Le Tour de France par deux enfants. Episode IV) La Bretagne.

CHAPITRE IV. La Bretagne.

En longeant les côtes depuis le Mont-Saint-Michel, les deux frères atteignirent la puissante cité de Saint-Malo. Edifiée sur un roc ceint de hautes murailles défiant la mer, Saint-Malo est le port emblématique des corsaires et des flibustiers, patrie de René Duguay-Trouin et Robert Surcouf dont les noms seuls font encore frémir les plaisanciers britanniques. Le premier devint capitaine en 1691, à l’âge de 18 ans, après ses premiers exploits adolescents. Au cours de sa longue carrière, il captura des centaines de navires espagnols, anglais et hollandais, plusieurs forteresses et désola les côtes d’Espagne et de Hollande pour le compte de Louis XIV. En 1975, il fut décoré à titre posthume par le Président Valérie Giscard d’Estaing du grade de « défenseur des fromages français » en récompense pour les cargaisons de Gouda et Cheddar qu’il a jeté par dessus bord. Robert Surcouf, quant à lui devint célèbre à la toute fin du XVIIIème siècle pendant les années révolutionnaires. Il fit sa réputation en s’emparant de navires et de flottes entières en combattant à un contre trois. Son audace a été immortalisée par la chanson, le 31 du mois d’août 1800, racontant la prise du « Kent » depuis le pont de la Confiance.

En 1815, à l’âge de 42 ans, il se distingua par un dernier exploit. Après la chute de l’Empire, Saint-Malo est occupée par les troupes prussiennes. Alors qu’il mange dans une crêperie, Surcouf entend des officiers critiquer le saint-nectaire. Il se lève, jette sa bolée de cidre au visage du chef et les provoque en duel. Les Prussiens, qui sont passés par la Normandie, ont entendu dire que tous les Bretons sont des petites bites. Ils acceptent le duel. Ce jour là, Robert Surcouf en étripa 15 à la suite et laissa partir le plus jeune pour aller témoigner que le duel avait été régulier. Ce type d’exploits valut une grande renommée à tous les Bretons, ce qui est largement injustifié, puisque dans leur grande majorité ce sont effectivement des couilles molles. À ce propos, un vibrant hommage a été rendu à Saint-Malo par le chanteur Nono Futur, qui attrapa sa première blennorragie sur la plage de la Hoguette. La Bretagne a eu d’autres enfants d’adoption prestigieux comme en témoigne la vidéo suivante:

Marcel et Joseph sont favorablement impressionnés par la cité malouine. Ils s’agenouillent aux pieds de la statue de Robert Surcouf, pointant le regard et le bras vers les Amériques, l’air de dire, « méfiez-vous, là-bas aussi ils mangent du Cheddar ! » Après cette minute de recueillement, ils décident d’aller déjeuner sur la promenade des remparts en contemplant l’océan abattre ses lames régulières sur les brisants. Tandis qu’ils marchent en silence, le regard perdu, un prédateur monstrueux fond sur nos deux amis : Une mouette rieuse au bec acéré attrape le sandwich de Marcel et s’enfuit dans un ricanement démoniaque. Le corbeau Fifi tenta courageusement de défendre ses compagnons, mais il fut écarté sans ménagement d’un simple battement d’ailes. Marcel, surpris par la violence de l’attaque se jeta à plat ventre en s’écorchant les genoux. « Pourquoi Ô Dieux des nues embrasées me tourmenter ainsi ? Clama-t-il dans un grondement de tonnerre. Les démons s’effacent dans les ombres et rendent votre lumière plus redoutable que mes ténèbres ! Je vous maudis ! » Dégoûté par cette agression, ils poursuivent leur voyage en direction de l’Ouest.

Après quelques heures de marche, ils entrèrent dans le département des « Côtes d’Armor ». En Breton, cela signifie « les Côtes de Mer ». Vous allez me dire, pourquoi cette précision imbécile ? Certains croyaient-ils être au bord d’un lac de montagne? Et bien, non, cette précision n’a rien d’imbécile. D’ailleurs, jamais je ne me permettrai de suggérer, même à demi-mots, que les Bretons sont des andouilles ! (Fussent-ils de Guémené). En réalité, on appelle ce département « les Côtes de mer » pour ne pas le confondre avec « les Côtes de porc » dont la Bretagne est une des premières régions productrices au Monde. Les porcheries industrielles qui parsèment la côte du Trégor sont une grande source de fierté pour les Bretons. Le cochon rigolard avec une coiffe de Paimpolaise est devenu l’emblème de toutes les écoles Diwan (français-breton). Sous l’enseigne et le drapeau, nous pouvons lire le slogan suivant : « E teileg brezhoneg eo an hini gwellan ! » « Notre tas de fumier sent meilleur que le vôtre. » Marcel et Joseph empruntèrent le magnifique sentier des douaniers, qui serpentent entre les rochers de granit rose. Le cri lugubre des mouettes se mêlait au feulement de la marée dans les anfractuosités des roches et la brise marine faisait ployer les bruyères emportant des spirales de pétales roses. Le rythme d’un galop retentit progressivement de plus en plus lourdement à quelques lacets de nos amis. Tout à coup, ils virent débouler devant eux un couple de touristes chevauchant deux solides ânes ruisselant de sueurs sur lesquels ils cravachaient avec ardeur. « Hu dia ! Bourricot ! » Hurlait l’homme avec un fort accent surinamais. Ils frôlèrent les deux picards sans leur prêter la moindre attention car moins de dix secondes après eux débouchèrent deux douaniers également montés sur des ânes du Poitou. Celui qui semblait être le chef arborait une sorte de gyrophare sur la tête, donnant au tableau un aspect plutôt comique. « Brigade de lutte anti-drogues ! Tonna-t-il. Libérez le chemin ! » Puis ils dérapèrent devant Joseph dans un crissement de sabots digne de Starsky et Hutch. « Quel drôle de pays, résuma l’aîné des deux frères, je savais que la Bretagne était exotique, mais je ne m’attendais pas à ça. » Et ils n’étaient pas au bout de leur surprise, car au bout du chemin se dressaient le village de Paimpol et sa falaise. Cet obscur hameau bénéficie d’une renommée nationale grâce à la célèbre coiffe des femmes en forme de suppositoire et la chanson des veuves larmoyantes. Quand ils arrivent dans le village, le festival des chansons de marins bat son plein comme à chaque début août. Les deux frères sont intrigués, la brochure précise qu’il rassemble « tous les marins du Monde. » Quand les deux Picards entrent sur la place du village, c’est le tour des pêcheurs de harengs eskimos. Ils reconnaissent le bruit caractéristique du shaman imitant le tracteur enrayé. Après eux, c’est le tour du pilier de bistrot local qui entonne « dans les prisons de Nantes » en bafouillant. « Ça suffit, j’en ai assez entendu, explose Marcel. Que pouvions-nous attendre d’autre de ces marins d’eau douce ? En plus, ces gars là ne tiennent pas l’alcool. Laisse moi rire, en Picardie, même un gosse de cinq ans tient mieux la gnôle ! »

Ils décidèrent de quitter le littoral pour s’enfoncer à l’intérieur de la Bretagne profonde. Ils séjournent plusieurs semaines près de la forêt de Brocéliande. Là, ils reprennent des forces grâce aux galettes de Sarrazin. Comme les galettes de Mazout, obtenues sur le littoral grâce aux hydrocarbures saoudiens, la farine de Sarrasin est un cadeau de l’Orient. Il faut remonter au VIIIème siècle avec les raids sarrasins lancés au-delà des Pyrénées. En 732, Charles Martel arrête les Arabes à moitié, laissant fuir plusieurs groupes en direction de la Bretagne. Or, à cette époque là, les Bretons sont encore pire que ceux d’aujourd’hui. Les cavaliers qui s’aventurent au nord de Nantes sont capturés par les Indigènes à l’issue d’une embuscade. Traînés dans une clairière, ils sont réduits en farine avant d’être incorporés dans des crêpes ! Ce rituel cannibale devait bien entendu permettre aux guerriers de s’approprier la force de leurs adversaires. Ainsi était née la recette des galettes de sarrasin. Pour perpétuer la tradition les années suivantes, ils remplacèrent les Sarrasins par des Poitevins, puis par de la farine de blé noir, quand l’évangélisation pénétra plus profondément dans les terres. À force d’être immergés au milieu des Bretons, Marcel et Joseph apprennent quelques rudiments, en fait une phrase qui peut s’employer dans tous les contextes. « Laouen on » (je suis content) Joseph en usa tellement qu’il fut rapidement surnommé « André Lajoinie de Brocéliande » par les riverains. Un nom majestueux qui rappellerait presque un des chevaliers de la table ronde.

Après cette période de calme, les Picards infatigables reprirent leur marche à travers la Bretagne. Début septembre, ils arrivèrent dans la petite ville côtière de Vannes sur le golfe du Morbihan. L’été avait tiré sa révérence depuis deux semaines, mais l’hiver n’était pas trop froid cette année. Les rues de la ville étaient noires de monde. Les Bretons aiment bien sortir pour profiter de la pluie, ce qui explique qu’ils sont toujours dehors. Comme de nombreuses villes bretonnes, Vannes a été profondément transformée au cours de la dernière décennie. Les Bretons ont découvert l’eau courante, l’électricité, les routes goudronnées et les réseaux d’évacuation des eaux usées. Cependant, Vannes a su garder un aspect pittoresque et attachant comme Concarneau et Pont-Aven. Les activités économiques de Vannes tournent bien entendu autour de la vannerie, la fabrication de paniers, de corbeilles à pain en forme de canard mais aussi en forme de cochon. Vannes est également connue dans le monde entier pour ses magnifiques santons la fameuse Barbie Avo et son mari Ken. Contrairement aux santons de Provence qui témoignent du folklore passéiste et grotesque à destination des téléspectateurs avachis du 13h00 de TF1, le couple Avo représente une vraie tradition culturelle et druidique. Dans la religion bretono-pariso-celtique, les statuettes de Barbie et Ken servaient à éloigner les mauvais esprits de la maison. Dans les vraies chaumières bretonnes on accrochait une Barbie sur la hotte de la cheminée pour contenir les démons des flammes et quand on sortait, on voyait au-dessus de la porte un petit Ken Avo faire un signe de la main. Cette expression est d’ailleurs devenue synonyme d’au revoir ou adieu.

Les deux frères aiment bien l’ambiance de Vannes : les marins alcooliques qui marchent sous la pluie en chantant, les anarchistes praguoises qui haranguent la population et les musiciens des Rutabagads qui jouent de la cornemuse avec des chapeaux rigolos. Ils parviennent à trouver un emploi de peintre sur Barbie à la fabrique et logent dans une pension dans la rue du Drezen. Mais hélas, le cruel destin les rattrape. Des troubles éclatent à Vannes après la diffusion des images de la Birmanie. Les Bretons descendent dans la rue pour réclamer la fin de la junte militaire et s’en prennent violemment à tous les picards et les restaurateurs chinois, accusés de soutenir le régime de Mandalay. Marcel et Joseph parviennent à s’enfuir de justesse et embarquent clandestinement dans une goélette à destination du Pays Basque. Pendant trois jours, ils supportent à fond de cale un voyage long et douloureux. Privés d’eau et de nourriture, nos deux héros mangent leur corbeau Fifi, pour lutter contre la faim. Finalement, à l’issue de ce voyage harassant, ils posent pour la première fois le pied à Saint-Jean-de-Luz dans la région Aquitaine.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur samedi 29 septembre 2007.

13 Réponses to “Le Tour de France par deux enfants. Episode IV) La Bretagne.”

  1. Aïe aïe aïe, je vais encore me faire des ennemis et moi je n’ai pas envie d’avoir des ennemis Bretons. 😦

  2. Je m’insurge devant cette avalanche de calomnies ! – que j’ai relue trois fois et qui m’a bien fait marrer – l’heure de la revanche viendra, tremble donc, même de Prague, l’ire des Bretons s’abattra sur toi !!! 😉

  3. Serais-tu par hasard à réécrire l’Histoire ? ;o))

    Je te cite :

    «Les deux frères sont intruués, la brochure précise qu’il rassemble « tous les marins du Monde. » »

    Que veut dire «intruués» ? J’ai beau me creuser le cerveau, je ne vois pas vraiment. Intrigués ? étonnés ? wawaronnés, peut-être ?

  4. intruués…..c’est du Picard, tu peux pas comprendre.

  5. Merci à vous trois.
    @ Lily,
    Je ne crains pas l’ire des Bretons, car une hirondelle ne fait pas le printemps. Et un Breton que l’ire emporte n’est pas plus effrayant qu’un Irlandais. 😉 (C’est à dire les gens des Landes)
    @ Fredesk et Bill
    Il fallait bien lire « intrigués », c’est une faute de frappe. J’avais hésité entre plusieurs mots et j’ai fini sur une connerie. Pour le sens picard de « intruué », je ne connais pas mais ça doit être rigolo, comme tout ce qui vient de Picardie. 🙂 À bientôt.

  6. Tu devrais la craindre pourtant -même si je suis sur le front le plus à l’est, une horde de Bretons chevelus et hirsutes est déjà en marche ! Les nouvelles vont vite ! 😉

  7. Je pense que monsieur Tcherno a une dent contre Fredesk… aurais-je jadis gagné un scrabble contre lui ?

    je ne sais…

    après ça on se demande pourquoi, au Québec, on vous appelle… bon je le dirai pas… tu dois savoir ce que je veux dire, mr khan :o))

  8. Mais non, Bill n’a rien contre toi. 🙂 Personne ne peut comprendre le Picard en France. Ce n’était pas du tout une remise en cause des talents linguistiques des Québécois. D’ailleurs vous parlez anglais, alors qu’en France, on ne comprend pas plus l’anglais que le picard.

  9. je persiste et signe ;)) |! »/$%*&(*&%$?%*(* grrr ;o))

  10. Bon, faut bien le dire, le blog comme auto-thérapie psycho-retraitologique, c’est pas encore tout à fait au point. Mais l’université m’a refusé les crédit pour poursuivre la recherche si bien que cette science naissante va aller expirer au cimetière de la littérature incomprise. N’envoyez pas de fleur.

  11. les crédits avec un s… mais comme on me les a refusés… sans s devrait être valide vu qu’il n’y en a pas !! ;o)

  12. Pourtant quand je suis allé en Picardie… je comprenais bien les gens… Je suppose que si ce que les gens disent nous intéresse, on va les comprendre plus facilement que si on rêvasse à notre dernier flirt ou à ce qu’on pourrait bien aller acheter pour souper.

  13. […] Rappel : Les chapitres précédents du tour de France : Picardie, Normandie, Bretagne, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Rousillon sont accessibles dans la catégorie […]

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