Philippe Léotard, la danse du grand Wanapi.

Ces derniers temps, dans mes accès de mélancolie, j’écoute abondamment les derniers albums de Philippe Léotard. (Philippe hein… pas François.) Les gens se souviennent souvent de l’acteur au visage et à la voix marqués par la vie, qui insufflait une grande justesse dans chacun de ses personnages. Cependant, beaucoup ignorent totalement ses écrits poétiques et son œuvre musicale. Pire encore, depuis sa mort en 2001, ses œuvres ont presque sombré dans l’oubli… alors que Mike Brant et Claude François continuent de nous casser les oreilles à la radio…

Philippe Léotard a mené une vie romanesque, passionnée et sans limite, maquée par la drogue et l’alcoolisme. À 18 ans, il s’engage dans la légion étrangère. Trois ans plus tard, il commence des études de lettres classiques à la Sorbonne puis obtient l’agrégation. En 1964, il se lance dans le théâtre puis le cinéma en 1970 et enfin la chanson dans les années 1990. Dans la dernière phase de sa vie, il a produit 4 albums exceptionnels :

· 1990 – À l’amour comme à la guerre

· 1994 – Philippe Léotard chante Ferré

· 1996 – Je rêve que je dors

· 2000 – Demi-mots amers

De mon point de vue, son premier album est le plus réussi, le plus touchant, peut-être le plus travaillé. Pour être franc, si je devais emmener 12 albums sur une île déserte, je crois qu’il en ferait partie. L’association du jazz à une poésie crue et ciselée récitée avec une diction impeccable a toujours capté mon attention dès les premières notes. (J’ai d’ailleurs choisi cet album pour me réveiller ces deux dernières semaines. Le problème c’est que je reste trente minutes au lit pour écouter les 7 premiers morceaux… Je commence à m’inquiéter quand j’entends « Monsieur le Vice-consul de France à la Plata ».) 😉

La chanson titre de l’album, « À l’amour comme à la guerre » est un des morceaux que j’écoute avec le plus de plaisir. Elle raconte les errances d’un aviateur qui aimerait suivre les bouleversements du Monde le long de la route de la soie, « regarder de très haut les seigneurs de la guerre, ébranler la terre. Sur les pas de Marco Polo, retrouver Mao. J’aimerais m’envoler vers Paris la nuit, jusqu’à frôler la Tour Effel, du bout de mon aile. » Sur la chanson d’origine « mon cœur et le Monde bougent, il a ajouté les commentaires d’un homme qui commente avec sa vie avec poésie et lucidité.

Une autre chanson très touchante, pour moi, vient de son troisième album « Demi-mots amers. » La danse du grand Wanapi. Je ne sais pas exactement d’où vient ce grand Wanapi, s’il s’agit d’un grand Cerf imaginaire qui brave les hommes avec ostentation, ou plus simplement s’il s’agit de Philippe Léotard. Ce texte exhale une sorte de mélancolie, de pessimisme et de détachement dans lequel on aimerait plonger pour se protéger totalement de la société et de la souffrance…

Je suis sans haine et sans drapeau
Je n’ai pas de respect pas d’insolence
Je ne suis ni petit ni obscur ni sans grade
Je ne suis pas secret je suis invulnérable

Je ne crains rien de ce qui vient de vous
Demain est plein de souvenirs
J’ai déjà oublié ce qui me reste à vivre

Je ne crains rien de ce qui vient de vous
Je le sais déjà
Cela sera pire

Je ne suis que refuge à
Ce que je ne vis pas de vous

Sans tenir compte d’aujourd’hui
Je m’apprête à ce que je suis
Et mon indifférence est telle
Que l’amour même y peut loger

Je suis sans haine et sans drapeau
Je n’ai pas de respect pas d’insolence
Je ne suis ni petit ni obscur ni sans grade

Je ne crains rien de ce qui vient de vous
Je le sais déjà
Cela sera pire

Je ne suis que refuge à
Ce que je ne vis pas de vous

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~ par L'éphémère du crépuscule sur lundi 26 novembre 2007.

13 Réponses to “Philippe Léotard, la danse du grand Wanapi.”

  1. Merci de votre visite sur mon blog et de vos commentaires.
    Très beau texte que le votre.
    Vous vous interrogez sur « Wanapi ».
    Je vous conseille de poser la question à Philippe Servain, qui composa avec lui, fut son accordéoniste etc …
    Vous trouverez le lien pour joindre Ph. Servain sur mon blog au dessus de la photo de Philou. Vous pourrez ensuite le joindre par mail.
    Merci.
    Florentine.

  2. Merci à vous,
    Je vais essayer de le contacter.

  3. @ Herbert

    Je ne le connaissais que du fait qu’il s’était proclame « ministre de la défonce ». Merci pour le rappel .

  4. C’était à l’époque où son frère était ministre de la « défense ». Mais je ne sais pas lequel des deux buvait le plus… vu le résultat.

  5. Je sais plus qui avait dit au sujet des frères Léotard : « Il y en a un qui boit et l’autre qui devrait »

  6. Hum…je ne sais pas si je vais oser…car en même temps ça va rajouter de l’eau au moulin de Big K pour se moquer doucement du Berrichon Masqué…oh et puis tant pis va…ta superbe citation, cher chevelu long, est de….LAURENT RUQUIER!!!!!! Moi qui pensait avoir affaire à un éminent humoriste socialiste (en même temps, est-ce que ça existe??? :p) ben non c’est juste de Ruquier…je suis déçue pour le coup…..:)

  7. C’est quoi ces a priori ?
    C’est pas parce que c’est de Ruquier que c’est forcément mauvais
    et puis pourquoi me caser parmi les socialistes ? à cause des cheveux longs ?

    éh éhé ! attend d’être démasqué(e) Shakespeare… gniark gnairk

  8. Ce n’est pas toi que je casais dans les socialistes (on ne se connait pas assez pour cela) et encore moins dans les humoristes (et toc! :p ) mais comme cette réflexion visait les Léotard et que le frère de l’autre était un homme politique de droite, je pensais que c’était forcément quelqu’un de gauche qui devait avoir dit cette phrase…tu suis le raisonnement?

    Quant à mon masque…je n’en reviens pas qu’il ne soit pas encore tombé….!!!

  9. Cela fait un moment que je t’ai reconnu ! Je sais que c’est toi Bernard ! Mon sens de la déduction est infailible 😉

  10. Quelle perspicacité Big K.!!! Je loue ton sens aigu de l’analyse et de la déduction! Damned, moi qui pensais pouvoir longtemps faire le malin…..
    Je m’incline devant le maïtre!

    Bernard (ou Bernardo?)

    PS: uh uh uh…..

  11. […] 5 décembre 2007 at 23:59 (Musique, Poésie)    Il y a quelques jours, j’ai rédigé un hommage à Philippe Léotard dans lequel je faisais part de mon affection pour ce chanteur. Voici un de mes titres préférés […]

  12. Bonsoir et merci pour ces lignes. J’ai sombré dans Philippe Léotard il y a quelques semaines et je n’arrive pas (mais je tiens à ne pas me soigner) à écouter quelqu’un d’autre, tant que ses mots ne m’auront pas pleinement impregnée. Je ne sais pas si vos réveils sont toujours aussi longs (c’était quand même dit il y a un peu plus de 2 ans) mais ça m’a fait sourire parce que il m’arrive le même phénomène le soir. Je ne m’endors pas avec parce qu’il me happe, que je l’écoute et quand l’intégralité de ses 3 albums (je mets celui où il chante Ferré un peu à part) se sont déroulés, je ne dors toujours pas. Au contraire.
    Pour la danse du grand wanapi, le pessimisme je ne sais pas. Je ne sens pas vraiment de pessimisme chez Léotard, plutôt une grande justesse et une grande lucidité sans pour autant se détacher de ce qu’il est. Je vois cette chanson comme un type qui refuse la règle du jeu qu’on nous fait croire qu’il faut suivre pour être dans la vie et être au monde, et qui a créé sa défense, ses endroits de lui où il sera invulnérable. Vos guéguerres futiles ne sont pas les miennes et vous ne pourrez pas m’y contraindre et je ne vous ferai pas le plaisir de m’échapper pour autant du monde. En fait, je trouve Philippe Léotard ni pessimiste, ni triste mais apaisant, profondément apaisant.
    Et je m’arrête là parce que je pourrai encore continuer des heures…

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