphémère du crépuscule sur jeudi 6 août 2009.

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