La baisse du pouvoir d’achat ou les sept larmes du consommateur.

Mes chères lecteurs, l’âge des ténèbres et de la paupérisation dans lequel nous sommes entrés il y a quelques années, pareils aux condamnés qui s’avancent dans le froid, levant douloureusement ses pieds endoloris pour gravir l’échafaud commence à me faire doucement rigoler.

Si j’en crois les médias et les déclinologues patentés, nous serions entrés dans les pires âges de notre histoire, où le peuple opprimé en est réduit à manger des rats et recycler de vieux téléphones portables pour vivre dignement. Avons-nous abandonné tout sens de la mesure pour nous apitoyer sans cesse sur nos petites angoisses d’Occidentaux repus ? Avons-nous abandonné toute proportion, tout recul pour confondre la frustration avec la réelle souffrance ?

Lors de la dernière campagne présidentielle, une journaliste allemande faisait remarquer qu’elle n’avait pas entendu une seule fois le mot « misère » pendant la campagne. Il avait été remplacé par « le pouvoir d’achat ».  La misère, c’est précis : ce sont des gens qui n’ont pas les moyens de manger à leur faim, qui n’ont pas de toit pour se loger, qui n’ont pas de quoi se vêtir. Le pouvoir d’achat : ce sont des consommateurs frustrés qui sanglotent devant les derniers portables 3G ou devant cet horrible sac Vuitton qu’on voit dans les magasines.

La France n’a jamais été aussi riche de toute son histoire. Les Français n’ont  jamais eu un tel train de vie. Les loisirs n’ont jamais eu une place aussi grande dans nos dépenses. Peu importe si ce mode de vie épuise les ressources  planétaire au delà de toute progression raisonnable. Peu importe si des milliards d’être humains doivent se contenter de peu pour nous permettre de consommer. Or, depuis quelques années, la fuite en avant s’est légèrement ralentie. La consommation stagne et le morale décline. Les médias nous ont convaincu qu’une multitude d’objets de consommations sont indispensables pour donner un sens à notre vie. Celui qui ne peut plus acheter se trouve en marge de la société de consommation, donc de la société tout court.

Notre nouveau maître n’est pas Nicolas Sarkozy, le grand capital ou quelque puissance maléfique tapie dans l’ombre. Le maître qui pourrie notre société et notre propre cupidité, le renoncement à notre libre arbitre devant les écrans publicitaire.

« Soyez résolus de ne servir plus, disais La Boétie, et vous voilà libre. » L’économie stagne ? Et alors ? La consommation diminue ? N’est pas une bonne chose ? Nous devrons tôt ou tard renoncer en partie à notre mode de vie, de gré ou de force. Réduisons dès maintenant notre train de vie et les dépenses inutiles, vous verrez que la crise du pouvoir d’achat n’est que le caprice d’un enfant  gâté qui réclame un jouet à la devanture d’un grand magasin.

Quand nous aurons enterré ce sujet de débat à la con, nous pourrons enfin nous concentrer sur le vrai problème de la misère, de la malnutrition, de la précarité et de l’exploitation moderne. Le problème du développement durable, du partage des richesses et des règles du jeu de l’économie libérale. Ceux qui pleurent sur la baisse de la croissance et de la consommation ont perdu depuis longtemps le sens  commun. Comment nous voulons concevoir notre vie dans les décennies à venir ?


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~ par L'éphémère du crépuscule sur mardi 28 octobre 2008.

2 Réponses to “La baisse du pouvoir d’achat ou les sept larmes du consommateur.”

  1. renoncer… quel mot doux à mes oreilles ! Grand Khan, voilà un texte vivifiant qui me met en joie en ce matin de vacances 🙂

  2. Le vrai maître est le Nicolas Sarkozy qui est en chacun…

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