Le Tour de France par deux enfants. Episode V) L’Aquitaine.

Les épisodes précédants sont visibles dans la catégorie « voyages » à droite.

CHAPITRE V. L’Aquitaine.

Quand Marcel et Joseph débarquent à Saint-Jean de Luz, ils sont accueillis par les senteurs exotiques du Midi : Un mélange de thym, de romarin, d’anis étoilé et de crème solaire. L’été finissant embaume le Pays Basque dans sa douceur. Une brise iodée caresse leurs visages jadis burinés par la misère et le soleil darde ses rayons du soir qui tamisent le port d’un voile orangé diaphane. Les deux frères savourent ce moment de paix entre deux tempêtes. L’avenir est incertain mais le présent est doux. Les deux Picards n’avaient jamais contemplé semblable cité. Les murs de pierres ocre exhalent la chaleur accumulée pendant le jour, surmontés de toits rouges comme les piments de l’enfer. Les femmes sont vêtues de robes légères et les messieurs de pantalons colorés. Saint-Jean de Luz s’étend entre la montagne et la mer, profitant des bienfaits de chaque univers : l’ouverture maritime sur le monde et l’intelligence légendaire des Montagnards. Les Basques incarnent parfaitement cette fusion subtile de toutes les vertus. Avec les Bretons, ils ont écumé toutes les mers du Monde, de l’embouchure du Río de la Plata aux rivages de Terre Neuve. Comme les montagnards des Alpes, ils ont gardé avec courage et détermination les vallées sacrées de leurs ancêtres… Hum, à bien y réfléchir, je me demande s’ils n’ont pas aussi accumulé les défauts des uns et des autres : L’alcoolisme et les maladies vénériennes des Bretons associés au crétinisme congénital des Alpins… En explorant la ville, Marcel et Joseph comprennent rapidement que les Basques ne sont pas des gens comme nous. Enfin surtout comme eux, puisque personnellement je ne suis pas Picard. Les Basques eux-mêmes revendiquent cette différence. La langue basque est une de plus originales d’Europe. Elle n’appartient à aucune des grandes familles linguistiques du continent. Jadis, nous l’avons crue totalement isolée, issue d’une société néolithique. La racine « pierre » présente dans de nombreux mots et des métaphores imagées plaidaient pour cette hypothèse. Par exemple, le verbe “séduire” se traduit par “assommer avec un gourdin et tirer par les cheveux”. Enfin, il suffit de regarder la tête des Basques pour comprendre qu’ils vivaient dans des cavernes il n’y a pas très longtemps. Cependant, les linguistes penchent actuellement pour une origine finno-ougrienne, ce qui ferait du basque un lointain cousin du finnois et du magyar, parlés respectivement en Finlande et Hongrie. En dehors de la langue, la culture basque repose sur toute une série de caractères extraordinaires : L’accessoire le plus emblématique est bien entendu le béret basque. Son origine remonte au Moyen Âge quand les farouches bergers pyrénéens posaient sur leur tête le foie des ennemies vaincus en signe de triomphe. (Si j’en crois l’encyclopédiste Cavanna, d’après son dictionnaire : Le saviez-vous). En dehors d’arracher le foie des touristes, les Basques ont d’autres loisirs originaux, au premier rang desquels la pelote basque. Pour le décrire rapidement, c’est un sport de mémé et de jeunes filles qui se pratique avec une chistera (nom basque d’une aiguille à tricoter). La pelote basque est Le sport de feignant par excellence, à tel point qu’il est pratiqué même au Mexique. Sur le plan culinaire, les Basques ont plusieurs spécialités tout à fait fameuses. La première est l’ours à la sauce ravigote et au fromage de brebis. Hélas, depuis quelques temps, le nombre d’ours pyrénéens est en chute rapide malgré les réintroductions successives de plantigrades slovènes. Plusieurs associations de restaurateurs militent pour la réintroduction de nouveaux spécimens pour sauver les recettes du terroir. Les fromages de brebis sont la deuxième grande spécialité de la région. Bien sûr, contrairement aux fromages auvergnats, ce sont des fromages sans saveur et insipides. Pour en relever un peu le goût, les Basques mangent le fromage avec de la confiture de cerise noire. C’est un cas tout à fait surprenant d’acculturation par la cuisine de Marzi sur les montagnes pyrénéennes. Si le fromage manque toujours de goût après l’avoir badigeonné de confiture, il reste toujours le piment d’Espelette. Le piment a été importé au Pays Basque par un compagnon de voyage de Christophe Colomb revenant des Amériques. Dans le nouveau Monde, les Aztèques utilisaient le piment avec les fèves de cacao pour faire le xocolatl « l’eau amère » qui a donné le mot chocolat. Hélas, cette recette avant-gardiste ne rencontre pas le succès escompté. Les Basques le saupoudrent d’abord sur le jambon de Bayonne, le boudin puis toutes les charcuteries. Le piment remplace progressivement le poivre, puis avec le temps il remplace même le sucre dans les pâtisseries et les yaourts bulgares. D’un point de vue gustatif, le piment basque se classe entre le piment doux et le piment de Cayenne. Cette douceur permet d’utiliser le piment dans les gâteaux et habituer en douceur les petits enfants dès le bas-âge. Par ailleurs, cette culture imprime sa marque sur le paysage, quand, la cueillette achevée, les façades se parent de cordes chargées de piments. Une étrange coïncidence veut que les Hongrois, apparentés par la langue partage également cette passion puisque le paprika des rives du Lac Balaton est séché de la même façon.

En dehors de la pelote et du piment, la culture locale s’épanouit grâce aux célèbres jeux de force basques. Alliant la force du corps à celle de l’esprit et de l’intelligence, ces joutes mettent aux prises des colosses mal dégrossis qui ont pour but de balancer devant eux des troncs d’arbre qui ne leur ont rien fait. C’est un peu le même principe que les festivals Red necks au Texas mais en moins spirituel. On coupe des troncs à coups de hache, on tue des vaches à coup de poing et on se bagarre dans la boue. Au Texas, les Red necks ou « cous rouges » sont de vrais mâles avec une casquette et des gros bras, tandis que les bucherons basques sont un peu efféminés. Ce qui parfois n’est pas un tort… D’ailleurs, le Rugby est un sport très populaire dans le pays Basque et dans toute la région Aquitaine.

Marcel et Joseph sont enchantés par le Pays Basque. Son climat et ses traditions les bercent d’exotisme et ses habitants leur rappellent tendrement la Picardie. Pour découvrir l’âme du Pays Basque, ils décident de faire une randonnée dans les Hautes-Pyrénées en compagnie d’un jeune guide dénommé Bixente Harinordoquy. Ils découvrent les marmottes, les chamois, les dahus et bien sûr les gypaètes barbus. Nos deux orphelins sont émerveillés par la montagne grandiose qui se dresse face à leurs regards. Soudainement, sans le moindre signe annonciateur, un hurlement monstrueux s’éleva du fond des vallées faisant trembler les branches avec fracas. Les oiseaux s’égaillèrent dans les cieux en poussant des pépiements d’effrois et que les rongeurs plongèrent au dans leurs terriers imités à peu de chose près par les deux Picards. Au milieu de cette panique, Bixente se tenait droit et fier comme Artaban, une main sur le cœur. En tenant son béret. «Ça, dit-il avec un léger sanglot dans sa voix rocailleuse, ce sont les chants basques, l’âme de ces montagnes. » Il est difficile de d’imaginer une chorale de chants traditionnels du pays basque. Il faut le voir de ses propres yeux… Imaginez tout un groupe de « Lories » avec des bérets basques et l’accent du midi et vous aurez une petite idée. Bixente était plein d’enthousiasme. « Venez les amis, nous allons les rejoindre et je vous les présenterai. Vous pourriez même faire partie du groupe. » À cet instant, une ombre voila le regard des deux Picards. « C’eut été avec plaisir, malheureusement, nous sommes attendus à Bordeaux chez une vieille tante presbyte qui a besoin de notre aide ». Sans attendre la réponse, ils s’enfuient à toutes jambes dans la direction opposée à la chorale.

Ils quittèrent le Béarn en direction du nord Aquitain. Ah, l’Agenais, le Périgord et le Bordelais ! Tous ces noms sonnent favorablement à l’oreille du gastronome… Terres du foie gras, des huîtres d’Arcachon, des magrets de canards, des truffes, des pruneaux d’Agen, le Monbazillac, le Sauternes… On trouve ici l’essence de la culture française. La légende raconte même que certains Saint-Émilion et Château Margaux pourraient rivaliser avec les vins d’Auvergne. Les produits du terroir gascon sont réputés bien au-delà du bassin aquitain. Les touristes viennent de toute l’Europe pour découvrir la gastronomie au cœur des bastides médiévales dressées sur les collines ensoleillées. Habitués tous petits à la cuisine du terroir, les Aquitains sont souvent blasés. Dès qu’ils le peuvent, ils se nourrissent exclusivement de cassoulet en boîte et de nouilles chinoises instantanées. De même, si on leur donne le choix, ils préfèreront une bonne bouteille de coca à un Mouton-Rothschild 1979, finalement assez insipide. Marcel et Joseph travaillent un moment comme bourreliers pour gagner de quoi manger. Ils traversent toute la région depuis les Landes jusqu’à la Dordogne avant de bifurquer vers le sud pour rejoindre la vallée de la Garonne. Lassés du cassoulet en boîte et des nouilles lyophilisées, ils décident de rejoindre la région Midi-Pyrénées en longeant le fleuve. « Peut-être aurons-nous l’occasion de manger du vrai cassoulet là-bas », conclut Joseph en franchissant la frontière.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur lundi 22 octobre 2007.

9 Réponses to “Le Tour de France par deux enfants. Episode V) L’Aquitaine.”

  1. Tu me donnes faim avec tes histoires de bonne bouffe, c’est ça le vrai talent. 😉

  2. Talent, talent, d’accord,mais un rien amnésique, pas la moindre évocation des jeux de plage ou d’arènes….

  3. J’ai hésité à parler du surf et d’Alain Juppé, puis j’ai décidé d’éviter les planches vermoulues… Pour les arènes, il me semble que c’est plutôt dans le Languedoc, même si les Romains en ont construit un peu partout. Ah, les Romains, ça c’est des gens qui savaient s’amuser ! Je n’ose imaginer ce qu’ils auraient fait avec la télé-réalité. Si ça se trouve, ils auraient fait pire qu’Endémol. 👿

  4. Endémol… c’est apparenté aux dièses, aux soupirs et aux croches ?

  5. Endémol, c’est plutôt apparenté « audience », « pire » et pour « cloches »

  6. Endémol est une grosse société de production audiovisuelle basée aux Pays-Bas qui produit les pires émissions de téléréalité.

  7. Je viens lire ici et chez Émilie et c’est fou, je ne sais jamais tout à fait si l’information est réelle ou arrangée un brin mais ça me donne l’impression que je me cultive !!

  8. Faut dire que n’étant plus un téléspectateur depuis près de vingt ans, toutes ces sortes de choses me sont inconnues, dear Margaret.

  9. […] Rappel : Les chapitres précédents du tour de France : Picardie, Normandie, Bretagne, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Rousillon sont accessibles dans la catégorie “Voyages” […]

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