Le Tour de France par deux enfants. Episode II La Haute-Normandie.

CHAPITRE II. La Haute-Normandie.

Avec la Bretagne, l’Auvergne, la Corse, la Bourgogne, le Poitou-Charentes et l’Alsace, la Haute-Normandie est une des régions les plus ridicules de France.

Ses origines remontent au Xe siècle avec l’installation des Vikings dans l’estuaire de la Seine. Quand Rollon fonde le duché de Normandie en l’an de grâce 911, les hommes du Nord sont craints et respectés dans toute l’Europe. Ils sèment la terreur et la destruction avec une application qui force le respect. Un millénaire plus tard, au terme d’une longue déchéance, les Normands sont devenus un peuple veule et indécis de petits trafiquants de calva et de producteurs de cidre frelaté. Les Normands sont tellement mous qu’on n’en veut pas même dans la fonction publique !! Marcel et Joseph marchent avec entrain le long des chemins de terre jonchés par des carcasses d’animaux. Quand on vient de quitter la Picardie, tout semble joli et raffiné. Après plusieurs jours de marche au milieu des vergers, des prairies et des champs, nos deux amis arrivent à Rouen. La « ville aux cent clochers » est sans aucun doute la plus belle et rayonnante cité de Normandie. On dit qu’elle est presque aussi belle que Montceau-les-Mines. L’histoire de la ville est une grande épopée dont chaque épisode est inscrit dans la pierre. On peut citer en vrac la peste noire de 1349, la révolte sanglante de 1382, la prise de la ville par les Anglais en 1419, sans oublier le bûcher de Jeanne d’Arc en 1431 et les bombardements de 1944. En hommage à cette histoire prestigieuse, la ville a reçu la légion d’honneur, une distinction sublime, puisqu’elle permet aux Rouennais de rejoindre dans les annales Claire Chazal, André Lajoinie et Stéphane Guivarc’h. (Pour les nombreux Québécois qui lisent ce blog, Stéphane Guivarc’h est un ancien footballeur de l’AJ Auxerre… Disons que si c’était un joueur de hockey-sur-glace, il aurait été remplaçant au Sporting Club de Chicoutimi.) (Et pour les nombreux Belges qui me lisent… Disons qu’il aurait été titulaire au Standard de Liège. 😉 ) Grâce aux bombardements de la deuxième guerre mondiale, Rouen a pu bénéficier d’un urbanisme moderne avec des rues rectilignes, un réseau d’adduction d’eau potable et l’éclairage public. Forte de ces atouts, elle attire les paysans de tout le bas pays qui viennent profiter de tous les bienfaits de la civilisation. L’économie est largement stimulée par le commerce fluvial le long de la Seine et en particulier le trafic des céréales. Le marché sur la place du grand Lecanuet, au cœur de la ville, était la plus belle chose que nos deux Picards aient jamais eu l’occasion d’admirer. De grandes tables de plusieurs mètres de long étaient posées sur des tréteaux de bois précieux, sans doute du pin de Scandinavie, de merveilleuses tentures en plastique jaune et rouge étaient dressées au-dessus des étalages sur lesquels s’étendaient des milliers de fruits et légumes exotiques : des aubergines, des petits poids, des carottes, des choux, des pommes et du navet. Ils reconnurent également les chères betteraves de leur région natale. On eut dit que la Fortune avait versée sa corne d’abondance pour le plus grand bien de l’humanité. Quand les cent clochers de la ville entonnèrent les 1200 coups de midi les maraîchers rangèrent les victuailles invendues et démontèrent leur fabuleux campement. L’un d’entre eux, qui avaient reconnu les deux Picards à leurs vêtements leur offrit une salade et un sac de haricots verts. Joseph n’avait jamais reçu un tel cadeau. Il l’accueilli avec des larmes de reconnaissance.

Ces deux jeunes Picards brisés par la vie, furent fascinés par cette riante cité pleine de vie et de chaleur humaine. Ils avaient l’impression de fouler le sol de palais et de bibliothèques en compagnie des gens les plus brillants que la terre ait jamais porté. Malgré tout, ils décidèrent de poursuivre leur périple en direction de la mer. « Je rêve de voir les flots amers du ponant depuis si longtemps » avait dit Marcel de sa voix de castrat prépubère. Ils avaient descendu la Seine dont les flots paisibles emportent dans leurs doux clapotis les rêves d’évasion mêlés aux pesticides, sous le cri des mouettes et des cornes de brume. Le port du Havre, situé stratégiquement à l’entrée de l’estuaire, permet d’exporter outre-mer les quelques produits de la région tels que les sauterelles, les rongeurs, la listériose et les bacilles tuberculeux sans oublier bien sûr la peste bubonique. Comme toutes les villes portuaires, ses estaminets sont animés à toute heure du jour et de la nuit. Ils sont le repère des filles de joie, des agents immobiliers, des orthophonistes et des marins hollandais. Parfois, les lames scintillent sous les néons à la suite d’une altercation et une chaleureuse bagarre enflamme la clientèle. Quand le calme revient, on entend un marin luxembourgeois chanter du Pascal Obispo entre deux verres de Kronenbourg et la mélancolie flotte dans l’atmosphère avec le brouillard crépusculaire.

Un peu plus au Nord sur le littoral, se dresse le village de Notre-Dame de Gravanchon et sa fameuse école d’espionnage, installée ici en 1809 par Napoléon Bonaparte. Elle illustre la tradition de fourberie des Normands dont l’exécution de Jeanne la pauvre Lorraine n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les Américains ont toujours surveillé avec attention les activités de l’école d’espionnage. Des milliers d’espions américains étaient envoyés chaque année dans la région sous de fausses identités de touristes. Les services du contre espionnage ont découvert le pot aux roses quand ils ont réalisé qu’aucun touriste sain d’esprit n’aurait l’idée saugrenue de partir en Haute-Normandie : Il fait froid, il pleut, les gens sont cons et la lèpre rôde comme un chat noir au soir tombé. L’honnêteté intellectuelle m’oblige toutefois à mentionner des mouvements de population réguliers sur les plages de la Manche. Chaque année, un parterre de déséquilibrés n’hésite pas à se baigner sur le littoral normand au bord des falaises hostiles et dentelées, léchées par la froidure et les courants glacés du Nord. La température de l’eau est si basse qu’il est même impossible de voir des phoques !!!

Marcel et Joseph décidèrent que la région était trop proche de la Picardie. Ils convinrent de poursuivre leur périple jusqu’en Basse-Normandie située plus à l’Ouest.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur jeudi 13 septembre 2007.

20 Réponses to “Le Tour de France par deux enfants. Episode II La Haute-Normandie.”

  1. Jag håller med, Finland är inte så bra på fotboll. Men just nu är Finland närmre att gå till EM i Schweiz/Österrrike än vad Frankrike är. Ni hade ju oturen att förlora hemma mot Skottland, och nu blir det svårt att gå vidare.

    Nu är jag ju från Sverige, och vi är i princip redan klara för EM. Önska oss lycka till!

  2. @ Tobbe,
    C’est vrai, les Finlandais portent rarement des brassières pour jouer au football, ou alors l’équipe féminine.
    Sinon, mercredi soir, j’ai moi aussi beaucoup rigolé quand l’Ecosse a marqué un but. Je m’amuserais encore davantage si l’équipe de France était éliminée dès les poules de l’Euro 2008. 😆 Une équipe qui ne marque pas de but est juste bonne à jouer les pom pom girls pendant la mi-temps des matchs de curling, mais partir à la conquête du titre n’est pas très sérieux.
    Quant à la Suède, je pense qu’ils peuvent finir premier ou deuxième du groupe F, à condition de ne pas sous-estimer l’Irlande du Nord, car l’Irlandais sait se montrer chaffouin. Entre les vétérans de l’IRA et des milices protestantes, ils ont des tempéraments de guerriers féroces. De plus, si jamais ils sont éliminés, il parait que leur punition sera de passer des vacances en Haute-Normandie, donc ils sont motivés. 😉

  3. Well Emilie wrote; « sorry for the French invasion », she could have meant language for sure, but my guess was not. 🙂

  4. Emily är en anarkist. Hon gillar inte herrn Sarkozy. Hon gillar kaos och invasioner. 😉

    (Finalement, c’est facile le suédois. C’est comme de l’allemand avec des fautes d’orthographe.)

  5. Eh bien, lorsqu’on pense au temps qu’il a fallu aux Francais pour apprendre les mots “bain”, “déodorant “et “victoire”, parler un allemand de mauvaise qualité n’est pas si mal.

    (Kan man ett latinskt språk, så kan man dem alla ingen originalitet)

  6. Des phoques, y’en a partout, même qu’ils vivent en couple avec des tantes….

  7. Ha ha… it is funny when some people take offense. Especially when they show of their narrow mindedness and their maturity. 🙂

  8. @ Tobbe,
    Jag kommer från bergen. Jag vet inte att uttrycker ”bad”, ”seger” och ”deodoranten”. 😉

  9. 🙂

    Not the best Swedish, but understandable.. and you seem to be able to appreciate good old fun mountain boy. 🙂

  10. «AJ Auxerre», pour les Québécois, déjà, AJ, ça nous dit rien… Auxerre, passe encore… la gare est-elle toujours située en rase campagne à Auxerre ? :))

  11. La ville d’Auxerre est toujours située en rase campagne. 🙂 AJA est l’abréviation de l’Association Jeunesse Auxerroise, un des clubs de foot les plus réguliers en France.

  12. Je hais les estrangers!!!! y causent pas comme nous!

  13. Oui, et selon le pays, « ils ne parlent pas le même étranger. »

  14. Herbert, j’adore comment tu écris… je continue donc ma lecture… bobaille :))

  15. «Sporting Club» de Chicoutimi ? euh… vous les français semblez oublier que nous les Québécois parlons français alors que vous êtes à oublier votre langue maternelle en soupoudrant la vôtre d’un nombre toujours grandissant d’expressions anglo-saxonnes.

    Ça vous donne peut-être l’air «in» chez vous, mais ici… tu n’entendras JAMAIS les mots «sporting club» quand tu peux dire tout simplement l’association sportive de Chicoutimi ou tout autre dénomination. Ça me surprendrait très fort qu’il y ait réellement un «sporting club» encore en opération au Québec… peut-être un ou deux dans des bourgades royalistes retranchées (vision d’Aster X and his beutifule peuplade derrière la clôture de piquets tassés serrés sur une bubutte) 🙂

  16. En un mot comme en cent, c’est tonteux !! Et j’essuie ulcéré. :o)

  17. Faudrait bien que j’arrête de te commenter…

    Bon, je vais aller jouer au billard.

  18. « Le sporting club de Chicoutimi » était bien sûr une provocation volontaire et assumée. 😉

  19. Pfffff

  20. […] Humour et Voyages Rappel : Les chapitres précédents du tour de France : Picardie, Normandie, Bretagne, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Rousillon sont accessibles dans la […]

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