Manuel de l’Auvergnat affamé.

Est-il bien prudent de manger au restaurant avec des collègues ?

Voici la question que je me suis posée hier soir quand j’ai vu comment ma collègue d’Espagnol attrapait le taboulé avec les mains… À intervalles réguliers, nous avons pris l’habitude d’organiser de petites soirées en utilisant le premier prétexte qui nous passe sous la main : la fête nationale du Lesotho, un anniversaire ou la victoire du Canada dans un match de curling. Hier soir, nous avions fixé rendez-vous au restaurant libanais de la ville, tout simplement car c’est le seul à nous avoir accepté. Nous avons essayé la taverne alsacienne, ils nous ont répondu : « Dehors les péquenauds !!! Vous croyez qu’on a oublié le viol du nain de jardin en céramique ?? » Ensuite, nous avons tenté le restaurant pakistanais. Le patron nous as chassés à coup de balais en hurlant : « Plus jamais ça !! Et n’oubliez pas vos profs de sport, ici, on ne veut pas de terroristes ! » Enfin, nous avons sonné à la porte du Guillotin où le patron nous à déclaré : « Par la tête de Louis XVI, je préfère crever que servir la soupe à des aristos et des contre-révolutionnaires ! »

Donc, nous avions rendez-vous à 20h00 dans le Phénicien où le patron avait bloqué la salle pour éviter de choquer ses autres clients. Ah, mes amies, quelle bataille j’ai du livrer pour boire et manger à ma faim. J’étais assis à côté d’un jeune collègue d’histoire très discret qui est arrivé cette année. En le voyant, je me suis dit, « c’est bon, c’est un nouveau, il est un peu timide… Je vais pouvoir me servir dans son assiette. » Je n’ai pas réussi à lui piquer une olive pendant tout le repas ! Il nous observait comme un crocodile avec les yeux qui sortent de l’eau et donnait un coup de dents dès qu’un bout de viande passait à sa portée. À côté de lui, il y avait mon collègue de sport auvergnat, « le briseur d’omoplates ». Je me suis dit : « on va faire jouer la solidarité auvergnate. Je fais circuler les bouteilles de vin et tu m’envoies la nourriture. » Là encore, je n’avais pas compté sur son instinct de survie. Dans le Cantal, seuls les plus forts et les plus méchants survivent. Dès qu’un plateau de viande tait posé devant lui, il fallait se battre à coup de fourchette pour en arracher un morceau. Je les ai vus ces gens là, courir après les vaches Salers derrière les burons pour les mordre au jarret ! En face, j’avais ma jeune collègue d’espagnol. D’habitude, les filles ne mangent pas beaucoup, je me suis dit « j’arriverai peut-être à attraper quelques bouts de pain pita dans son assiette. » Bon sang ! C’était la pire de toute la table. Elle est comme un labrador, tant qu’on lui donne à manger, elle mange. En même temps, elle remplace Juan-Pablo Garzibello, j’aurais du me douter qu’elle se comporterait comme un rustre. 😀 Notre principale adjointe, professeur de lettres classiques de formation était assise à côté de moi. En la voyant manger, elle a déclaré « ad gloriam anthropo-stomacus ! » J’étais bien content d’avoir au moins une voisine à peu près civilisée… et je ne dis pas ça parce que c’est elle qui fait les emplois du temps. Ce serait ladre et infâme de vanter à dessein son sens de la justice, ses compétences et sa grande équité dans le seul but d’obtenir des avantages matériels comme par exemple le lundi et le vendredi chômés. 😉 Non, ce n’est pas ça, nous avons fait un accord pendant le repas. Je servais le vin et en échange, elle attrapait de la nourriture dans l’assiette de ma collègue d’anglais judicieusement installée hors de ma portée. Quand cette dernière a tourné la tête, ma complice a harponné un bout de viande d’un habile coup de fourchette. « Tiens, j’ai mangé ma saucisse bien rapidement » constata Catherine avec une légère surprise. Là, je n’ai pu m’empêcher de la regarder en souriant. J’étais en train de me remémorer un passage de la guerre des étoiles où Obiwan Kenobi expliquait que plus un esprit est simple, plus il est facile à manipuler.

Un peu plus tard, nous avons reçu la visite d’un troubadour à la barbe grisonnante prénommé Mike qui a interprété « joyeux anniversaire » à la cornemuse. Gilles, un de nos estimés collègues venait de fêter ses cinquante ans bien qu’il en paraisse trente. (Comme c’est son anniversaire, j’ai écrit trente, en temps normal, j’aurais écrit soixante. C’est mon côté sympathique.) Tous les convives ont commencé à taper dans leurs mains en essayant de suivre le rythme. Pendant un instant, j’ai cru voir les vieux musiciens du Buena Vista Social Club quand leurs regards s’embrasaient en souvenir du bon vieux temps. Mais à bien regarder les uns et les autres tendre l’oreille pour régler le sonotone et s’appuyer sur un déambulateur, j’ai compris que nous étions plus proches des pensionnaires d’une maison de retraite devant Pascal Sevran. Bien sûr, je ne parle pas de moi, car j’ai su garder mon teint éclatant de jeune homme à l’œil pétillant de malice. Ensuite, Gilles est allé sabrer le champagne dans la rue avec un des grands couteaux que l’on a confisqué aux élèves. En le voyant sortir avec sa dague, un passant s’est mis à courir avec les bras levés au ciel… à juste titre.

Un peu avant une heure du matin, j’ai abandonné le gros des troupes à la porte d’une discothèque pour aller cuver mon champagne. Avant de me coucher, j’ai quand même cru bon d’aller faire une partie de go contre un Finlandais sur Internet. Dans mon euphorie, je crus un instant avoir affaire à un débutant. Je lançais des attaques de tous les côtés, bien décidé à tuer avant de me coucher. Dix minutes plus tard (après mon abandon) le gars a fini par m’avouer qu’il était quatrième dan amateur. « Bien, lui dis-je… Même si je n’avais pas eu l’esprit embrumé par l’alcool, je n’avais pas la moindre chance. » Comme quoi, l’alcool atténue la perception du danger.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur samedi 20 octobre 2007.

4 Réponses to “Manuel de l’Auvergnat affamé.”

  1. Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

    Encore ! Il récidive, le vilain.

    Bon. Adieu donc… J’ai été bien content de correspondre avec vous. 🙂

  2. Ton finlandais n’était-il pas également bourré? étrange…je les ai pourtant bien vus a l’oeuvre, ils ne font jamais rien avant de s’envoyer une ou deux bouteilles de vodka 😉

  3. C’est dur à dire, la partie n’a pas duré longtemps. Mais il n’était pas bourré au point de faire n’importe quoi.

  4. Émilie ? faudrait lui dire que s’adresser dans ce blog uniquement à ses amies, c’est impoli… ne leur apprend-on plus la bienséance dans les universités françaises ?

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