Haïkus. (Et addenda sur David Brin)

Il y a peu, j’ai lu sur Internet que la récente mode des Haïkus était un truc de Bobos. Aïe me dis-je, je n’aime pas la poésie, mais si c’est pour les Bobos, je vais essayer de m’y mettre. Ce serait con d’arrêter là alors que j’ai déjà appris la cuisine végétarienne du Kerala et je me suis forcé à écouter les chants gutturaux mongols. Courage petit, c’est écrit sur la notice qu’un enfant peut y arriver. D’ailleurs les Japonais y arrivent et chacun sait que les Japonais sont de grands enfants (comme les Noirs).

Avec le manga, le wasabi et la brouette, le haïku fait donc partie des merveilles originaires du Japon. Il a été créé au XVIIe siècle par le poète Bashô à partir des poésies traditionnelles appelées « waka » ou « tanka ». Le haïku désigne un court poème dont le but est de faire partager une émotion, un sentiment ou une sensation. Dans sa forme académique, il est écrit verticalement et comprend 31 mores, rythmées en 7-5-7. Une more est souvent traduite en français par syllabe, ce qui est une erreur, car une syllabe peut regrouper 2 ou 3 mores. Au sens large, en français, on peut appeler haïku un petit poème de trois vers à forte valeur symbolique. Ceux qui ergotent sur le nombre de syllabes, contestant aux uns ou aux autres l’appellation de « haïkus » sont de grotesques pédants qui connaissent la culture japonaise comme des guenons couvertes de rouge à lèvres connaissent la culture européenne. S’ils veulent vraiment déposer une AOC sur le haïkku, qu’ils commencent par apprendre le japonais, la calligraphie, compter les mores au lieu des syllabes et on en reparle… Par sa forme et son objet, le haïku est très adapté pour photographier un instant ou un sentiment fugace sans la lourdeur de longues strophes. Il se prête également bien à l’humour pour la même raison.

Voici quelques exemples qui m’ont fait apprécier les haïkus. Les deux premiers sont de grands poètes japonais, les suivants sont d’un internaute français.

Matin du nouvel an
L’an passé brûle encore
Dans le poêle

Hino Sojo

Goutte de rosée
Toute ronde
Panique chez les fourmis

Kawabata Bosha

Le haïku suivant est une variante composée par mon dentiste.

Minute de travail toute ronde,
Soixante secondes,
Panique chez les professeurs

Cinq chrysanthèmes
Cette année
Il est gâté pourri

Fête des morts
Journées portes ouvertes
Au cimetière

Les quatre suivants sont de moi. J’essairai d’en poster d’autres si les puritains n’ont pas planté ma tête sur une pique.

Inspection dans la cabane.
L’écureuil s’enfuit dans les arbres.
L’Ours a faim.

Le grand pommier
donne de belles pommes
et un ver content.

Mal à la gorge,
Remède chinois.
Pas de con à champignon.

Je parle comme les dauphins,
mammifères gris,
comme une souris

Le dernier est une référence à un livre de science fiction : Marée Stellaire, tiré du cycle d’élévation de David Brin. L’histoire se déroule dans les siècles futurs, quand l’humanité entre dans l’ère génétique et manipule d’autres espèces pour les conduire à la sapience. Les dauphins sont la deuxième espèce élevée après les chimpanzés. Ce livre raconte les péripéties d’un vaisseau terrien commandé par des dauphins à la suite d’une mision d’exploration. Le rapport avec cet article est le parti pris de Brin pour faire parler ses personnages. Pendant une grande partie du livre, les « néo-dauphins » s’expriment en ternaire, c’est à dire sous forme de petits haïkus, auxquels correspondraient le chant et la pensée des dauphins. Quoique le rapport avec les haïkus s’arrête là, je vous recommande cet ouvrage.

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~ par L'éphémère du crépuscule sur samedi 23 juin 2007.

3 Réponses to “Haïkus. (Et addenda sur David Brin)”

  1. Bon je vais couper l’herbe sous le pied de quelques uns… Contrairement à une idée reçue, les haïkus n’ont rien à voir avec l’acuponcture.

  2. Un haïku de mon arrière grand mère :
    Vaut mieux péter en compagnie
    que mourir seul.

  3. À bien y réfléchir, un haïku c’est comme un proverbe berrichon,
    mais écrit en japonais. 😯

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