La morale à l’école et dans la société.

Le retour de la morale à l’école fait partie des dernières idées fracassantes de notre président en matière de pédagogie. Vous me direz, ce n’est pas une mauvaise, idée, car tout le monde sait que les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus aucune moralité…

 

Depuis lundi, je m’habille donc en noir, pareil aux hussards de la troisième République, prêt à inculquer la morale et le patriotisme à nos chers enfants. En effet, la marseillaise et les symboles nationaux doivent être remis en exergue dès l’école primaire.

 

Cependant, depuis quelques semaines, une question troublante m’occupe l’esprit : de quelle morale parlait exactement Nicolas Sarkozy ? Est-ce la morale des philosophes, des pères de l’Eglise ou des vieux notables campagnards. Le discours sur la religion qu’il a tenu à Ryad, capitale de l’Arabie Saoudite berceau du Wahhabisme* m’a plongé dans un abîme de perplexité… Je commence à me demander s’il ne parlait pas de la morale de Saint-Augustin et Saint-Thomas d’Aquin.

 

Mais avant d’aller plus loin, réfléchissons à une définition de la morale. D’après le dictionnaire, la morale désigne « l’ensemble des règles de conduite considérées comme bonne de façon absolue. Elle permet de séparer le bien du mal. » Parfait, les enfants en ont bien besoin, c’est comme le calcium et les vitamines.

 

Question suivante : qui définit ce qui est bien « de façon absolue » ? En Europe, les deux testaments servent de référence naturelle à la définition du bien et du mal. Les bons pères ont inculqués ces valeurs dans la conscience collective après des siècles d’endoctrinement. Ma mère a été éduquée dans un orphelinat religieux jusqu’à l’âge de onze ans. Elle a appris à son corps défendant à différencier le bien du mal sous les brimades et les humiliations permanentes des bonnes sœurs. Chaque semaine, elle allait voir le curé pour confesser ses fautes, douce culpabilité que l’on inculque aux enfants. Ne sachant trop quoi dire semaine après semaine, elle cru bon de répéter le liste des sept pêchers capitaux qu’elle avait lu au catéchisme. « pardonnez-moi mon père car j’ai pêché. – Quels sont tes péchés ma fille ? – L’avarice, l’orgueil, la luxure… Là, le père l’a regardée avec effarement, avant de comprendre qu’elle ne comprenait pas ce qu’elle récitait.

 

Croyant ou non, il est difficile d’échapper totalement à cette morale religieuse. Notre société en est totalement imprégnée. Les journaux, la télé, nos parents nous transmette souvent sans le savoir cette morale qui pour nous devient ce « bien absolu » dont parle le dictionnaire. Nous dénonçons pèle-mêle l’adultère, la paresse et la gourmandise sans songer un instant que ces comportements ne relèvent en aucun cas du « mal absolu » mais bien d’un choix personnel dont la connotation a varié selon les civilisations et les époques.

 

La civilisation Khmer, la Mésopotamie, Rome, bénéficiaient d’une grande liberté sexuelle. On acceptait les relations libres, l’homosexualité et la prostitution, même si on plaignait parfois le destin des prostituées. Aujourd’hui, la prostitution et l’adultère sont extrêmement répandus, mais nous les dénonçons par hypocrisie et par habitude. Personnellement, je ne fais pas usage de ces libertés, mais je considère qu’il s’agit d’un choix ou d’un désir personnel. La reconnaissance de la prostitution permettrait en particulier de protéger les hommes et femmes qui pratiquent cette activité et payent des impôts sans bénéficier d’aucune protection. Tant que nous fermons les yeux avec hypocrisie, nous laissons le champs libre aux trafiquants d’être humains qui dirigent cette économie parallèle.

 

On peut maintenant se demander comment définir une morale qui échapperait à une certaine imprégnation religieuse qui semble revenir à la mode. Pendant les vacances, je suis tombé par hasard sur « la morale anarchiste » de Kropotkine. (J’avoue, j’ai commandé les mémoires de Sylvie Vartan sur Internet et j’ai acheté ce livre pour profiter d’une réduction sur les frais de ports.)

 

Dans l’introduction, Kropotkine dénonce l’idée saugrenue des anarchistes qui rejette la morale au nom de l’anticléricalisme. Cependant, il dénonce tout autant la morale religieuse qui repose sur la culpabilité, la superstition, et la promesse de l’enfer ou du paradis. Il récuse également la vision manichéenne d’un petit ange et d’un petit diable juchés sur l’épaule qui conseillent bonnes ou mauvaises actions. Kropotkine défend une morale universelle basée sur l’observation de l’histoire et du monde animal. Pour lui, la morale consiste à traiter les autres comme on voudrait qu’il nous traite. Agir selon la moral consiste à traiter l’autre comme son égal. Ici, on est loin de la morale religieuse qui montre du doigt le vagabond, la prostituée, l’homosexuel, présentés comme des asociaux ou des malades mentaux. La morale consiste également à faire ce qui est bon pour la communauté. Pour lui, ce comportement est commun à l’humanité et au monde animal. Si son observation des fourmis est parfois un peu naïve et discutable, ce point de vue est intéressant à l’aune de notre individualisme. Pour Kropotkine, cette morale ne doit pas être enseignée comme une leçon répétitive et aliénante. Elle doit se transmettre par l’exemple patient et la démonstration.

 

Pour en revenir au sujet de départ, je ne suis pas sûr du tout que les enfants manquent de morale. Ils ont souvent plus de morale que bien des banquiers et des courtiers en crédits immobiliers. J’ignore comment et quelle morale on va inculquer aux enfants de primaire. J’ignore si c’est l’homme au langage fleuri qui dirige notre pays qui va rédiger lui même ce manuel de moral pour les enfants. Il faudra vraiment rédiger le Ruhnama pour guider les âmes. 🙂 Ou alors il voulait parler de l’éducation civique, qui a été rétabli au collège par Jean-Pierre Chevènement en 1985… Chaque jour apporte sa nouvelle surprise. Je suis impatient de connaître la prochaine grande idée de notre président.

 

N’hésitez pas à publier vos commentaires sur les points qui méritent débat. Cordialement.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur mardi 26 février 2008.

6 Réponses to “La morale à l’école et dans la société.”

  1. Et bien , je trouve que d’inculquer à nos jeunes, une morale laïque, l’instruction civique, le savoir vivre, les bonne manières,le calcul mental, la lecture et l’orthographe n’est pas accessoire dans leur éducation, avant qu’ils ne deviennent banquiers ou courtiers…..

  2. Je ne suis pas contre enseigner une certaine morale laïque. Je pense que cela se fait déjà en grande partie.
    En primaire, l’apprentissage des règles de savoir vivre et de respect des autres occupe une place importante. Au collège, les élèves ont des cours d’éducation civique où ils abordent des notions de solidarité, d’égalité, la justice, les droits et les devoirs. Ensuite, ils étudient le fonctionnement de la république, l’origine des symboles, l’élaboration des lois…

    Quand Nicolas Sarkozy parle de morale à l’école, je ne pense pas qu’il parle de morale laïque. Je pense qu’il fait référence à un mélange de civilité et de patriotisme. Apprendre la marseillaise et les symboles nationaux dès l’école primaire ne présente pas un grand intérêt. J’ai l’impression qu’il veut inculquer aux plus jeunes une sorte de dévotion républicaine qui est sensée empêcher les jeunes de brûler des voitures et de se révolter. Comme de nombreuses réformes en cours, les tirades de Nicolas Sarkozy sur l’éducation me semblent relever d’une grande part d’improvisation voire d’amateurisme.

  3. Il faut d’abord éduquer les parents! et changer l’environnement social! Y en a qui croit encore que l’institution peut tout faire! ça me fait penser à ceux qui veulent à tout prix intéresser les jeunes de banlieue à l’opéra, mais même si c’est gratuit, ils ne viennent pas!

    ps:
    Je suis surtout pour l’apprentissage du calcul mental…

  4. Je suis d’accord. Il n’y a que les Auvergnats qui vont à l’opéra quand c’est gratuit. (Même s’ils n’aiment pas l’opéra d’ailleurs.)

  5. L’histoire vraie:
    le directeur d’opéra de Paris a donné des invitations aux femmes de ménage de l’opéra, le soir de la représentation, les places restent vides, quand le directeur demande la raison de leur absence, elles disent que ce n’est pas qu’elles ne sont pas venues, mais quand elles sont à l’entrée, elles pensent qu’elles n’ont pas leur place ici, même si elles ont l’habitude des lieux.

    j’en ai vu, celles qui gardent leur manteau de fourrure pendant tout le spectacle (4h), à 20 degrés, il faut le faire!

  6. 20° c’est pas assez pour rester assis 4 heures! les femmes de ménage n’ont pas de manteaux de fourrure, c’est pour cela qu’elles ne viennent pas.
    Enfin, c’est mon hypothèse.

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